Revenu de Base… utopie ou nécessité ?

Pierre-Yves Ryckaert
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Une des premières initiatives citoyennes européennes à avoir été lancée concernait le revenu de base inconditionnel. Elle a été refusée par la Commission. Cela n'empêche pas les défenseurs de cette idée, comme Pierre-Yves Ryckaert, de continuer à la promouvoir. Ils ont d'ailleurs décidé de représenter un projet d'initiative auprès des Institutions européennes.

 " Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement. " Francis Blanche

L’actualité est là pour le rappeler, les bases sur lesquelles sont construites notre société ne sont plus viables à terme. Pendant que notre système vacille et que certains s’évertuent à le justifier, d’autres envisagent de nouvelles perspectives et pensent un véritable changement.

Le mythe du plein emploi

Parmi les remèdes inefficaces présentés inlassablement par nos décideurs comme " la " solution à tous nos problèmes socio-économiques, l’idéologie du plein emploi a la dent dure. S’il y a bien quelque chose qui fait l’unanimité à droite comme à gauche (syndicats en premier), c’est le mythe du plein emploi. Pourtant une analyse pragmatique nous amènerait immanquablement à la conclusion qu’il s’agit d’un rêve hors de portée. D'une part, parce qu'une croissance matérielle exponentielle n'est pas soutenable, d'autre part, parce que la productivité augmente sans cesse diminuant toujours plus l’emploi nécessaire pour la même quantité produite et générant ainsi un chômage structurel. Devrions-nous alors détruire les machines qui nous entourent ou diminuer notre productivité pour atteindre ce mythe? Nous sommes dans une situation paradoxale : la richesse créée et la productivité n’ont jamais été aussi élevées mais il faut pourtant nous rendre à l’évidence, le système actuel ne permet plus de faire vivre dans la dignité l’ensemble des individus qui le compose.

" Inventer, c’est penser à côté. " Albert Einstein

Le revenu de base inconditionnel, connu aussi sous le nom d’ " Allocation universelle ", fait partie de ces perspectives nouvelles qui tentent d’aborder la problématique du monde du travail à contre courant des schémas de pensée traditionnels.  Cette idée n’est pas neuve, mais ce projet est porté par une communauté toujours plus grande d’économistes, philosophes et citoyens persuadés que cette proposition est un moyen de concevoir le travail et l’emploi autrement. Si vous suivez l’actualité de près, peut être avez-vous entendu parler du concept du revenu de base car le sujet fait régulièrement surface. Un congrès international important ayant pour thème le revenu de base a d’ailleurs eu lieu ces 13, 14 et 15 septembre à Munich. Dernièrement, une initiative populaire ayant pour sujet l’instauration d’un revenu de base a, par ailleurs, été lancée en Suisse et une autre est en passe d’être introduite à l’échelon européen (l’initiative citoyenne européenne sur le revenu de base) pour interpeller les décideurs européens sur cette question et susciter le débat.

Mais qu’est-ce donc que ce " revenu de base " ?

Le revenu de base est une idée forte et simple à la fois : l’instauration d’un revenu accordé à toutes et tous, tout au long de la vie. Ce revenu se veut être versé périodiquement (par exemple mensuellement) à titre individuel, accordé sans conditions, sans prendre en compte l’existence d’autres revenus, ni contrepartie de l’exécution d’un travail ou de la disposition à en accepter un. Ce revenu de base (dont le montant proposé est généralement compris entre 400 et 1000 euros suivant les modèles) vise à permettre à chacun et chacune de mener une vie digne et de participer à la vie en société sous toutes ses formes. Il ne faut surtout pas confondre le revenu de base avec les revenus minimum garantis et autres allocations conditionnées car l’inconditionnalité de ce revenu est justement ce qui le différencie dans son essence des autres allocations conditionnelles classiques.

Cela ne créerait-t-il pas une armée d’inactifs ? 

Donner un revenu "émancipatoire" à chacun, une belle idée qui suscite immédiatement des questions. Et vous, si vous disposiez de ce revenu de base arrêteriez-vous de travailler? (Posez-vous la question!) D’après différentes études, l’effet dés-incitatif sur l’emploi serait faible. En effet, ce revenu serait loin d’être suffisant pour couvrir les envies de la plupart de gens. Il s’agit d’un socle qui a pour vocation de couvrir les besoins les plus essentiels sans plus, auquel peuvent s’ajouter d’autres revenus tel que le revenu issu du travail rémunéré. Toujours selon ces études une grande majorité des individus continuerait à travailler tout autant.

Toutefois, une partie non négligeable des personnes diminuerait spontanément leur temps de travail pour se consacrer à d’autres activités non rémunérées (famille, projets, loisirs, formations…). Le travail ainsi dégagé serait réinjecté sur le marché de l’emploi, offrant de nouvelles possibilités aux personnes désireuses de travailler mais qui n’en ont actuellement pas.

Il y aurait aussi ceux qui se satisferaient de ce socle minimal pour se consacrer à des activités librement choisies comme des activités bénévoles ou des activités jugées non rentables, mais gratifiantes et/ou utiles au bien commun. Ce revenu permettrait également la mise en œuvre de projets dont la rentabilité est incertaine ou ne s’observe que sur le long terme, comme la formation, entrepreneuriat, l’activité artistique, philosophique et la recherche scientifique.

Selon ses promoteurs, outre le fait d’offrir de nouvelles perspectives et d’annihiler l’aspect stigmatisant du système d’allocations conditionnées, un revenu de base inconditionnel permettrait même de lutter efficacement contre le phénomène de "trappe à l’emploi" (désignant la démotivation que connaît une personne sans emploi à en trouver un, notamment en raison de la perte des allocations d’assistance qui en résulterait). En effet, si chacun disposait d’un revenu de base, de faibles salaires ajoutés à ce revenu socle, pourraient alors donner des revenus acceptables. Le fait de trouver et d’accepter un travail ne serait par ailleurs plus pénalisé. Le travail, enfin librement choisi, serait valorisé.

Une utopie réaliste ?

Alors que la crise nous guette, une telle mesure est-elle réellement finançable? Quels en seraient les impacts sociaux, économiques et écologiques? Les partisans du concept du revenu de base apportent des réponses à toutes ces questions et sont persuadés qu’un débat public doit être mené. Par ailleurs, des projets pilotes mettant en œuvre les principes du revenu de base sont actuellement expérimentés dans plusieurs pays et les résultats s’annoncent au delà des espérances escomptées et permettent d’envisager le revenu de base comme une perspective de demain.

En Belgique et sur le plan international, l’idée est portée depuis de longues années par le philosophe et économiste Philippe Van Parijs. En juin 2012, le Réseau Belge pour le Revenu de Base a vu le jour. L’objectif de ce réseau neutre et pluraliste, est de créer une plateforme d’échange belge de manière à diffuser, promouvoir et étudier le concept du Revenu de Base.

Pierre-Yves Ryckaert, membre du Réseau Belge pour le Revenu de Base

Pierre-Yves Ryckaert, 26 ans, a fait des études artistiques et est manifestement intéressé par le débat public et la chose politique. Il sera "ministre" au sein de la simulation parlementaire du Parlement de la jeunesse de la fédération Wallonie-Bruxelles. Co-fondateur du réseau belge pour le revenu de base, il suit pour l'instant les cours de la Chaire Hoover d'éthique économique et sociale à l'UCL tout en travaillant comme ingénieur du son.

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