Dix éoliennes le long de la E411 entre Walhain et Corroy? Le projet divise

10 éoliennes vont-elles semer la discorde à Corroy-le-Grand?
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10 éoliennes vont-elles semer la discorde à Corroy-le-Grand? - © Belga Image

C’est ce mardi que s’achève l’enquête publique concernant l’implantation de dix éoliennes le long de l’autoroute E411, entre les villages de Libersart (Walhain) et Corroy-le-Grand (Chaumont-Gistoux). Ce projet est porté par Electrabel et par la coopérative citoyenne HesbEnergie, en association avec deux autres coopératives.

Concrètement, HesbEnergie financerait la construction de deux éoliennes pour un montant avoisinant les six millions d’euros. Electrabel conserverait les huit autres. La durée d’exploitation serait de 25 ans, et si le parc est construit, il fournirait de l’énergie à quelque 13 000 foyers.

Mais ce projet suscite des remous à Corroy-le-Grand et le fossé qui sépare opposants et partisans semble déjà bien profond. Un exemple? Il y a quelques jours, un panneau placé dans son champ par un agriculteur opposé aux éoliennes a été arraché en plein jour par un membre de la coopérative HesbEnergie. La scène a été filmée et l’agriculteur a déposé plainte à la police. Un administrateur d’HesbEnergie résidant à Corroy-le-Grand affirme de son côté que des œufs ont été lancés sur sa voiture.

Aujourd’hui, quelque peu embarrassée par l’arrachage du panneau, HesbEnergie tente de calmer le jeu. "La coopérative désapprouve totalement ce type de procédé, explique Emmanuel Mertens, administrateur. Au contraire, nous avons toujours voulu être éthiques et transparents, et communiquer. Nous voulons que les gens soient informés le plus possible et puissent s’exprimer".

La coopérative prône donc le dialogue et invite les personnes qui redoutent les nuisances des éoliennes à mesurer elles-mêmes leur impact réel. "Pour dépassionner les choses, on a proposé que les gens aillent voir sur un site à Perwez, qui est un cas de figure identique, pour qu’ils puissent écouter les habitants de Perwez et voir la situation pour dédramatiser la chose. Parce qu’il est toujours facile de provoquer ainsi des peurs et une angoisse chez les gens. Mais il est important de réaliser que ces éoliennes seront nettement moins bruyantes que l’autoroute et que toutes les précautions ont été prises pour minimiser au maximum les nuisances".

Appliquer le principe de précaution?

Ce discours ne convainc cependant pas le noyau dur des opposants aux éoliennes. Ils en redoutent le bruit, l’ombre portée et les flashs lumineux durant la nuit. Ils estiment également que la distance entre les premières éoliennes et le village de Corroy est trop courte.

Et le bourgmestre de Chaumont-Gistoux partage leurs craintes. "Si on regarde les études, il y en a qui sont catastrophiques, d’autres qui minimisent très fort les impacts, constate Luc Decorte. Et donc dans ce cadre-là, la meilleure façon d’agir est d’appliquer un principe de précaution. C’est-à-dire implanter les éoliennes plus loin des habitations, au minimum à un kilomètre ou un kilomètre et demi, ce qui est apparemment la règle dans les pays voisins". Ici, moins de 500 mètres séparent la première éolienne de la première habitation concernée, la ferme des Noyers.

Pour le bourgmestre, c’est la santé des habitants de Corroy-le-Grand qui sera prioritaire dans ce dossier. Et de son point de vue, à l’heure actuelle, les promoteurs n’ont pas apporté tous les apaisements sur les nuisances éventuelles.

Il y a donc fort à parier que la commune de Chaumont-Gistoux transmettra prochainement un avis négatif sur le projet aux fonctionnaires de la Région wallonne qui devront se prononcer sur la demande de permis. Car outre les nuisances, le dossier déposé par Electrabel et HesbEnergie présenterait certaines lacunes. Fin 2015, les autorités communales avaient demandé que l’étude d’incidence mesure les retombées éventuelles des éoliennes sur l’école de Corroy, ce qui n’a pas été fait. Elles avaient également exprimé leur souhait qu’Electrabel se concerte avec la société Wind Forever qui veut aussi implanter une dizaine d’éoliennes à proximité (mais de l’autre côté de l’autoroute), afin d’évaluer l’impact global de ces deux projets, mais cette demande n’aurait pas non plus été rencontrée. La proximité d'une zone Natura 2000 serait également une source d'inquiétudes.

HesbEnergie veut malgré tout croire que ce projet aboutira. La coopérative vient de transmettre à la commune plus 430 lettres et courriels de soutien aux éoliennes. "Ceux qui répondent généralement aux enquêtes publiques sont les gens qui sont contre, explique Jean-Paul Halloy, président de la coopérative. Les autorités communales et de la Région wallonne ont donc souvent un écho négatif par rapport aux champs éoliens. Donc avec ces signatures, ils pourront se rendre compte qu’une partie de la population est favorable à ces projets".

Il faut enfin rappeler que l’enquête publique ne concernait pas uniquement les communes de Chaumont-Gistoux et Walhain, sur lesquelles les dix éoliennes seraient implantées. Les habitants d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, Mont-Saint-Guibert, Incourt et Perwez étaient également invités à se prononcer.

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