Un châtaignier de la Ferme d'Hougoumont, témoin de la bataille de Waterloo, s'est effondré, soufflé par le vent

Un crève-cœur, il n’y a pas d’autre mot. Au petit matin ce jeudi, un des trois châtaigniers de la ferme d’Hougoumont, derniers témoins de la bataille de Waterloo, s’est effondré, poussé par le vent. Antoine Charpagne, responsable culturel du Mémorial 1815 et gardien du champ de bataille, se dit dévasté. Il réside dans une partie de la ferme et il a entendu l’arbre tomber dans un sinistre craquement.

"Les premières alertes pour cet arbre-là remontent à juillet 2019, explique-t-il. On avait eu une grosse tempête qui avait fait bouger le sol. Des relevés ont été effectués régulièrement depuis, le dernier date d’il y a quelques mois."

Les fortes pluies de cet hiver ont encore aggravé la situation et le vent qui a soufflé très fort lui a donc été fatal. Même si cet arbre était mort depuis longtemps, il était resté debout, solidement enraciné. Les trois châtaigniers, âgés de plus de 300 ans, avaient été foudroyés il y a 150 ans, ce qui leur avait donné cet aspect si particulier. Seul un avait survécu.

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L'arbre qui s'est effondré cette nuit avait déjà souffert d'une grosse tempête en 2019 et les pluies de ces derniers mois ont encore fragilisé son enracinement. © Hugues Van Peel - RTBF

Eviter les pillages

Ce jeudi matin, une équipe du Mémorial s’affairait autour du tronc à ramasser les branchages.

"On veut éviter les pillages, on sait que les gens aiment bien avoir des reliques du champ de bataille. Mais après viendra la question de savoir ce qu’on fera du tronc. Va-t-on le laisser là et le protéger ou le ramener dans la cour de la ferme ? Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas le débiter, ce serait trop bête."

Antoine Charpagne a aussi l’espoir que de nouveaux arbres puissent être plantés à cet endroit. Il y a longtemps, un pépiniériste anglais était venu chercher des châtaignes à Hougoumont et les avait plantées chez lui. Ces châtaigniers, "descendants" des châtaigniers d’Hougoumont, ont aujourd’hui une quinzaine d’années.

"Ce serait peut-être intéressant d’en ramener ici et de les planter pour se dire que la vie continue!"

En lisière d'un bois en 1815

Pour les historiens, c’est sûr, les châtaigniers d’Hougoumont ne sont pas des arbres comme les autres. Ils sont des témoins de l’Histoire et permettent de mieux comprendre le déroulement des événements de 1815. Au moment de la bataille, ils marquaient la lisière d’un bois aujourd’hui disparu.

"Aujourd’hui, derrière ces châtaigniers, il y a des champs, explique Alain Lacroix, guide 1815. Mais à l’époque de la bataille, il y avait donc un bois de cinq hectares dans lequel il y a eu des combats extrêmement violents au tout début de la bataille, entre les troupes de Nassau et de Hanovre qui se trouvaient dans le bois et les Français qui attaquaient. Comme ça tiraillait de tous les côtés, il serait intéressant de voir ce qu’il y a à l’intérieur de cet arbre. On pourrait certainement y trouver des pièces métalliques."

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Les châtaigniers d'Hougoumont figurent parmi les arbres européens de la paix et de la mémoire. © Hugues Van Peel - RTBF
Le tronc sec et tortueux de l'arbre qui s'est effondré. © Hugues Van Peel - RTBF
Dans sa chute, l'arbre a endommagé le châtaignier voisin, toujours vivant, mais les dégâts semblent limités. © Hugues Van Peel - RTBF

Alain Lacroix explique encore que ce bois appartenait au propriétaire de la Ferme d’Hougoumont à l’époque. Un bois de plaisance composé de plusieurs essences, parfois exotiques, entrecoupé d’allées.

"Tout cela a été éliminé après la bataille, parce qu’il a fallu faire des bûchers pour brûler les corps des soldats morts et les carcasses des chevaux."

Préserver les deux autres arbres

Vestiges d’une époque lointaine, les châtaigniers d’Hougoumont attirent toujours les curieux qui visitent le champ de bataille. Il en reste deux, debout, qui feront sans doute dorénavant l’objet d’une attention décuplée.

"La chute de l’arbre cette nuit est un avertissement pour les deux autres, surtout celui qui est mort, poursuit Antoine Charpagne. Le pourrissement des racines, il va aussi se passer sur celui-là. On a de la chance parce qu’il est toujours droit pour l’instant, mais il faut vraiment prendre la mesure du problème et peut-être déjà envisager une solution de préservation. Par contre, la question se pose moins pour celui qui est vivant, même si celui qui est tombé cette nuit l’a un peu endommagé."

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