Bruxelles: aller voter quand on a des difficultés à lire ou écrire

Le cours d'alphabétisation classique a fait place à une séance d'explications d'avant-élections... bien nécessaire !
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Le cours d'alphabétisation classique a fait place à une séance d'explications d'avant-élections... bien nécessaire ! - © B. Schmitz - RTBF

Parmi tous les électeurs appelés à voter ce dimanche, certains auront peut-être plus de difficultés que d'autres. En Belgique, 1 adulte sur 10 a des problèmes pour lire ou écrire. C'est l'association "Lire et écrire" qui avance le chiffre. Dimanche, ses membres manifesteront devant deux bureaux de vote bruxellois, l'un à Saint-Gilles l'autre à Schaerbeek, pour réclamer davantage de moyens pour le secteur.

Alors, pour se rendre compte de l'activité de ces associations, direction un cours d'alphabétisation du Collectif Alpha à Saint-Gilles. Depuis quelques semaines, France Bakkers, la professeur, a décidé de changer son programme habituel de cours. Tout cela, à la suite de plusieurs réflexions d'élèves qui l'ont interpellée à la rentrée. "Ils m'ont dit : on va bientôt voter, on ne sait pas comment ça marche ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Tu dois nous dire pour qui on doit voter".  

"Si on vote pour lui, est-ce qu'il va arranger quelque chose" ?

Pas question de laisser les élèves dans le doute et encore moins de donner des consignes de vote. France a donc décidé de se retrousser les manches et a réalisé des dossiers adaptés afin d'expliquer le fonctionnement d'une commune d'abord, puis de présenter les grands partis qu'il y a chez nous. La leçon du jour avec la petite dizaines d'élèves présents va justement s'articuler autour de tracts et de programmes électoraux que chacun a reçus ces derniers jours dans sa boite aux lettre.

Une habitante de Saint-Gilles sort rapidement une petite carte orange. "Je l'ai trouvée sur la voiture. Le candidat dit qu'il va faire quelque chose pour améliorer le parking à Saint-Gilles. Mais moi, ce que je veux savoir, c'est : disons, on vote pour lui, est-ce qu'il va arranger quelque chose ?".

"Cela, c'est la bonne question", répond la professeur dans un éclat de rire général, avant d'enchainer "personne ne peut te donner la garantie que son idée va se réaliser. D'abord, ce candidat, ce n'est même pas sûr qu'il va être élu. Et puis, si il élu, ce n'est pas sûr qu'au conseil communal tout le monde aura la même idée que lui".     

Des permis d'urbanisme plus cohérents

L'enseignante pratique en fait constamment un exercice d'équilibriste. Elle doit évoquer des réalités qui sont complexes et parfois nouvelles puisque si certains élèves sont nés en Belgique, d'autres sont originaires du Maroc, de Guinées ou encore du Congo. Et à la fois, elle ne peut utiliser que des mots simples puisque la plupart ont encore quelques difficultés à lire et écrire correctement. Même s'ils doivent bien aller voter ce dimanche.

Par exemple, une habitante de Uccle tend à la professeur un programme vert en pointant l'une des propositions qui y figure : "garantir une plus grande cohérence dans la délivrance des permis d'urbanisme". On pourrait a priori s'attendre à ce que certains mots posent problème et d'autres un peu moins. Pourtant, une élève demande : "c'est quoi, cohérence" ?

Un autre répond : "Ca veut dire qu'ils ont plus facile, non" ? "Non", réplique la professeur. "Cohérent, cela veut dire que c'est logique". Les yeux s'éclairent chez certains élèves autour de la table. "Là, c'est bon, on a compris", remercie l'une d'entre eux.

A la fin du cours, France Bakkers nous confie que c'est dans ces moments-là qu'elle trouve le vrai cadeau de son métier, "lorsqu'un élève me dit : aaaaaaah, maintenant je comprends !". Certains de ses élèves sont d'ailleurs bien décidés à utiliser ce nouveau savoir et à ne pas le garder pour eux. "Vous savez, moi ,je viens suivre ces cours", nous glisse l'une d'entre elle, "mes voisins, il ne le suivent pas, mais il me disent aussi : nous on ne comprend pas. Alors quand ils vont passer à la maison la prochaine fois, je vais leur expliquer".  

Réaction d'un citoyen après avoir testé la machine à voter

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