Un pays ne se résume pas à ses indicateurs financiers

Le consensus se renforce sur l’idée que nos modèles de développement sont confrontés à de sérieuses limites économiques et environnementales et appellent des évolutions fondamentales. Questionner ces limites et leur apporter des réponses concertées, acceptables et durables est au cœur de ce qu'on appelle la responsabilité sociale. Cette responsabilité désigne, quand il s'agit d'entreprises, l'engagement à prendre en compte, dans ses stratégies et dans ses opérations, les intérêts légitimes, les attentes et les droits de toutes ses parties prenantes, à commencer par le respect de leurs droits fondamentaux. Vigeo, précisément, évalue les niveaux d'engagements des entreprises sur le terrain des droits de l'homme, des conditions de travail et d'emploi, du dialogue social, de la protection de l'environnement, de la gouvernance et de la contribution des entreprises au développement des pays où elles opèrent. Ces notations s'adressent à des investisseurs socialement responsables qui ont le souci d'orienter leur décision de placement vers des activités dont l'impact ne heurte pas les équilibres écologiques et, autant que possible, constitue une contribution au progrès social et au renforcement de la transparence et de l'éthique des affaires.

Les États aussi

L’ISR (Investissement Socialement Responsable) a vocation à servir le développement durable. Le marché ISR en Belgique est un des plus développés en Europe (et au monde). Mais pour être efficace, il a besoin aussi de s’étendre à ces autres grands acteurs économiques et financiers que sont les États et les collectivités locales. Ceux qu’on appelle les "souverains " sont actifs sur les marchés de la dette.

Vigeo considère en effet que le temps est révolu où l’on pouvait tenir pour neutres ou marginaux les enjeux environnementaux, sociaux, de gouvernance et de droits de l’homme qu’il y a derrière les obligations émises par les États. Nous avons donc choisi de lever le voile sur ces enjeux et de classer sur des critères précis de responsabilité, la quasi-totalité des pays de la planète. La notation de la responsabilité sociale des États, s'applique à 175 pays. Les investisseurs utilisateurs de ce service peuvent donc choisir de pondérer les risques des États en fonction de leurs profils de responsabilité sociale.

Depuis 2007, Vigeo mesure les engagements pris par les États et leurs performances en matière institutionnelle, environnementale et sociale, en appui sur la collecte et la qualification de 160 indicateurs. Avant même que les assurances des agences de notation financières se soient détériorées sur la solvabilité de plusieurs émetteurs souverains de la zone euro, le classement Vigeo avait fait ressortir la faiblesse relative des performances des pays concernés en matière de gouvernance, de garanties en matière de transparence et de liberté ainsi que le caractère limité de leurs engagements environnementaux.

La Grèce, le pays le plus mal classé

Depuis le commencement de la recherche pays, Vigeo a déjà attiré l'attention des investisseurs sur les faiblesses de la Grèce, du Portugal et de l’Italie en matière de gouvernance institutionnelle (corruption, liberté de presse, indépendance de la justice, etc.), précédant ainsi les agences de notation financière dans la dégradation des notes de ces pays. En 2009, déjà, la Grèce avait été sanctionnée dans un de nos rapports et avait été classée pire élève de l'Union Européenne, avant même que l'on ne découvre l'étendue de sa dette. A la même époque, les principales agences de notation mondiales, octroyaient encore un Ai aux obligations de l’État grec. La Grèce, figurait encore dans la catégorie "investissement" [correspondant a un niveau de risque faible pour les investisseurs]

Des lors, on peut se demander ce qui nous avait conduit à livrer un avis très différent de ceux des autres agences de notation. Quand il s'agit de noter un État, Vigeo vérifie soigneusement si les choix politiques du gouvernement sont faits dans l'intérêt public et la transparence. Considérant que la Grèce ne garantissait pas assez la liberté d'expression et ne luttait pas efficacement contre la corruption, elle lui avait attribue la note la plus faible de tous les pays membres de l'UE.

L’Allemagne mais aussi la Belgique en tête de classement

Aujourd'hui, la Finlande, le Luxembourg, l’Allemagne et les Pays-Bas sont classés par Vigeo en tête de la zone euro. La Belgique se trouve dans le peloton de tête des pays Européens, mais également dans le top au niveau mondial. La performance de la Belgique en terme de signatures des conventions environnementales internationales (environnement, biodiversité, l'eau, émissions ...) est bonne, mais en terme d'émissions de CO2 par habitant nous avons encore du progrès à faire. En terme de pression sur l'environnement (déchets, l'utilisation des pesticides, les énergies renouvelables et la consommation d'énergie par habitant), la performance de la Belgique est plutôt faible. Les points forts de la Belgique sont le respect des droits de l'homme et du travail. La récente crise gouvernementale Belge a (évidemment) fait perdre des points sur      l'indicateur "stabilité politique". Traditionnellement, les scores sont élevés sur les indicateurs relatifs à l'éducation, la politique sociale et soins de santé. Mais il y a certaines faiblesses telles que l'emploi et le chômage des mineurs. Le rôle pionnier qu’a joué la Belgique en matière d'interdiction de la production, de l'utilisation et de la détention de mines antipersonnel est également reflété dans le ranking de notre pays sur l’indicateur "la politique de sécurité" (signature des conventions contre la prolifération des armes controversées).

De même manière, les autorités locales sont notées sur ces indicateurs extra-financiers. En 2011, la Communauté Française de Belgique avait déjà procédé, avec succès, à une levée de fonds "socialement responsable" sur la base de sa bonne performance extra-financière telle qu’évaluée par Vigeo. Le 9 juin 2011, la Communauté Française de Belgique a réalisé avec succès son premier emprunt public benchmark de 500 millions € auprès des investisseurs institutionnels. Le succès de cette opération est lié à différents facteurs, dont la confirmation du rating Aa1 par Moody’s le 11 mai 2011, mais aussi la notation extra-financière obtenue de Vigeo qui a joué un rôle majeur puisqu’une part significative des investisseurs sont reconnus comme investisseurs socialement responsables (ISR).

Élargir son champ de vision

En temps de crise économique, l’intégration des indicateurs extra-financiers dans notre analyse de la "durabilité" d'un pays est plus que nécessaire. Sinon, le concept de "développement durable" reste une boîte vide et unidimensionnelle. Des que l'économie va mal, on a tendance à braquer le regard sur les marchés. Mais il faut élargir son champ de vision sur la société dans sa globalité. Les attentes de la société vers une plus grande responsabilité sociale des entreprises sont en forte croissance. Mais les États aussi doivent désormais s’y mettre et donner l’exemple. 

Jordi Lesaffer, Research Manager Vigeo Rating (Bruxelles)

Après des études en sciences politiques et en développement et environnement durables, Jordi Lesaffer a travaillé au Venezuela puis dans une organisation flamande de concertation en économie sociale (Vosec) . Il a également fait un détour par le ministère des affaires sociales avant d'entrer en 2005 à Vigeo.

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