Cinq jeunes partent en voyage en Inde du Sud... en étant aveugles !

A quelques heures du départ, Georgia et Ibrahim se sont retrouvés pour régler les derniers détails de ce voyage pas vraiment ordinaire
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A quelques heures du départ, Georgia et Ibrahim se sont retrouvés pour régler les derniers détails de ce voyage pas vraiment ordinaire - © B. Schmitz - RTBF

Un peu de stress et pas mal d'adrénaline pour cinq jeunes ce matin. Ils vont prendre l'avion pour un périple de trois semaines dans le sud de l'Inde. Jusque là, rien d'inhabituel, sauf que ces cinq jeunes sont non-voyants ! Et en plus, ils ont décidé d'organiser ce voyage presque en sac à dos. Nous en avons rencontré deux, bruxellois, à quelques heures du grand départ. 

 

Des préparatifs un peu différents

"Il y a quelques jours, j'ai fait cette étape fastidieuse de demande du visa en ligne", se lamente Ibrahim, 31 ans. "Quelle galère ! Il faut non seulement charger pas mal de documents, ce qui est compliqué lorsqu'on ne voit pas. En plus, ce site pour demander son visa en Inde comporte plein de captchas". Des captchas, ce sont des dispositifs placés sur un site internet pour vérifier que c'est bien un être humain qui agit et pas un robot. Il faut parfois reconnaître des mots ou des lettres ou encore de repérer certaines images qui comportent tel ou tel objet parmi une multitude. On se doute donc de la difficulté de passer ce genre d'étape lorsqu'on est non-voyant.    

Il y aussi la question des bagages. "C'est vrai que les personnes voyantes se posent souvent la question savoir comment nous parvenons à ne rien oublier", sourit Georgia, 39 ans, à l'origine du projet et elle aussi non-voyante. "En fait, il y a beaucoup de mémorisation".  

Ibrahim explique sa technique. "Moi, je fais des maths. Ma règle c'est que si je prends six pantalons, je prends automatiquement douze t-shirts. Un pour deux, donc et ainsi de suite avec les autres vêtements". Ibrahim et Georgia n'hésitent pas non plus à prendre chacun un peu plus pour éviter d'avoir à chercher sur place ce qui leur manquerait. "Le plus grand sac à dos que je possède, c'est mon sac de ski", rigole Ibrahim. "C'est donc celui-là que je vais prendre. Je serai avec mon sac de ski dans une région où la température sera au moins de 28 degrés"

Des sacs à porter obligatoirement sur le dos, "puisque dans une main nous aurons la canne blanche et dans l'autre notre accompagnateur", précise Georgia. 

Hors des sentiers battus

Sur place, chacun des cinq non-voyants sera accompagné en permanence par une personne voyante. Impossible de faire autrement, pour des raisons de sécurité et de commodité.  Mais grâce à internet, Georgia a trouvé des personnes locales qui ne sont pas des guides professionnels et qui ont promis de sortir des sentiers battus. "Moi, de l'Inde, je ne connais que le poulet tandoori… et j'adore ça !", rigole Ibrahim. "Au niveau culturel, je sais donc que je vais prendre une claque. Au sens positif du terme". 

Aveugle de naissance, il affirme qu'il ne faut pas nécessairement voir pour être complètement dépaysé. Le voyage se fait aussi par les oreilles. "Cela veut dire à travers la musique, la langue, les accents ou encore les descriptions spontanées qu'une personne voyante me fait d'un monument qu'on visite. Le genre de comparaison qui me fait me dire : ah, oui, là, ça me rappelle quelque chose que je connais déjà"

Quant à Georgia, elle affirme voyager plutôt avec le corps. "Moi, cela ne sert à rein de me mettre dans un bus pour traverser le pays. Je veux sentir les choses. Notamment sentir le sol sous mes pieds. Est-ce que c'est du sable ? Du béton ? Est-ce la montagne ou le sol est-il plat ?". 

Pour arriver à mettre sur pied un tel voyage, il a fallu beaucoup d'efforts. "Les agences de voyages qui organisent habituellement les séjours pour non-voyants vous emmènent presque systématiquement dans des hôtels de luxe et des bus sécurisés. Pour prévenir le moindre risque. Mais j'avais peur que, de cette façon, on passe à côté du pays et on ne découvre pas l'Inde, la vraie"

Georgia a alors contacté une Indienne que des amis à elle connaissait. C'est en discutant ensemble que les deux femmes sont arrivées à trouver les jeunes accompagnateurs indiens qui seront pendant les trois semaines en permanence avec le groupe de non-voyants. Une formule qui coûte aussi moins cher qu'un voyage clé sur porte. "Et surtout, on part à l'aventure", précise Georgia. "Vous savez, pour des personnes non-voyantes, c'est très important de ne pas se sentir surprotégés. Ma mère m'a dit que j'étais un peu folle de me lancer là-dedans. C'est vrai que c'est sans doute le projet le plus fou que j'ai monté de toute ma vie". 

La preuve en tout cas, qu'en 2019, tout est possible ou presque en matière de voyage, même lorsqu'on est non-voyant. 

 

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