Bruxelles: des boiseries centenaires démontées dans les Galeries Saint-Hubert

Les vitrines couvertes de toile empêchent de voir les murs mis à nu, dans ce commerce des Galeries Royales Saint Hubert
Les vitrines couvertes de toile empêchent de voir les murs mis à nu, dans ce commerce des Galeries Royales Saint Hubert - © RTBF

Les Galeries Royales Saint Hubert : c’est incontestablement un haut lieu du patrimoine à Bruxelles. Et certaines de ses boutiques sont exceptionnelles. L’ensemble, construit en 1847, est classé. Et pourtant… Dans l’une de ces boutiques, des boiseries anciennes ont été démontées. Il s'agit des anciennes étagères en acajou (1900) de la "Librairie des Galeries", récemment fermée.

Vu le classement, toute modification doit faire l'objet d'une demande de permis, même à l'intérieur des commerces, même pour des éléments qui ne seraient pas d'origine, comme ces étagères. Plusieurs habitués des lieux se sont indignés de ce démontage et ont interpellé la Commission Royale des Monuments et Sites.

"Les lieux les plus littéraires de Bruxelles"

Parmi les amoureux de l'endroit, l'écrivaine Caroline Lamarche. "C'est un lieu où l'on se sent émerveillé et en sécurité, avec l'impression que ce sera toujours comme ça. C'est très beau. Alors mon sang n'a fait qu'un tour".

"Je m'intéresse au patrimoine" commente encore la romancière, "mais surtout c'est un lieu que j'aime, que j'ai fréquenté comme auteur, sur lequel j'ai écrit dans mon roman à paraître. On sait que c'était une ancienne pharmacie où Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, venait faire ses achats. Plus loin, il y a l'armurerie où Verlaine a acheté l'arme avec laquelle il a tiré sur Rimbaud. Pour moi ce sont les lieux les plus littéraires de Bruxelles".

Et elle s’interroge : "Si une librairie d'art, qui vendait pourtant de grands formats, s'accommodait de ces anciennes étagères, pourquoi est-ce que ça ne pourrait pas être le cas aussi des commerces suivants ?"

"Une erreur"

C’est le propriétaire privé des Galeries, la Société des Galeries Royales Saint Hubert, qui a décidé du démontage fin de l’année dernière. Une décision en contraste avec sa préoccupation habituelle pour la préservation de son patrimoine : ses investissements et la restauration récente d’éléments de la Galerie en témoignent.

Contacté, il reconnait une "erreur" et annonce que les étagères seront réassemblées. La Région bruxelloise a d’ailleurs dressé un PV à son égard et demandé ce remontage.

Démonter pour louer ?

Le contexte de l’an dernier peut avoir poussé ce propriétaire à ôter les boiseries. Depuis l’annonce de la fermeture de la librairie d’art, des candidats s’étaient présentés pour louer l’espace commercial. Mais les attentats du 22 mars les ont poussés à se rétracter. 

Un nouveau candidat a marqué son intérêt : une chaîne de magasins de thés qui affectionne les lieux de prestige et de patrimoine et veut ouvrir une boutique à Bruxelles. Ce choix convient aux Galeries, soucieuses d’un bon équilibre dans les types de commerces. Soucieuse aussi d’éviter un vide locatif trop long, couteux et préjudiciable.

Mais… le candidat est arrivé avec ses plans d’aménagement. Et ils ne comprenaient pas les étagères murales, jugées incompatibles avec la présentation des produits à vendre.

Sans que le contrat de bail ne soit signé, la Société des Galeries a alors décidé du démontage. Et donc préféré le risque d’une infraction au classement, plutôt que le risque de voir ce nouveau candidat locataire se rétracter.  

Aujourd'hui elle annonce donc le remontage et une proposition alternative d'espace commercial en face, pour le commerce de thé, au cas où ce remontage ne lui conviendrait pas. 

De longs délais pour un permis

Une commerçante de la Galerie, qui pourtant vante la beauté passée du magasin, nuance… "Toute la galerie est classée", dit-elle, et "pour tout changement, même un détail, il faut demander un permis. Et parfois ça prend un an ! Du coup, certains commerçants prennent des libertés".

L’administration régionale répond, elle, que dans le cas d’un octroi de permis pour l’installation de commerces, la décision est accélérée, par conscience de l’urgence.

Mais même une procédure accélérée aurait vraisemblablement retardé de plusieurs mois l’installation de ce nouveau commerce. Et sans doute en vain… puisque l’administration régionale nous le confirme : au bout de ce délai, elle aurait très probablement refusé le démontage intégral des étagères.

Tout ceci explique peut-être la tentative du propriétaire d’"oublier" le classement. Mais c’était sans compter l’attachement des habitués de la boutique. Comme Caroline Lamarche qui commente : "Ce n’est pas le Patrimoine qui doit s’adapter à un magasin de thé mais l’inverse."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK