Une place de qualité pour chaque enfant, plus urgent qu'un nouveau stade ou des prisons !

Johanna de Villers
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Nous avons un besoin criant d’écoles, et le politique ne semble pas prêt à répondre vraiment à ce besoin. Tel est le cri d’alarme lancé par la Fapeo en cette rentrée 2013.

En maternelle, des écoles qui craquent de partout….

Le boum démographique est aujourd’hui une réalité dans les écoles : classes surpeuplées, locaux annexes affectés à des classes de cours (locaux de psychomotricité, de gymnastique, couloirs, entresols, greniers…), manque d’infrastructures communes (réfectoires, cours de récréation, préaux couverts, piscines…), construction de classes temporaires (préfabriqués). Auparavant, la saturation des écoles était essentiellement due à leur réputation. Aujourd’hui, à Bruxelles, quand on a une place, on s’y accroche. L’effet en est parfois directement visible : des écoles du centre de Bruxelles qui comptaient, jusqu’il y a 10 ans, une classe par niveau se retrouvent avec deux classes par niveau, ce qui signifie que la population scolaire a été multipliée par deux. Bref, la pression démographique est telle que les écoles doivent rentabiliser le moindre mètre carré !

Cette surpopulation a, bien entendu, des effets sur la qualité globale de l’enseignement : les professeurs sont épuisés, les enfants sont privés de réfectoire ou doivent manger en 15 minutes, les cours de récréation sont bondées et bruyantes, les plus jeunes n’ont pas d’espace pour faire leur sieste, etc.

Des enfants sans école ?

Si on ne recense pas encore, dans l’enseignement ordinaire, de cas d’enfants sans école, de plus en plus de parents nous font part, à la FAPEO, des difficultés qu’ils ont dans leur recherche d’une place. Cette quête commence mal lorsqu’on vous annonce d’emblée que toutes les écoles de votre commune sont déjà complètes ! Effectivement, à l’heure actuelle, il n’existe pas de cadastre des places disponibles, ni lieu où s’adresser si on ne trouve pas de place. Les parents n’ont parfois pas d’autre choix que de prendre leur bâton de pèlerin pour faire le tour des écoles ou des pouvoirs organisateurs. C’est donc le règne de la débrouille. En outre, ces difficultés risquent de se reproduire à chaque changement d’école : en 1ère maternelle, en 1ère primaire et puis en 1ère secondaire.

Comment en est-on arrivé là ?

La croissance démographique qu’on observe depuis plus de 10 ans est à la fois due au nombre de naissances plus élevé à Bruxelles que dans les autres régions du pays et à l’installation de nouvelles populations immigrées. Depuis 2000, le nombre de naissances annuel a augmenté de plus de 35 % ! En outre, les institutions européennes et internationales situées à Bruxelles jouent aussi comme facteur d’attractivité, en témoigne la surpopulation qui touche les écoles européennes. Comment n’a-t-on pas anticipé les effets de ce boom démographique ?

Qui peut faire quoi ?

L’article 3 du Pacte scolaire précise que " L’Etat organise un enseignement gardien, primaire, moyen, normal, technique, artistique et spécialisé et crée, là où le besoin s’en fait sentir, les établissements et sections d'établissements nécessaires à cet effet ". Autrement dit, chaque enfant en âge de scolarité a le droit d’avoir accès à l’enseignement et c’est à l’Etat d’assurer que les infrastructures sont suffisantes. C’est la Fédération Wallonie-Bruxelles qui est compétente en matière d’enseignement et d’infrastructures scolaires. Moyennant accord du gouvernement, des pouvoirs organisateurs subsidiés (communes, asbl, diocèses…) peuvent créer de nouvelles écoles en bénéficiant d’un financement plus ou moins important. Or, la Fédération n’a plus beaucoup d’argent. Ne pourrait-on alors imaginer un transfert exceptionnel d’argent d’autres niveaux de compétence pour répondre à la situation de crise dans laquelle se trouve notre enseignement ? On peut toujours rêver…

Le problème qui se pose en plus à Bruxelles, c’est qu’il s’agit d’une ville bicommunautaire avec, dans chaque communauté, une multitude de réseaux d’enseignement (communal, communautaire, libre confessionnel, libre non confessionnel). Cela a pour conséquence, premièrement, un partage difficile des responsabilités entre communautés en matière de scolarisation des élèves bruxellois (qui paie pour qui ?), et, deuxièmement, une exacerbation des enjeux liés au financement.

A ce propos, l’exemple du Plan écoles de la Région bruxelloise est sans équivoque. En 2010, l’Institut Bruxellois de Statistiques et d’Analyses (IBSA) publie son étude sur l’essor démographique et le besoin d’écoles, c’est la Région qui est la première à réagir avec son plan qui permet dans l’urgence la création de 3836 places. Un one shot qui ne pourra être renouvelé en raison d’un arrêt de la cour constitutionnel qui a rappelé à la Région qu’elle n’était pas compétente en la matière.

Un enjeu d’avenir

La Fédération Wallonie-Bruxelles a été bien plus lente à réagir que la Région. Aujourd’hui, le Ministre Nollet annonce la création de plus de 20000 places à l’horizon 2017, à Bruxelles et en Wallonie, mais ces chiffres souffrent d’une très grande imprécision. Entre juillet 2013 et la semaine de rentrée, le nombre de places annoncé a varié de 12000 à plus de 20000. On ne sait plus sur quel pied danser ! Et puis, ces chiffres intègrent-ils ou non les places déjà créées par la Région ? Est-on certain que toutes les places annoncées pourront être financées ? Pourra-t-on former, recruter, payer et maintenir en fonction les enseignants nécessaires ? Ces questions appellent des réponses solides et nous les attendons toujours.

En attendant, la pénurie d’écoles risque non seulement de toucher la qualité de notre enseignement bruxellois qui ne se porte déjà pas très bien, mais risque aussi d’entraîner en cascade d’autres problèmes sociaux liés à la formation de la jeunesse et à son insertion professionnelle future. Si on veut assurer l’avenir de Bruxelles, il conviendrait aujourd’hui de considérer les problématiques scolaires avec le plus grand sérieux. Les acteurs de terrain et les chercheurs s’accordent aussi sur la nécessité d’une coordination régionale autour de la pénurie et demandent un pilotage bruxellois de l’enseignement. Actuellement, il n’existe ni coordination entre les réseaux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ni entre communautés. Or, à Bruxelles, 80 % des élèves sont scolarisés dans les différents réseaux francophones, 17 % par la Communauté flamande et environ 3 % via les écoles européennes et internationales (15000 élèves). Une gestion politique prenant en compte ces spécificités bruxelloises est plus que jamais nécessaire.

Enfin, il est impératif pour la FAPEO que cette gestion quantitative de la pénurie n’occulte pas la gestion qualitative de l’enseignement qui est pour le moins préoccupante. Oui, nous avons besoin de nouvelles écoles, avec des projets pédagogiques porteurs, c’est encore mieux.

Johanna de Villers, Chargée de mission à la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel

Docteur en sociologie de l’ULB, Johanna de Villers a été longtemps chercheuse et enseignante. Elle est aujourd’hui co-reponsable de la régionale de Bruxelles de la FAPEO, où elle assure à la fois des activités d’animation et de recherche ainsi que des missions de représentation. Sa thèse : " Arrête de me dire que je suis marocain ! Une émancipation difficile " a été publiée aux éditions de l’ULB.

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