Pour quel pourcentage de la population jeune le gouvernement a-t-il adapté sa politique?

Pour quel pourcentage de la population jeune le gouvernement a-t-il adapté sa politique?
Pour quel pourcentage de la population jeune le gouvernement a-t-il adapté sa politique? - © Tous droits réservés

" Nous n’allons quand même pas baser notre politique sur l’opinion d’ 1% des travailleurs ! " Parmi toutes les réactions sur la manifestation nationale de mercredi dernier, celle de Egbert Lachaert (Open VLD) était peut-être la plus drôle. Non seulement parce que le gouvernement, dont l’Open VLD fait partie, est considéré comme " le gouvernement des 1% les plus riches " par les 100 000 manifestants de mercredi, mais aussi parce que Monsieur Lachaert n’a visiblement pas compris à quel point un rassemblement aussi hétéroclite de manifestants est représentatif du mécontentement ressenti par presque toute la Belgique, à l’encontre de ce gouvernement de droite. Si ce gouvernement écoutait réellement leur peuple, sa politique en serait bien différente. C’est ce que montre très clairement l’étude du sociologue Mark Elchardus sur la façon dont les jeunes belges voient leur avenir.

En plus des ouvriers, des employés, des fonctionnaires, des artistes, des travailleurs du secteur des soins de santé (etcetera, etcetera), un grand nombre de jeunes a participé à la manifestation du 7 octobre contre les mesures prises par le gouvernement. Des élèves, des étudiants, des jeunes travailleurs et chômeurs sont venus de tout le pays dans les rues de Bruxelles pour être les porte-paroles de toute une génération. Le sociologue Mark Elchardus a fait l’inventaire des inquiétudes de ces jeunes : " Chômage en hausse, conflits violents partout dans le monde, réchauffement climatique, fossé entre riches et pauvres toujours plus grand : la jeunesse craint que nous allions droit dans le mur. " En outre, les jeunes ne croient pas que les partis politiques traditionnels puissent relever ces défis importants. Pour répondre à ces questions, seuls 16% d’entre eux comptent sur les politiques, à peine plus que ceux qui comptent sur Dieu (13%).

La plus grande source d’inquiétude des jeunes est visiblement la question du climat. 92,1% d’entre eux avouent craindre les conséquences du réchauffement climatique. Si cela ne dépendait que d’eux, ce serait donc une priorité. Tous les gouvernements sont d’accord pour dire à quel point une " politique plus durable " ou même un " tax shift vert " sont importants et pourtant, ils font tous exactement le contraire et ne fournissent aucun effort nécessaire pour sauver le climat. Au lieu d’investir dans des énergies vertes renouvelables, le gouvernement fédéral a prolongé le contrat avec Electrabel pour garder les centrales nucléaires en fonctionnement plus longtemps, malgré les fissures. Au lieu d’investir pour rendre les transports en commun corrects et bon marché, le gouvernement flamand va faire une économie de 115 millions d’euro sur le budget de la société de transport De Lijn. Au niveau fédéral, il est prévu de saigner la SNCB de 2,1 milliards d’euro. En Wallonie et à Bruxelles aussi, la TEC et la STIB doivent faire des économies. Pendant ce temps, on attend toujours que les gouvernements poussent les industriels à produire de façon plus durable alors que l’affaire Volkswagen montre bien que les grandes industries ne le feront pas d’elles-mêmes.

