Interdiction des tracteurs sur la N25: agriculteurs et autorités locales demandent au nouveau ministre de faire marche-arrière

Renvoyer les tracteurs dans les villages, une option pas réaliste et dangereuse, selon les bourgmestres et les agriculteurs.
Renvoyer les tracteurs dans les villages, une option pas réaliste et dangereuse, selon les bourgmestres et les agriculteurs. - © RTBF

Parmi les dossiers dont hérite Philippe Henry (Ecolo), le nouveau ministre wallon de la Mobilité, il en est un (particulièrement sensible) qui nécessitera sans doute une réaction rapide: l’interdiction faite aux tracteurs et convois agricoles de circuler sur la N25 dès le premier janvier prochain.

Cette mesure, annoncée cet été par l’ex-ministre Carlo di Antonio (cdH), suscite la réprobation générale. Les agriculteurs s’y opposent, sans surprise. Mais les bourgmestres des communes traversées par la N25 ne sont pas en reste.

Ce vendredi s’est tenue une réunion de la commission provinciale de sécurité routière, sous la houlette du Service public de Wallonie (SPW), au cours de laquelle les mandataires locaux (et une délégation de la Fédération wallonne de l'Agriculture) ont réaffirmé leur opposition à cette interdiction. A la place, ils proposent de limiter la vitesse maximale à 90km/h.

"La différence de vitesse entre les voitures et les tracteurs est énorme, explique Gérard Couronné, bourgmestre de Genappe. Le problème, c’est que les voitures ne roulent pas à 120km/h. Elles roulent à 130, 140 ou 150 km/h. Limiter à 90km/h, c’est la solution du bon sens."

Des radars tronçons pour contrôler la vitesse

Encore faut-il évidemment que cette limitation soit respectée. Les bourgmestres plaident pour l’installation de radars tronçons sur toute la longueur de la N25, quasiment de Mont-Saint-Guibert à Nivelles.

"Des radars classiques ne suffisent pas, selon Pierre Huart, bourgmestre de Nivelles. Une fois que le radar sera passé, les automobilistes auront peut-être tendance à réaccélérer. Moi, je suis convaincu par ces radars tronçons qui permettent d’avoir une vitesse moyenne sur l’ensemble de la N25, pour qu’on réduise la vitesse de tous les véhicules."

Par ailleurs, les aménagements proposés par la Région wallonne pour faire passer les tracteurs sur des tracés alternatifs sont considérés comme irréalistes.

"Au vu des interdictions de tonnage que certaines communes ont mises en place et au vu de la configuration de certaines voiries dans l’ensemble des communes, les alternatives proposées par la Région ne sont pas crédibles, explique Julien Breuer, bourgmestre de Mont-Saint-Guibert. Et quand on va sur le terrain, on se rend bien compte qu’il va y avoir un réel problème à partir du premier janvier si le nouveau ministre ne revoit pas cette copie."

De l'insécurité, plutôt que de la sécurité

"La tendance depuis quelques années, c’est de favoriser ce qu’on appelle les modes doux et le cheminement des piétons, ajoute Pierre Huart. Des aménagements sécuritaires, financés par le Service public de Wallonie, ont été réalisés dans différents villages. Et on en a fait aussi à Nivelles sur certains axes. Et donc c’est incohérent de vouloir revoir ces aménagements pour permettre la circulation des véhicules agricoles dans les villages. Certaines machines sont vraiment très impressionnantes, on n’imagine pas qu’elles roulent à côté des cyclistes dans les villages."

"Plutôt que de trouver des solutions qui vont améliorer la sécurité dans son ensemble, on va faire exactement le contraire, on va créer de l’insécurité et cela va engendrer des accidents", conclut Gérard Couronné.

Il reste donc un peu plus de trois mois pour convaincre le nouveau ministre (et sa collègue Valérie De Bue, en charge de la sécurité routière) de revenir sur la décision de son prédécesseur. Les bourgmestres, les autorités provinciales et les agriculteurs espèrent rencontrer Philippe Henry très prochainement.

Manifestation d'agriculteurs sur la N 25 à Thines (Nivelles), le 03 mai dernier

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