A Bruxelles, des voix s'élèvent pour réclamer l'encadrement des loyers

Des revendications surviennent alors que Paris vient d'instaurer un système permettant d'éviter les gros abus : depuis le 1er août, le projet d’encadrement des loyers en région parisienne est entré en vigueur. Il prévoit de ralentir l’augmentation des tarifs locatifs et même de faire baisser les plus excessifs. Ce type de dispositif existe déjà dans d’autres pays européens, mais pas en Belgique.

Le député socialiste et échevin bruxellois, Mohamed Ouriaghli, profite de cette actualité parisienne pour retaper sur le clou à Bruxelles: "Il est temps que Bruxelles prenne des mesures pour encadrer les loyers. De plus en plus de Bruxellois ont des difficultés à nouer les deux bouts à cause du montant excessif de certains loyers".

L'élu invite la Région bruxelloise, désormais compétente dans ce dossier, à encadrer le montant des loyers pour protéger les locataires précarisés.

Actuellement, plus d'un locataire bruxellois sur deux consacre près de la moitié de son budget mensuel au logement. C’est une situation d'autant plus inquiétante que les charges continuent aussi à augmenter. Le député socialiste insiste sur le fait qu’il y a "une vraie crise du logement sur Bruxelles. Il est temps de pouvoir s’atteler à cette problématique-là ".

Deux exemples interpellants

A Molenbeek-Saint-Jean, Emmanuel débourse 450 euros par mois, charges d'électricité, d'eau et de chauffage comprises; "c'est énorme pour un 28m² en piteux état et mal équipé !" Surtout quand on sait que son allocation pour personnes handicapées est de 817 euros.

"Plus de la moitié de mon budget part dans ma location; or, j'ai besoin d'argent pour payer mes frais médicaux, car j'ai de gros problèmes de santé. A Bruxelles, la crise du logement frappe durement les petits revenus. Cela devient vraiment très compliqué".  

Une situation également difficile pour Kevin (25 ans). Il paye 660 euros par mois, charges incluses, pour un logement basique de 40 m². Mais il reçoit une allocation de 1450 euros . "Les fins de mois sont difficiles", dit-il. "D'autant que j'ai des problèmes de santé".

Une grille de référence

Pour encadrer les loyers, Mohamed Ouriaghli prône l'adoption rapide de grilles de loyers tenant compte de trois paramètres : la capacité contributive des ménages bruxellois, l'état du bien et sa localisation.

Certains propriétaires expliquent que Bruxelles reste moins chère que Paris. Cet argument est balayé par José Garcia, du syndicat des locataires. Pour lui, "peu importe de savoir qu’à Paris, on paie plus cher qu’à Bruxelles. Ce qui compte, c’est de savoir comment mettre en place des systèmes pour que les loyers des locataires ne dépassent jamais 20 à 25% de leurs revenus".

José Garcia revient aussi avec insistance sur l'allocation-loyer pour aider les plus précarisés. Comme l'échevin, il prône des mesures drastiques pour lutter contre les marchands de sommeil qui proposent des logements insalubres à prix d'or.

L'avis du Syndicat national des propriétaires

Pour Bénédicte Delcourt, du Syndicat national des Propriétaires, l'instauration d'un système encadrant les loyers aurait de nombreux effets pervers, sur le marché de l'immobilier, notamment.

Elle prône plutôt une allocation-loyer, pour aider les plus précarisés. Une des pistes étudiées par le cabinet de la ministre bruxelloise du logement, Céline Frémault (cdH). La ministre espère trouver "la meilleure formule" pour l'an prochain. Reste à voir si un accord gouvernemental pourra être pris.

Le PTB prend le PS au mot

La proposition du député socialiste a aussi fait réagir, à la gauche de la gauche. Dès la rentrée parlementaire, le PTB affirme qu'il déposera une proposition d’ordonnance pour encadrer les loyers à Bruxelles.

Mathilde El Bakri (députée bruxelloise PTB) se réjouit "d’entendre qu’un député de la majorité soutient cette mesure. J’attends avec impatience que cette position soit également soutenue par Monsieur Vervoort ou par un autre membre du gouvernement bruxellois afin que les propos de Monsieur Ouriaghli soient plus qu’un simple effet d’annonce."

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