La jeunesse craint aussi que les guerres ne se multiplient à l’avenir. À la question " Crains-tu qu’il y ait de moins en moins de tolérance entre les peuples ? ", 72,3% répondent par l’affirmative. Par ailleurs, 62,9% des jeunes interrogés craignent qu’il y ait de plus en plus de victimes du terrorisme. Il est certain que nous vivons à une époque inquiétante. Pour la première fois, les conséquences des guerres menées par l’OTAN sont littéralement à nos portes, sur nos plages. L’arrivée massive de réfugiés de guerre est un signe évident et douloureux que la politique guerrière que nous menons depuis des années au Moyen-Orient n’a fait qu’empirer la situation. L’Afghanistan est à la limite de sombrer dans le chaos, Bagdad est un champ de mines et l’anarchie règne dans la quasi-totalité du territoire libyen. Les invasions occidentales n’ont pas seulement renversé des pays, elles ont déstabilisé la région toute entière. En plus de cela, l’Occident vend des armes à l’Arabie Saoudite, sponsor criminel de nombreux groupes armés. Une grande partie des armes utilisées dans les combats en Syrie sont d’origine belge. Or, pour notre Ministre de la Défense actuel, Steven Vandeput (N-VA), ce n’est pas encore assez. Lui dit rêver de nouvelles invasions en Syrie. En tant que jeune, on verrait notre avenir d’un œil pessimiste pour bien moins que ça.

La politique des gouvernements de droite n’est donc certainement ni durable, ni pacifique. Ils semblent se concentrer essentiellement sur leur politique socio-économique qui, selon eux, devrait créer de l’emploi. C’est heureux car 81,6% des jeunes ont peur de ne pas trouver d’emploi stable. Le tax shift qui a été annoncé l’été dernier devrait rendre l’emploi plus attrayant, en diminuant les coûts sur le travail. Voilà un très gros cadeau pour les patrons, qui ont cependant immédiatement annoncé qu’ils ne pouvaient " rien promettre " en matière de création d’emploi. Or, si les gouvernements avaient un tant soit peu étudié les trente dernières années de politique néolibérale menée dans les pays anglo-saxons, ils sauraient depuis bien longtemps qu’une diminution des impôts pour les riches ne crée aucun emploi. La seule conséquence d’un tel cadeau est que les riches s’enrichissent alors que les pauvres s’appauvrissent.

Et c’est précisément ce que pensent les jeunes belges. 82,8% d’entre eux pensent que le fossé séparant les riches des pauvres ne va faire que s’agrandir. C’est effectivement ce qui arrivera si nous continuons de nous attaquer à la sécurité sociale pour faire des cadeaux aux grandes entreprises (les mille plus grandes entreprises de Belgique n’ont payé que 7,9% d’impôts l’année dernière) ; et certainement si notre gouvernement, avec son tax shift, entend faire payer d’autres impôts mais toujours aux mêmes personnes. Il va, par exemple, augmenter la TVA sur l’énergie et les accises sur le diesel, ce qui coutera très cher aux familles. L’éternelle litanie selon laquelle il est nécessaire de faire des économies " pour assurer l’avenir de notre sécurité sociale " ne convainc pas les jeunes. 90,9% d’entre eux ont peur de n’avoir droit qu’à une maigre pension et à des allocations de chômages toujours réduites.

Heureusement, la politique est encore une question de choix. Il y en a assez pour tous, nous devons simplement mieux partager les richesses. Ceux qui étaient présents à la conférence de l’économiste français Thomas Piketty à la KU Leuven jeudi dernier savent que le fossé qui sépare les pauvres des riches est effectivement grandissant. Mais ceux qui connaissent les origines d’un problème en connaissent aussi la solution. Un véritable impôt sur la fortune, tel que la taxe des millionnaires, peut ralentir la croissance des inégalités et débloquer des fonds qui pourront être investis dans la sécurité sociale, l’énergie verte et des services publics forts. Les jeunes ne sont pas les seuls à choisir cette voie. 85% de la population belge est en faveur d’un véritable impôt sur la fortune. Les 100 000 manifestants de mercredi n’étaient que leurs porte-paroles. Espérons donc que le gouvernement ne base pas seulement sa politique sur les 1% les plus riches, mais sur la volonté d’une grande majorité de la jeunesse et de toute la population. Donnez un avenir aux jeunes, il n’est pas encore trop tard …

Olivier Goessens est vice-président de Comac (le mouvement de jeunes du PTB)

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