Archi Human: le projet qui change des chancres en logements pour sans-abris

Projet archi human
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L'architecte Luc Schuiten montre la palissade avec enthousiasme. Une paroi défraichie qui ceinture un chancre en bordure de canal, un coin de rue que la commune n'a pas réussi à vendre. Il faut dire que sur ce terrain s'élevait jusqu'il y a peu la maison d'Andras Pandy, pasteur de sinistre mémoire qui supprima six membres de sa famille. C'est tout sauf un site de premier choix.

Et pourtant c'est ici que l'architecte lance son projet pilote "Archi Human".

"C'est un lieu tellement chargé d'horreur que c'était intéressant d'y placer des contre-valeurs: là où il y eu tellement d'inhumanité, on peut montrer la plus grande humanité... Je veux faire de ce chancre 3 appartements pour sans-abris". Une envie qu'il couve depuis des années, lui qui "fait des logements" mais se sent interpellé par ceux qui n'en ont pas, ceux qui sont "laissés pour compte dans des villes de plus en plus dures".

Du préfabriqué vite monté, mais pas éphémère

De l'idée de Luc Schuiten est née une association, Archi Human, au sein de laquelle des architectes, juristes, comptables, ont bénévolement ficelé ce premier projet pilote.

Il s'agit bien d'un projet pour un chancre et de logements pour des sans-abris qui ont connu l'absence totale de confort, mais il n'est pas question pour autant de structures éphémères ou des logements au rabais: "Nous voulons faire de la réinsertion" commente Emmanuel Hupin président de l'ASBL Archi Human, "mais nous voudrions aussi faire de l'exemplarité... Nous souhaitons que les bâtiments soient réellement inspirants, du qualitatif et même de l'extrêmement qualitatif".

Le bâtiment sera réalisé en bois et autres matériaux durables:il s'agira de préfabriqué, rapide à assembler (10 jours!) mais conçu pour durer. Le bâtiment sera isolé de façon à consommer peu d'énergie et entrainer peu de charges.

Et le long de la façade comme sur le toit, des plantes et des nichoirs laisseront aux locataires un contact avec l'extérieur où ils ont vécu. Chacun choisira un dessin pour orner sa porte et faire des lieux son propre logement.

Le logement comme remède

L'idée de l'association Archi Human n'est pas de créer des logements de transit, pour rebondir. Ces appartements pourront être loués sans limite de temps. Et sans condition d'entrée. Ils seront accessibles aux sans-abris très fragilisés qui présentent des troubles mentaux ou des assuétudes par exemple.

"Le logement est souvent un traitement en soi" explique Emilie Meessen, de l'association "infirmiers de rue" qui a conseillé Archi Human. "On a vu par exemple des personnes qui, en rue, étaient dans un état dramatique, au point qu'on avait demandé une mise en observation, à l'hôpital. Et une fois à l'hôpital, à peine arrivées dans un service où elles pouvaient fermer la porte derrière elles, avoir un contrôle sur la lumière, une certaine intimité pour aller aux toilettes... Les défenses qu'elles s'étaient forgées en rue, par des problèmes de santé mentale par exemple, s'atténuaient."

Trouver des mécènes

Ce premier projet pilote, à Molenbeek, est une initiative très collective.

Outre les bénévoles d'Archi Human, les associations de terrain Diogène, SMES et Infirmiers de rue, spécialisés dans le travail avec les sans-abris, s'occuperont de l'arrivée et du suivi des locataires.

La commune de Molenbeek a fourni le terrain, en bail emphytéotique de 27 ans pour un euro symbolique.

La fondation Roi Baudouin est associée également et gèrera les dons...parce qu'il faudra un solide mécénat pour réaliser le projet.  375000 euros à trouver pour la construction de ce premier bâtiment! Ce mardi, la banque KBC Brussels a apporté un premier don de 30 000 euros. Un premier geste mais il en faudra bien d'autres...  

D'autant que Luc Schuiten veut étendre l'initiative. Il espère que ce premier projet, une fois concret, convaincra des donateurs privés d'en soutenir d'autres, sur le même modèle. Avec son association, il vise trente logements en dix ans.  Des discussions sont déjà entamées avec d'autres communes bruxelloises pour repérer d'autres chancres à ranimer.

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