Pourquoi je n'irai plus en Israël

Victor Ginsburgh
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Le suivi d’un texte publié par Victor Ginsburgh, il y a quelques mois, sur cette même page. Où l’auteur, juif-non sioniste revient sur les raisons qui le font rejeter la politique actuelle de l’état d’Israël.

Il y a quelques mois, la RTBF a bien voulu publier dans ses opinions un petit texte (A propos de choses que je préférerais ne pas lire ni dire, 18 octobre 2013) que j’avais écrit sur le racisme en Israël. Dire que je l’avais écrit est peut-être un peu rapide, parce que j’avais surtout reproduit des textes prononcés haut et fort par certains dirigeants israéliens.

Comme c’est l’habitude dans la presse, l’éditeur avait placé avant mon texte une petite introduction que je reproduis ici :

" Les déclarations de certains leaders israéliens, la politique d’expulsion et de destruction de villages de Bédouins et de Palestiniens font dire à Victor Ginsburgh, juif non-sioniste, qu’Israël est un état raciste ".

Ce qui avait provoqué une bordée d’injures de la part d’un certain M. Roth dont je n’ai jamais su ce qu’il faisait et une certaine Charlotte G. qui toute en ayant l’air bien aimable, m’expliquait qu’" Israël est une société multiculturelle et multicultuelle ". A ce naïf, voire, navrant mensonge, elle ajoutait : " L’avez-vous déjà visité ? Il faut le voir pour le croire. "

Oui chère Madame, j’ai déjà visité Israël et depuis que j’ai lu l’article que je traduis un peu plus loin et qui a paru le 17 mars dans Haaretz (1), je vois plus clairement encore ce que j’avais aperçu bien avant. Ce n’est pas seulement l’état (au sens de gouvernement) qui est raciste ; c’est aussi l’état au sens de sa population qui l’est.

Voici ce que dit cet article :

" Quelque 95% des Israéliens pensent que le racisme est un problème dans la société israélienne, selon une enquête commanditée par un groupe qui fait la campagne ‘Le racisme—Pas dans nos écoles’ et dont les résultats ont paru dans le journal Israel Hayom.

" A la question de quels groupes sont victimes du racisme, 79% citent les Ethiopiens, 68% les Arabes, 41,8% les Juifs religieux orthodoxes (Haredim) et 34% les Juifs moyen-orientaux et russes. Quelque 4,4% seulement des citoyens jugent qu’aucun groupe n’est victime du racisme.

" A la question ‘Est-ce que le gouvernement fait assez d’efforts pour éradiquer le racisme’, à peine 10,3% répondent affirmativement ; 70,2% pensent que le gouvernement ne fait pas assez et 19,5% répondent que le gouvernement encourage le racisme. "

C’est, écrit Carolina Landsmann (2) dans un très beau texte, son slogan de campagne " Netanyahou is good for the Jews " qui a amené Netanyahou au pouvoir en 1996. Et elle poursuit :

" Pour ceux qui aspirent à rendre plus forts ceux qui le sont déjà et à affaiblir davantage les faibles, à produire une société où l’homme est un loup pour l’homme, une société où l’étranger est haï et où le succès c’est l’argent, alors Netanyahou est définitivement bon pour les Juifs. Quant aux autres—ceux qui gardent dans leur cœur le souvenir d’un Juif différent, ceux qui rêvent d’un sentiment d’accomplissement dans l’Etat d’Israël … ceux qui sentent que leur identité a été confisquée par les profiteurs qui ont échangé la mémoire de la Shoah pour des dollars—pour tous ceux-là, Netanyahou n’est pas bon. S’il y a une signification réelle à notre détresse face à ce qui se passe dans le pays, il faut que nous le fassions savoir en condamnant l’homme qui est à sa tête ".

Vous comprenez, Charlotte G., pourquoi, alors que je n’ai jamais souffert du racisme en Europe, je n’irai pas de sitôt dans ce pays " multiculturel et multicultuel ", et même si la rime est faible, " où coule le lait et le miel ".

Victor Ginsburgh, professeur émérite (ULB)

Spécialiste de l'économie de la culture, Victor Ginsburgh est aussi un polémiste et un observateur engagé de l’évolution du Proche-Orient. Juif, il plaide depuis longtemps pour une autre politique de la part d’Israël.

(1) Poll : 95% of Israelis believe racism is a problem, Haaretz, March 17, 2014, http://www.haaretz.com/news/national/1.580293

(2) Caroline Landsmann, Wheare they to tell us who we are ?, Haaretz, March 14, 2014, http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.579886

 

 

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