Equipements médicaux: la crise du coronavirus va-t-elle inciter les hôpitaux à passer du tout jetable au tout réutilisable?

Dans le monde d’après, quand la crise du coronavirus (Covid-19) sera terminée et que l’heure des bilans aura sonné, on ne manquera pas de s’interroger sur la manière dont on a géré les stocks de matériel disponibles pour la prise en charge des patients malades. Personne n’avait imaginé qu’un jour, des ateliers de couture seraient mis en place dans les hôpitaux pour confectionner tenues et masques en tissu. C’est pourtant ce qui s’est passé à certains endroits, face à la pénurie.

La crise du coronavirus sonnera-t-elle le glas du "tout jetable"? En reviendra-t-on à utiliser du matériel en tissu réutilisable après lavage? Certains, dans le monde médical, s’interrogent.

"Il faut qu’on soit moins dépendant de la Chine, explique Philippe Pierre, directeur médical et coordinateur de la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies. Ce qui se passe est assez délirant. Si la Chine est malade, tout le monde est en difficulté. Je pense donc qu’il faut reprendre différentes productions européennes, et même belges."

"On se rend bien compte que dans le contexte mondialisé dans lequel on est, ce système de fourniture de matériel est fragile, ajoute Hervé Lignian, médecin chef du Chirec à Braine-l’Alleud. Et au-delà du fait que ça pourra peut-être aussi amener à relocaliser certaines productions qu’on va tout d’un coup reconsidérer comme étant plus stratégiques, on va aussi se poser fondamentalement la question du réutilisable. Mais est-ce que ce sera dans l’idée de se faire des stocks d’équipements réutilisables dans le cas où nous serions de nouveau confrontés au même problème, où est-ce qu’on ira jusqu’à remettre en cause le modèle complet et à faire marche arrière en ce qui concerne le matériel jetable pour des questions de durabilité notamment? Entre ces deux options, je ne sais pas très bien où on va se stabiliser, mais les choses vont changer."

Il est vrai que la crise a aussi fait prendre conscience au plus grand nombre de la quantité astronomique d’équipements nécessaires dans les hôpitaux. Et donc de la quantité astronomique de déchets produits. C’est un élément à ne pas négliger.

Le matériel à usage unique, moins cher mais plus efficace?

Mais il paraît tout de même difficile d’envisager de passer du tout jetable au tout réutilisable en un coup. Pour des raisons économiques d’abord (le matériel en tissu coûte généralement bien plus cher) et pour des raisons d’efficacité.

"Le matériel jetable est parfois de meilleure qualité, poursuit Hervé Lignian. Si vous prenez par exemple une simple blouse en coton, elle n’est pas du tout étanche, elle ne confère donc pas grand-chose comme protection contre les projections liquides, alors que la blouse jetable non tissée a de meilleures performances. Pour les masques, c’est la même chose. Plus personne n’ignore aujourd’hui qu’un masque en tissu, c’est mieux que rien, mais que c’est moins bien qu’un masque FFP2. Là, il y a peut-être des pistes à explorer, pour le développement de produits qui n’existent pas aujourd’hui."

Par ailleurs, certains types d’équipement jetables semblent difficilement remplaçables par du matériel réutilisable. Les gants chirurgicaux par exemple.

"Je ne vois pas trop de possibilité d’alternative. La manipulation de gants souillés et leur reconditionnement me paraissent vraiment très compliqués. Beaucoup plus compliqués que ce qu’on peut éventuellement envisager pour les blouses et les masques."

Réflexion, action

Aujourd’hui, les hôpitaux n’ont pas toutes les réponses, mais cela ne les empêche pas d’avancer.

"On a déjà pris la décision d’acheter des blouses réutilisables. Et l’idée est qu’on achètera par la suite un stock suffisant pour pouvoir assurer un fonctionnement autonome et pouvoir s’affranchir de la question des blouses jetables dans l’avenir. Maintenant, est-ce qu’elles seront utilisées dans la pratique quotidienne où les conserverons-nous comme solution de secours au cas où? A ce niveau-là, la réflexion a déjà fait son chemin dans beaucoup de cerveaux, depuis la logistique jusqu’aux départements médicaux."

A Ottignies, la Clinique Saint-Pierre, qui s’est lancée dans un programme de transition écologique l’an dernier, ne manquera pas non-plus de réfléchir attentivement à ces questions.

"Ca va certainement donner des idées à nos jeunes cadres qui ont lancé ce mouvement, pour travailler sur le concept et essayer de voir comment on peut aller dans ce sens-là", conclut Philippe Pierre.

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