Genval: des ossements humains sur le lieu d'un futur potager collectif

C’est une histoire plutôt gênante qui risque de faire jaser dans le quartier de Mahiermont à Genval (Rixensart), en Brabant wallon: l’aménagement d’un potager collectif a dû être interrompu en urgence cette semaine car des ossements humains remontaient à la surface. Les travaux se déroulaient sur un terrain boisé où fut jadis construite une église flanquée d’un cimetière.

L’église a été démolie dans la seconde moitié du 19e siècle mais le cimetière a encore servi jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, avant d’être fermé. A l’époque, les monuments funéraires ont été retirés, certaines tombes ont été vidées à la demande des familles et les corps transférés vers d’autres cimetières de la commune. Mais la plupart des dépouilles sont restées sur place et la végétation a pris le dessus au fil des décennies. Subsiste encore, sur un coin de la parcelle, la petite chapelle du Saint-Sacrement, qui date de 1776.

Récemment, on a donc entrepris le déboisement de ce terrain pour y aménager un potager collectif. Les arbres ont été coupés et c’est apparemment lors de l’arrachage des souches que les premiers ossements ont été découverts. Les engins sont repartis et le chantier a été interrompu.

Des ossements à l'air libre

En visite sur place ce samedi matin après avoir été contacté par des riverains, Xavier Deflorenne, surnommé Monsieur Cimetière à la Région wallonne, n’a pas dû chercher longtemps pour retrouver lui aussi quelques restes humains. "Vous avez ici une phalange, un morceau de mâchoire avec quelques dents, une rotule… Et tout cela affleurait! Je n’ose imaginer la situation qu’on aurait à 20 centimètres de profondeur", explique-t-il.

Pour une telle réaffectation, les procédures n’ont manifestement pas été respectées. "Pour toucher à tout monument antérieur à 1945, et nous en avons encore ici, il faut une autorisation de la Région wallonne, et même de la Cellule de Gestion du Patrimoine funéraire, attachée à l’Aménagement du Territoire, poursuit le spécialiste. Ce dossier aurait dû être soumis obligatoirement au gouverneur de la province qui aurait demandé un avis auprès des instances régionales, dont je fais partie. Cela m’aurait permis d’accompagner la commune et d’encadrer le projet pour éviter de me retrouver un samedi matin à gérer une bêtise".

Il est impossible de dire combien de corps sont encore enterrés dans l’ancien cimetière. Mais selon Xavier Deflorenne, ils se comptent sans doute par centaines. "De toute évidence, ce terrain n’a pas été assaini. Et imaginer qu’on a voulu faire ici un potager collectif qui va forcément faire remonter des ossements me surprend beaucoup".

"Les ossements remonteront toujours"

Pour mener ce projet à terme, la solution idéale serait de vider complètement le cimetière sur plusieurs mètres d’épaisseur. Mais cette solution serait sans doute trop coûteuse. "On peut aussi imaginer de remblayer le terrain avec une couche de terre de 50 centimètres, explique Xavier Deflorenne. Car on sait que dans un potager, on ne creuse pas plus profondément. On évitera donc une remontée massive d’ossements. Mais il faut se dire que des ossements remonteront toujours".

Cette situation désole Jean-Pierre Herpigny, président du Cercle de Généalogie de Rixensart. Natif de Genval, il se souvient très bien de ce cimetière où il venait jouer dans son enfance, et où son arrière-grand-père a été enterré. "C’est un lieu de recueillement où tout le monde venait dans le temps même s’il était désaffecté. Je n’étais pas prévenu qu’on voulait y faire un potager. La façon dont c’est fait me rend un peu triste".

Remise en état en vue

Les autorités communales de Rixensart semblent bien embarrassées. Elles pensaient que tout avait été fait correctement et plaident la bonne foi. "Si on doit nettoyer ça convenablement sur plusieurs dizaines de centimètres ou sur plusieurs mètres, on le fera, précise le bourgmestre, Jean Vanderbecken. Si c'est trop onéreux, on reportera peut-être le projet, on verra. Mais je vous assure que tout sera fait dans les règles de l'art".

"On n’est pas dans un dossier catastrophique, rassure tout de même Xavier Deflorenne. On peut réparer. Mais il faut que la commune réagisse rapidement". Dans un premier temps, il conviendra sans doute de clôturer le site pour en barrer l’accès, par mesure de sécurité et par respect pour les défunts. Par la suite, quelle que soit l’affectation finale du terrain, il faudra aussi construire un ossuaire pour y déposer tous les restes qui auront été retrouvés.

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