Charcuteries et achats groupés : le halal bio trouve ses adeptes

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Etiquettes "halal" - © ERIC LALMAND - BELGA

Depuis ce jeudi matin, les 400 000 musulmans de Belgique ont commencé le ramadan. Le jeûne débute à l'aube et se termine quand le soleil se couche. A l'heure de rompre le jeûne, ils sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter de la qualité des aliments. Une filière du halal bio est en train de naître.

La première charcuterie halal et bio du pays

Chaussée de Gand, en plein cœur de Molenbeek. Des carrelages blancs tapissent les murs, le comptoir et la chambre froide sont prêts, reste à fixer les étagères et donner les derniers coups de pinceaux. Karim Bazah s'agite, enthousiaste. Il a 28 ans, et dans 2 semaines, il ouvrira "Le Palais de Balkis", la première charcuterie halal et bio du pays, au beau milieu du quartier emblématique de la communauté musulmane. Il rigole : "Pour une fois, on pourra dire qu'on vient chercher des bonnes choses à Molenbeek. Assez d'aller les chercher au Sablon, à Ixelles ou à Etterbeek !" Son pari, c'est de proposer de la charcuterie halal et bio ou naturelle, faite à base de mouton, de chèvre ou de bœuf. "Nous, la communauté musulmane d'Europe, nous sommes en manque de bonne charcuterie traditionnelle et halal. Il faut dire aussi qu'il y a une sorte de blocage parce qu'on associe charcuterie et porc, qui est illicite pour nous. Mais il y a moyen de faire d'autres choses."

Fayçal, vétérinaire visionnaire et charcutier amoureux

Le pari de la charcuterie halal est née de la rencontre avec Fayçal, vétérinaire et charcutier, belge et tunisien, marié à une espagnole et émigré dans les montagnes d'Andalousie pour fumer ses charcuteries au plus près de la tradition. "Ma femme est d'origine espagnole, convertie à l'Islam. Elle m'a toujours dit que la charcuterie lui manquait". L'amour de sa femme, c'est un des moteurs qui emmené Fayçal M'rad Dali dans les montagnes d'Andalousie, "cette terre qui pour moi, s'enflamme-t-il, est bénie, parce qu'elle est le reflet de trois civilisations : musulmane, chrétienne et juive". Il y a 8 ans, il a laissé Bruxelles et sa famille derrière lui pour lancer sa fabrique de jambons et de saucissons. "Spirituellement, j'ai cette conviction intime que le halal est associé à tout ce qui est bon, tout ce qui est naturel, tout ce qui est biologique". Et la charcuterie halal devient un message, une conviction, un "djihad", reprend Karim. "Un djihad ce n'est pas porter une arme à la main, c'est apporter un nouveau goût à l'humanité. Ça c'est un vrai djihad, pour moi". Le jour où Karim a entendu parler des charcuteries de Fayçal, il a sauté dans sa voiture et a roulé jusqu'en Andalousie. "En 24 heures il était là!". Ensemble, les deux hommes ont décidé "d'ouvrir des portes".

Achats groupés de viande halal bio

Il faut dire aussi qu'il est difficile de trouver une viande halal de bonne qualité, à Bruxelles. C'est pourquoi des citoyens de confession musulmane ont décidé de se servir eux-mêmes, en fondant Green Hallal, une plate-forme d'achats groupés. "On a des réserves par rapport à ce qui est proposé dans les filières halal classique, tant en matière de traçabilité que de qualité de la viande", explique Marie Fontaine, qui fait partie de l'association. Alors l'idée est simple : acheter des poulets, un bœuf, du mouton a des agriculteurs bio et locaux, puis s'assurer que l'abattage a lieu dans les règles de l'Islam. Quelques jours avant le ramadan, une grosse commande de dattes et de poulet est arrivée pour une cinquantaine de personnes. Le jour de la livraison, les acheteurs arrivent au compte-goutte. Certains réceptionnent leur colis en vitesse, d'autres ont le temps de papoter. "L'esprit du ramadan, c'est aussi de faire attention à ce que l'on mange, explique l'un d'entre eux, pas seulement la quantité et le moment auquel mange, mais aussi qu'est-ce qu'on mange, d'où ça vient". La considération rejoint le message de Green Halal, "le halal, selon nous, ne doit pas être juste la forme, dire que l'animal doit être égorgé de telle ou telle façon. Il y a aussi la façon dont on a traité l'animal tout au long de sa vie".

Le message semble trouver ses adeptes. Essaimera-t-il au-delà d'un premier noyau dur de convaincu ? Fayçal et Karim le pensent. Les charcuteries andalouses se vendent déjà très bien en dehors de nos frontières. Les bénévoles de Green Hallal y croient eux aussi. L'asbl va se transformer en coopérative, pour devenir plus professionnelle.

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