Nos dirigeants fédéraux sont plus que jamais déconnectés de la réalité

Ce mercredi soir, les maisons de repos ont reçu du gouvernement fédéral l’ordre d’organiser en leur sein les visites d’un proche par résident.

Une vraie douche froide pour le secteur.

Ne nous y trompons pas : les directions des maisons de repos et leur personnel sont plus que jamais conscients de la solitude des résidents et entendent le désespoir des familles tenues à l’écart. Pour ceux qui sont les témoins quotidiens de ce drame, c’est également très difficile à vivre. Parce que s’ils ont choisi ce métier, c’est avant tout pour son aspect humain.


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Et si la présence de proches était déjà permise lorsque les résidents étaient en fin de vie ou renonçaient à continuer, c’est le cœur lourd qu’ils ont jusqu’ici maintenu l’interdiction des visites dans tous les autres cas, malgré la souffrance de nos aînés.

Le fédéral annonce, et le terrain n’a qu’à se débrouiller

Depuis l’arrivée du virus en Belgique, les maisons de repos demandaient l’aide des autorités afin de ne pas en arriver là. Cette aide ne s’est manifestée que quand le brasier a généré une fumée tellement noire que l’indignation populaire a grondé. Jusque-là, les directions de maisons de repos et les soignants n’ont pu compter que sur la solidarité.

Une fois de plus, une fois de trop, le fédéral annonce, et le terrain n’a qu’à se débrouiller. Facile à dire.

La vraie question est : comment ?

Comment les maisons de repos peuvent-elles s’assurer de ne pas mettre en danger les résidents, leurs proches et leur personnel encore négatif ? En testant les visiteurs avec des tests instantanés dont elles ne disposent pas encore ?


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Et qui procéderait à ces tests ? Les trop rares médecins coordinateurs déjà chargés de tester le personnel et les résidents ?

Qui va par ailleurs s’assurer du respect des consignes relatives à ces visiteurs ? Le personnel déjà en pénurie et qui court avec des seaux d’eau pour éteindre l’incendie ?

Comment protéger résidents et visiteurs dans les nombreuses maisons de repos qui n’ont toujours pas de matériel de protection adapté en suffisance ?

"L’obligation de subir nous donne le droit de savoir"

Outre tous ces problèmes organisationnels, cette décision est incompréhensible d’un point de vue sanitaire : donner accès à de véritables foyers infectieux jusque-là contenus à l’intérieur des établissements, c’est permettre au virus de poursuivre son travail de sape des progrès obtenus par le difficile confinement des familles et de la population en général.

Les autorités fédérales ont-elles réfléchi à tout cela avant d’agir ? Ont-elles pris un risque calculé ?

Si oui, elles doivent l’assumer, et le dire. Parce que "l’obligation de subir nous donne le droit de savoir" (Jean Rostand).

Enfin, l’espoir de se revoir dès lundi est né, chez les aînés comme chez leurs proches. Ce mercredi soir déjà, des maisons de repos étaient sollicitées. Qui va les décevoir ?

Si les autorités fédérales avaient pris la peine de consulter les fédérations, voix du secteur, on aurait pu leur expliquer à quoi ressemble la vie dans une maison de repos aujourd’hui et réfléchir ensemble aux réponses à donner à toutes ces questions.

Parce que gérer, c’est anticiper.

Nous aimerions dès lors savoir comment nos dirigeants ont anticipé tout ceci.

 


Valérie Victoor travaille depuis 12 ans chez Santhea, une fédération patronale d’institutions de soins de santé wallonnes et bruxelloises, comme conseillère générale. A ce titre, elle exerce un rôle transversal dans la fédération comme responsable de l’équipe de conseillers experts dans les trois secteurs que sont le secteur hospitalier, le secteur de la santé mentale et le secteur des aînés.

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