Newtown, un an après rien n'a bougé

Charles Voisin
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Les Etats-Unis peuvent-ils réformer l’accès aux armes. En dépit des nombreuses tueries qui ont suivi celle de Newton, Charles Voisin, un bon connaisseur de ce pays, constate que les politiques ont été incapables de prendre la moindre mesure sérieuse. Une illustration de plus de toute puissance de la NRA.

Souvenez-vous, il y a un an avait lieu l’effroyable tuerie de l’école primaire de Sandy Hook. Le 14 décembre 2012 à neuf heures trente du matin un homme d’une vingtaine d’années s’était rendu dans un établissement scolaire de la ville de Newtown dans le Connecticut en tenue de combat armé d’un semi-automatique et de deux pistolets . La suite c’est une terrible folie meurtrière au cours de laquelle vingt-six personnes vont trouver la mort, six éducateurs et vingt enfants dont la moyenne d’âge ne dépassait pas les sept ans.

Une opinion favorable face à une NRA toute puissante

Adam Lanza un jeune homme solitaire chez qui on a diagnostiqué le syndrome d’Asperger sera finalement identifié comme le responsable de ce massacre. Massacre perpétré à l’aide d’armes légalement acquises par sa mère Nancy Lanza, qui fut par ailleurs sa première victime.

Ce samedi 14 décembre, un an après la tragédie, ce sont des milliers de parents qui un peu partout aux Etats-Unis ont honoré la mémoire des victimes de la tuerie de Sandy Hook. Michelle et Barack Obama ont également voulu marquer leur soutien aux familles des victimes en allumant vingt-six bougies dans une pièce de la Maison Blanche.

Durant son allocution hebdomadaire le président des États-Unis a admis qu’il fallait faire plus pour protéger les enfants, qu’il fallait faire plus pour que des individus aussi dangereux ne puissent plus avoir accès à des armes à feu aussi facilement.

Mais alors, qu’a-t-on fait depuis un an pour éviter que ce genre de drames ne se reproduise pas à l’avenir ? La réponse est simple: rien ou presque n’a été entrepris pour changer les choses.
Pourtant, quelques jours après la tragédie, après une période de recueillement, le temps était venu de lancer des réformes. Les mesures qu’Obama appelait de ses vœux étaient à vrai dire loin d’être ambitieuses. Il s’agissait de voter une loi en faveur de la vérification systématique des antécédents judiciaires et médicaux de tous les acquéreurs d’armes. Il faut savoir que 40% des armes vendues aux États-Unis le sont via des transactions de particulier à particulier lors de "foires aux armes" par exemple où ces contrôles n’ont pas lieu.

On était donc très loin de remettre en cause le sacro-saint 2ième amendement. Il ne s’agissait même pas d’interdire la vente de fusils d’assaut. Mais la NRA, le lobby des armuriers, a mis en œuvre ce qu’il faut bien appeler une campagne de désinformation en règle, et bien sûr le lobby le plus puissant des Etats-Unis capable comme nulle autre organisation de briser n’importe quelle carrière politique a fait pression sur l’ensemble des parlementaires américains, si bien que la mesure n’a même pas passé le sénat alors que 90% des Américains y étaient favorables.

Cette mesure la NRA l’a elle-même soutenue à une certaine époque. Et pour cause, cette organisation est censée représenter " les détenteurs d’armes à feu responsables " comme elle aime à le rappeler. Soit, il faut croire que les conservateurs ont, sur ce dossier comme sur d’autres, perdu tout sens commun.

Une tuerie tous les quinze jours

Les mots de Barack Obama à l’issue de ce vote ne pouvaient être plus clairs : " Aujourd’hui c’est un jour de honte pour les Etats-Unis. " Le président des Etats-Unis a beau avoir les coudées franches pour conduire sa politique internationale comme il l’entend, à Washington c’est plus compliqué.

Seul Michael Bloomberg le maire de New York qui prendra sa retraite le 1ier janvier semble être encore le seul à se battre pour une réglementation plus stricte des armes, " gun control " en anglais. Il prend le contrepied de la NRA en finançant les campagnes électorales des politiciens, en l’occurrence des maires, qui se prononcent en faveur de nouvelles règlementations.

Il y a urgence. Les statistiques font froid dans le dos. Un an après la tuerie de Newtown, vingt-six tueries de ce genre ont eu lieu dans des établissements scolaires. La dernière d’entre elles s’est produite… vendredi dernier. À noter au passage que toutes les tueries par armes à feu ne font même pas les gros titres tellement ce genre d’incident devient banal. Cette année on dénombre déjà cent septante-trois enfants en dessous de douze ans tués par armes à feu.

Malheureusement le fatalisme semble largement l’emporter sur le courage politique. La seule mesure qui a été prise en douze mois c’est le déblocage de cent millions de dollars pour améliorer l’offre de soins psychiatriques. Une somme qui paraît importante mais qui se révèle être bien insuffisante puisqu’elle ne revient qu’à 67 000 dollars par centre. Le Texas à lui seul a augmenté son budget de 259 millions de dollars en 2013. Pire, selon la " National Alliance on Mental Illness " quatre milliards de dollars ont fait l’objet de coupe budgétaire entre 2009 et 2011.

Pour ne rien arranger des vidéos d’un goût douteux surgissent sur le Net. Elles mettent en cause l’existence même de ces tueries ! Le gouvernement américain n’a-t-il pas tout orchestré lui-même, embauchant acteurs professionnels et figurants à la fin évidente d’accroître son emprise sur les citoyens américains afin de leur confisquer leurs droits les plus élémentaires ? Il faut croire que l’indécence n’a pas de limite. Bienvenue dans le monde paranoïaque de la droite pseudo-conservatrice si bien dépeinte par Richard Hofstadter. Une chose est certaine cependant. Si ce débat autour du port d’armes n’a plus rien de rationnel, les victimes elles sont bien réelles.

Charles Voisin, chroniqueur

Charles Voisin, 28 ans, autodidacte polyglotte, est passionné par les Etats-Unis. Il a d’ailleurs un blog consacré à ce pays et avait été invité à commenter les élections de 2012 sur La Première. Il y a un an il avait déjà prévu que rien ne bougerait . Il prépare deux livres l’un sur les libertariens, l’autre sur Kennedy et les droits civiques.

 

 

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