500 euros en noir pour échapper au supplément d'honoraires : une patiente accuse un médecin de Saint-Pierre

Un médecin de Saint-Pierre mis en cause par une patiente
Un médecin de Saint-Pierre mis en cause par une patiente - © CHU Saint-Pierre

Marianne (c'est un prénom d'emprunt) est sur le point d'accoucher. Son assurance ne couvre que les prestations et les frais liés à une chambre double ou commune. Mais la future maman souhaite accueillir son bébé dans le calme d'une chambre privée. Elle interroge donc l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles sur les suppléments liés à la chambre individuelle. Pour les prestations de l'hôpital, Saint-Pierre dit pratiquer un supplément d'honoraires de 200% pour les patients en chambre seule. 

1500 euros de supplément ou une enveloppe de 500 euros

Son gynécologue annonce de son côté qu'il fixe son supplément d'honoraires à 300%. C'est une pratique légale. Les suppléments d'honoraires servent en réalité de mode de financement complémentaire aux hôpitaux qui se plaignent d'être sous-financés par le fédéral.

Pour l'accouchement de Marianne, les honoraires du médecin se monteraient dès lors à 1500 euros pour un séjour en chambre individuelle. C'est à ce moment-là que les choses dérapent, explique Marianne. "Le gynécologue me propose cette alternative : soit je paye la note officielle de l'hôpital pour qu'il puisse m'accoucher, ou alors, si je ne veux pas débourser une telle somme, il me propose de lui donner une enveloppe de 500 euros."

Une pratique que la jeune femme trouve inacceptable. "J'ai été très surprise. Au début, je pensais que c'était une blague. Mais il m'a certifié que c'était une pratique assez courante. J'ai décidé de refuser de lui payer cette somme en noir et je vais aussi refuser que ce soit lui qui vienne m'accoucher. Je le ferai avec un médecin de garde sur place qui pourra très bien lui aussi satisfaire mes besoins."

Pas de dénonciation du médecin

Nous invitons évidemment Marianne à nous révéler le nom du gynécologue qui lui a demandé un dessous de table. La jeune femme s'y refuse. Elle a encore l'un ou l'autre rendez-vous de fixé avec ce médecin avant et après son accouchement et elle ne veut pas risquer de s'exposer à d'éventuelles représailles. Elle envisage toutefois de s'adresser au service de médiation de l'hôpital après son accouchement et après la fin de son suivi post-natal. 

Faute de connaître le nom du médecin, la direction de l'hôpital Saint-Pierre se limite à une réaction de principe : l'hôpital ne cautionne aucunement ce genre de pratique et demande à la patiente de déposer une réclamation auprès du service de médiation de Saint-Pierre. Dans l'affaire, c'est essentiellement l'hôpital qui serait lésé puisque les honoraires sont perçus de manière centralisée puis redistribués vers les médecins. En agissant de la sorte, le gynécologue aurait empoché 500 euros au noir en lieu et place des 1500 euros de supplément dont une grande partie serait revenue à Saint-Pierre. 

Supprimer les suppléments d'honoraires

Le témoignage de Marianne nous est parvenu via une intervention au Parlement bruxellois de la députée régionale PTB Stéphanie Koplowicz. Au-delà de ce cas particulier, le parti de gauche radicale pointe "les dérives d'un système. Au niveau fédéral, on a définancé les soins de santé de manière terrible. Et donc aujourd'hui, via les suppléments d'honoraires, les hôpitaux ont trouvé un moyen de percevoir un revenu supplémentaire. Ce qu'on voit aussi, c'est que cette histoire de suppléments d'honoraires fait aussi le bonheur des assurances privées puisque les gens ont peur de devoir payer des suppléments d'honoraires, donc ils souscrivent des assurances privées souvent très chères. C'est vraiment quelque chose que le PTB dénonce. Oui, nous proposons de supprimer ces suppléments d'honoraires mais aussi de plafonner les salaires de certains spécialistes qui atteignent parfois jusqu'à 450.000 euros bruts par an, ce qui est énorme. Ces économies seraient réinvesties dans les soins de santé."

La matière relève essentiellement du niveau fédéral, même si la commission communautaire commune de la Région bruxelloise peut actionner quelques petits leviers pour limiter les abus de certains hôpitaux. Dans cette histoire, si elle se confirme, le plus choquant est que cette pratique du dessous de table s'est déroulée dans un hôpital public, qui plus est celui du CPAS de la Ville de Bruxelles. 

 

 

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