Le climatologue Jean-Pascal van Ypersele défend une ferme bio menacée par un bassin d'orage à Grez-Doiceau

Les responsables de la ferme estiment qu'un bassin d'orage construit à cet endroit est une menace pour leurs activités.
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Les responsables de la ferme estiment qu'un bassin d'orage construit à cet endroit est une menace pour leurs activités. - © Tous droits réservés

A Grez-Doiceau, on n’a pas fini de parler du projet d’aménagement d’une zone d’expansion de crue sur le Piétrebais, petit affluent du Train. Pour limiter le risque d’inondation en cas de fortes pluies, la Province veut construire une très grande digue (140 mètres de long) sur les terres de la ferme du Petit Sart, une exploitation bio dont l’engagement pour une agriculture durable a été maintes fois reconnu.

Les responsables de la ferme estiment que ce projet est une menace pour leurs activités. Si les terres qu’ils travaillent depuis des années sont inondées, elles ne pourront plus être utilisées pour la culture bio, la ferme pourrait perdre sa certification.

Pêle-mêle, la ferme du Petit Sart estime que le projet de zone d’immersion ne tient pas la route, que ses conséquences ont été sous-estimées et que toutes les alternatives n’ont pas été sérieusement envisagées. Des critiques que la province balaye, renvoyant à la défense de l’intérêt général, à la nécessité de protéger la commune du risque d’inondation et à l’impossibilité de trouver un compromis négocié avec les responsables de la ferme, malgré de nombreuses discussions.

Grosse mobilisation pour l'enquête publique

L’enquête publique relative à ce projet controversé vient de se clôturer. De toute évidence, la construction de la digue ne passera pas comme une lettre à la poste. Plusieurs centaines de personnes ont réagi en adressant lettres, courriels et autres pétitions à l’administration communale pour faire part de leur étonnement, de leurs questions et remarques. "C’est la grande surprise pour nous de voir qu’autant de personnes se sont mobilisées pour essayer de sauver les belles terres fertiles de notre ferme bio, indique Carl Vandoorne, l’un des responsables de la ferme. Pour nous, c’est cadeau! "

Parmi les participants à l’enquête publique figure le célèbre climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’UCL. "Il s’agit ici de faire un barrage qui concerne un affluent du Train qui n’apporte qu’une petite partie de l’eau qui est susceptible d’inonder Grez-Doiceau, explique-t-il. Et donc on peut se demander d’abord pourquoi on ne prévoit pas de travaux pour prévenir les débordements du Train lui-même. D’autre part, je crois qu’il y a une sous-estimation des dégâts que ce bassin d’orage causerait aux activités de la ferme. Ce sont parmi les meilleures terres de la ferme qui sont concernées. On sait ce qui se passe quand il y a une inondation, il risque d’y avoir du mazout et d’autres déchets mélangés à l’eau. Et si cette eau polluée s’accumule sur les terres, cela risquerait de rendre les terres inutilisables pour une agriculture bio par la suite".

Jean-Pascal Van Ypersele estime aussi qu’aucun élément dans le dossier ne prouve de façon très claire que la localisation choisie soit réellement optimale. "On a l’impression que le projet est présenté comme étant à prendre ou à laisser alors que les alternatives n’ont pas été étudiées, présentées, expliquées et discutées démocratiquement".

"Une conception étroite de l'intérêt général"

Quant à l’argument de l’intérêt général avancé par la province, le climatologue le conteste également. "On nous dit que ce projet répond à l’intérêt général alors que la défense de la ferme correspondrait à la défense d’intérêts particuliers. C’est une conception très étroite de la notion d’intérêt général. Moi je suis convaincu que la ferme bio du Petit Sart répond justement au service de l’intérêt général de multiples manières. Et les pouvoirs publics doivent en tenir compte".

Dans l’immédiat, la Commission consultative de l’Aménagement du Territoire et de la Mobilité de Grez-Doiceau doit rendre son avis sur le dossier, ainsi que les autorités communales. Mais c’est au fonctionnaire délégué de la Région wallonne que reviendra finalement la décision d’octroyer, ou pas, le permis demandé par la province. Une décision pas attendue avant plusieurs semaines, et qui peut aussi, par la suite, faire l’objet de recours. Affaire à suivre!

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