Fédération Wallonie-Bruxelles: sarcasmes et petits fours...

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © RTBF

La Fédération Wallonie-Bruxelles a donc célébré, hier, son premier 27 septembre. Si vous regardez, écoutez et lisez les commentaires de la presse, vous remarquerez qu'ils sont le plus souvent caustiques, sceptiques, ou, à tous le moins, peu enthousiastes.

On ne parle ici que des commentaires francophones, pas de ceux des Flamands qui sont parfois, là, carrément hostiles.

Passons les sarcasmes sur le logo, où personne ne reconnait le coq wallon stylisé ni l'iris épuré ; passons les lapsus révélateurs, où les plus hautes autorités ont confondu Parlement wallon et de la Communauté française, et Bruxelles avec la Flandre.

L'appellation "Fédération Wallonie-Bruxelles" et son nouveau logo étaient justement censés combattre la faible adhésion populaire à la Communauté française de Belgique. C'est donc assez normal, me direz-vous, que cette reconnaissance mette du temps à se dessiner.

Une appellation qui est censée être moins ambigüe que celle de "Communauté française", une Communauté qu'un certain François Mitterrand a confondue avec un club de francophiles installé en Belgique.

L'ambigüité tenait au terme "français", c’est vrai, ce que nous ne sommes pas, nous sommes francophones, et "Communauté", ce que nous ne sommes pas vraiment non plus puisque, selon l'expression d'Hervé Hasquin, Bruxellois et Wallons ne sont pas un même peuple à la différence de la Flandre où la cohésion culturelle et sociologique est très forte.

Donc, voici la Fédération Wallonie-Bruxelles, appellation qui consacre l'alliance des Wallons et des Bruxellois mais qui, malheureusement, n'en est pas moins ambiguë.

Il s'agit donc, dans un Etat fédéral d'une sous-fédération qui rassemble deux Régions qui ont, sur leur territoire, trois langues –le français, le néerlandais et l'allemand- et qui s'assemblent pour mener des politiques visant exclusivement les francophones.

Une ambigüité remplace l'autre –si l’on pourrait dire- et, si l’on creuse, en fait, c'est toujours évidemment la même ambigüité : c'est l'incapacité de trancher quel socle politique doit organiser le sud du pays. Est-ce que c’est la langue ? Ou est-ce que c’est le territoire ? La Fédération Wallonie-Bruxelles est un pas vers le choix du territoire –on le sent bien, bien sûr- comme élément structurant, mais ce n’est, à cette heure-ci, qu’un changement cosmétique.

Le pas suivant, c'est donc celui d'une Belgique à quatre –quatre territoires, quatre régimes linguistiques différents : trois langues et un qui est bilingue à Bruxelles. Dans cette logique-là, une Fédération Wallonie-Bruxelles pourrait émerger : partager ensemble des éléments –l'audiovisuel, la recherche scientifique, le culturel-, ce que l'on voudra bien partager, en somme, entre Wallonie et Bruxelles.

Tant que les partis francophones n'auront pas opéré ce choix plus clair, il n'y aura pas d'adhésion populaire à quelque entité que ce soit et à n’importe quel nom que l’on pourra lui donner et les sarcasmes continueront à accompagner les petits fours chaque 27 septembre.

Bertrand Henne

 

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