Vote blanc : l'épouvantail du "blocage politique"

Stan Jourdan
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Au moment où l’on s’attend à une forte abstention au premier tour des élections présidentielles françaises, Stan Jourdan, journaliste indépendant, plaide en faveur d’une véritable prise en compte du vote blanc dans nos démocraties modernes.

La reconnaissance du vote blanc fait partie de ces mesures simples et justes avec lesquelles toute démocratie représentative digne de ce nom devrait composer. Hélas, malgré plus d’une trentaine de propositions de lois françaises (de droite comme de gauche) allant en ce sens,  nos " politocrates " semblent déterminés à ne pas remettre leur monopole en cause. Il faut les comprendre : la possibilité d’un peuple de dire non à leurs agissements a de quoi leur faire peur. Des peurs que les journalistes ont également l’habitude de brandir pour reléguer l’idée.

Exemple classique de levée d’épouvantail pour faire faire du vote blanc l’objet d’une crainte pour la Démocratie, le journaliste Philippe Plassart écrit dans Le Nouvel Économiste :

" La sociologue Monique Pinçon-Charlot, qui couple la reconnaissance du vote blanc avec l’obligation de voter, va jusqu’à poser cette règle : si le score des blancs dépasse les 40 %, alors il y aurait obligation d’organiser un nouveau scrutin avec de nouveaux candidats. Un scénario difficilement envisageable. "

Et plus loin :

" La reconnaissance du vote blanc est encore moins opérationnelle dans le cadre d’un scrutin proportionnel. “Dans cette hypothèse, il faudrait laisser des sièges vacants à proportion des votes blancs enregistrés”, explique Pierre Bréchon (…) Conclusion : la reconnaissance du vote blanc, même parée des meilleures intentions du monde, débouche sur une impasse. Et cela se comprend puisque la finalité d’une élection n’est pas tant d’exprimer une opinion – fût-elle sa défiance vis-à-vis de la classe politique dans son ensemble – que de choisir un représentant. "

Nous avons ici en filigrane la critique habituelle du vote blanc : " le reconnaitre, c’est ouvrir la porte à un risque de blocage institutionnel (et c’est dangereux !) ". Ce genre d’analyse est symptomatique du manque de mise en perspective par les journalistes et autres fabricants d’opinions toutes faites des idées un tant soit peu " alternatives " qui leur tombent sous la dent.

Une chose est d’imaginer la reconnaissance du vote blanc à la veille d’une élection alors que la campagne électorale est bien avancée (comme aujourd’hui): dans ce cas-ci, le risque de blocage est réel, surtout après une campagne aussi peu à l’honneur des prétendants au pouvoir… Il faudrait certainement recommencer l’élection à plusieurs reprises faute de candidat correct pour la majorité.

Une autre est d’imaginer que l’on introduise cette mesure bien avant le lancement même de la campagne. Dans ce contexte, les médias ainsi que les instituts de sondage seraient alors forcés d’étudier de plus près la catégorie d’électeurs refusant de voter pour un quelconque candidat. On pourrait alors imaginer que si le vote blanc montait dans les sondages, une plus grande attention serait portée par les candidats à ce groupe d’électeurs. Ils auraient tout à gagner à tenter de les séduire pour avoir leurs voix, et donc à les écouter. Ils modifieraient leurs programmes en conséquence et s’en verraient renforcés. De même que la qualité du débat.

Si cela n’arrive pas, alors un scénario encore plus intéressant pourrait apparaitre. Ceux qui votent blancs pourraient se compter et auraient conscience de leur véritable pouvoir. De là découle une certaine responsabilité : ils seraient alors encouragées à s’organiser eux-mêmes pour faire valoir leurs idées. Par exemple en lançant leurs propres partis politiques qui représenteraient de nouvelles voies, à la fois dans les idées, mais aussi dans la forme d’organisation en tant que parti. Pourquoi pas constituer un parti sans aucun programme, mais dont les représentants (tirés au sort?) s’engageraient à consulter leurs adhérents à chaque décision, un peu sur le modèle de la Démocratie liquide du parti pirate?  Dans un tel scénario, la Démocratie s’en retrouverait belle et bien renforcée.

Le risque de blocage est une fausse excuse

Mais encore faut-il comprendre que la possibilité d’un blocage institutionnel est en vérité le meilleur remède contre celui-ci : son éventualité pousse les uns et les autres à agir pour l’éviter. Tandis qu’aujourd’hui, nous sommes dans la situation inverse où tout est déjà bloqué au niveau de la société, sauf précisément le déroulement pseudo démocratique de la vie politique au travers de ses échéances électorales. Tout se passe comme si nous étions en Démocratie, alors que derrière les façades, nous sommes loin du compte.

Mais naturellement, tant que les institutions négligent totalement les abstentionnistes/votes blancs, il n’y a que très peu de chances que les citoyens éveillés prennent ce genre d’initiative. En absence de véritable reconnaissance de ce mode d’expression, de prise en compte sérieuse dans les sondages et de sérieux pouvoir de blocage, ceux-ci se retrouvent irrémédiablement isolés dans leur coin, sans aucun pouvoir de groupe. Et le bipartisme continuera de triompher contre son peuple.

Si le match est truqué, vous jouez encore ? Pour ma part, je risque fortement de voter en touche !

Stanislas Jourdan

Stanislas Jourdan (23 ans) est un journaliste indépendant, diplômé d’une école supérieure de commerce. Il est l’animateur du site " Tête de Quenelle " et s’est spécialisé dans les questions liées à la crise financière et aux politiques monétaires. Il se définit aussi comme " veilleur "

Cet article a été publié en premier sur le site de Stan Jourdan

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