Pourquoi nous approuvons des solutions qui sont des problèmes

Pourquoi nous approuvons des solutions qui sont des problèmes
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(Ou comment applaudir une destruction de plus en trouvant ça chouette)

Bonjour à tou(te)s,

Ces derniers jours, des articles, paru dans la presse, faisaient écho à un projet de stockage d'électricité qui pourrait voir le jour dans une vallée à La Roche-en-Ardenne.

Les auteurs de projet sont un mélange de firmes privées et de secteur public, dont IDELUX.

Premier éclaircissement : ces gens ne sont pas associés en asbl !

Ce sont des bétonneurs et leurs alliés politiques à courte vue (électorale)

Il est donc évident, avant de commencer toute analyse de la situation, que ce qu'ils nous "vendent", c'est d'abord un moyen de s'en mettre dans les poches.

D'un coup de baguette magique, supprimez toute notion d'argent, et vous les verrez disparaître directement avec leur projet. Dans la même veine, vous verrez alors les politiques locaux, d’obédience libérale, (mais ça pourrait être d’une autre couleur !) devenir subitement opposé au projet (tiens, donc!)

Cqfd !!!

Leur idée, c'est de créer un lac artificiel en barrant une vallée (et donc, en inondant tout derrière, sur des kilomètres).

Pour quel objectif ? Pour "stocker de l'électricité" !!!

Depuis quand l'électricité se stocke-t-elle ? Dans nos piles et batteries, c'est par le biais d'un processus chimique, pas directement sous forme d'électricité ! Mais dans un lac ?!?!?

L'idée est copiée sur le barrage de COO : 2 lacs supérieurs se déversent par conduite forcée, à travers turbine et générateur, dans un lac inférieur, au moment des fortes demandes en électricité. La nuit, période de faible consommation, le trop plein de production électrique est utilisé pour re-pomper l'eau vers les lacs supérieurs.

Mais pourquoi y a-t-il trop de production la nuit ? Pourquoi ne pas arrêter des centrales ?

COO a été construit pour "soulager" la surproduction de Tihange, et une centrale nucléaire ne peut pas s’arrêter toutes les nuits pour redémarrer le matin. Un arrêt se compte en dizaines d'heures, et un redémarrage en jours, en incluant de lourdes procédures. Rien à voir, donc, avec la clef de contact de votre voiture !!!

Nous entretenons une civilisation anti-nature particulièrement agressive

Déjà, on voit bien qu'en arrêtant définitivement une ou plusieurs centrales, on s'épargnerait la construction dévastatrice d'un tel projet. D'autant que la fermeture des centrales nucléaires est programmée et qu'après cette date, ce barrage perdra tout intérêt !

D'autre part, rappelons que nous sommes au sein du Parc Naturel des 2 Ourthes, qu'il y a un réseau important de zones Natura 2000, des biotopes de haut intérêt biologique comme des érablières de ravin, des versants calmes et sauvages, etc. Bref, des écosystèmes et biocénoses qui n'ont rien demandé à personne (et qui attirent une population touristique importante, également !)

Une fois de plus, les humains créent des emplâtres sur des jambes de bois. Il ne faut pas "sauver les mégawatts", mais créer des " Néga-watts ", c.-à-d. baisser ses consommations !

Nous entretenons une civilisation anti-nature particulièrement agressive. Depuis 40 ans que je me bats pour essayer de le faire comprendre, je constate, à l'échelle de la planète entière, que la somme des progrès pour sauvegarder les écosystèmes est inondée dans des profondeurs abyssales sous l'augmentation des atteintes en tout genre, la surpopulation exponentielle, etc.

Il n'y a pas si longtemps, rappelez-vous, chaque été, nos pare-brises étaient tartinés d'insectes jusqu'à poser de réels problèmes de visibilité au bout de… pas longtemps

Trump n’a pas le monopole des décisions empiriques dévastatrices… Pendant qu’une poignée de gens se battent pour essayer de sauver de micro-parties de biodiversité, à l’autre bout du monde, (ou pas !) un simple sursaut boursier ou une "idée de génie" dans un conseil d’administration multinational peut, en deux heures, décider du sort funeste de milliers de kilomètres carré de forêt amazonienne ou d’océans, par exemple.

Le réchauffement climatique, dont ce n'est que le début, est l'exemple à la mode, mais il y a aussi la 6ème extinction de masse des espèces, dont les chiffres sont affolants ! Pensez aussi à des espèces communes chez nous, que vous connaissez bien, et dont vous voyez de moins en moins d'individus. Hirondelles, par exemple.

Un exemple plus frappant ? Il n'y a pas si longtemps, rappelez-vous, chaque été, nos pare-brises étaient tartinés d'insectes jusqu'à poser de réels problèmes de visibilité au bout de… pas longtemps. Et maintenant ? Nettement moins, n'est-ce pas ? Impressionnant, non, de pouvoir descendre dans le midi, sans devoir impérativement, sous peine de mise en danger, nettoyer son pare-brise plusieurs fois ?

Ce ne sont que les parties visibles de l'iceberg. Il y a, derrière tout ça, l'inexorable déclin de notre planète. Celle où nous sommes intimement liés par un enchevêtrement d'écosystèmes interdépendants extrêmement complexes, dont on croit connaître plein de choses, mais où les scientifiques trouvent plus de nouvelles questions encore, pour chaque réponse découverte !!!

Et, face à tout ça, de petits malins nous poussent leurs salades en mode "greenwaching" en nous promettant LA solution miracle… qui leur remplira d'abord les poches. Et pour le reste, on verra bien plus tard…

Le réflexe, presque biblique, de l'humain, est de dominer la Nature, la gérer, la driller, la modifier. Bref, tout ce qu'on veut, mais la modeler à nos besoins.

Il est chimérique de croire à un développement durable. Les milliards d'individus qui rêvent d'une vie à l'occidentale et n'y ont pas encore accès n'ont que foutre de toutes ces considérations

Allez relire le dictionnaire. Vous comprendrez que la Nature, c'est ce qui n'est pas de la volonté de l'homme. Intervenir,  la gérer, la driller, la modifier, la modeler, c'est donc forcément la détruire, puisqu'on y impose notre volonté et qu’on modifie les interconnections dont on ne connait pas tout. Tirez sur un fil de toile d’araignée : c’est toute la toile qui bouge ! Il reste des éléments vivants, peut-être, parfois, mais ce n'est plus la Nature.

Il est chimérique de croire à un développement durable. Les milliards d'individus qui rêvent d'une vie à l'occidentale et n'y ont pas encore accès n'ont que foutre de toutes ces considérations. Et comme il est légitime qu'ils se développent, comment est-ce qu'on fait ? Tous avec une voiture ? Une TV ? etc ?

Et, pendant ce temps-là, nous, nous sommes, à l'instar de l'empire romain, d'abord friands de "pain et des jeux". Pour rappel historique, cette période s'appelait la décadence… et précédait un effondrement de l'empire !!!

Ici, l'effondrement est planétaire, a déjà commencé, et est écologique.

Mais rassurez-vous, braves gens, ce sont nos gosses et les leurs qui dégusteront le pire. Avec un peu de chance… on ne sera plus là ? Après nous les mouches ?

Allez, faites-le votre inutile barrage de merde, "ce n’est pas grave..."

 

Paul Halen est forestier de formation. Il s'est très vite tourné vers l'éducation à la Nature et a travaillé comme guide-Nature dans un centre de classes vertes pendant plus de vingt ans. Il travaille actuellement dans l'humanitaire.

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