Ne jetons pas nos droits et libertés avec la peau des terroristes

Ne jetons pas nos droits et libertés avec la peau des terroristes
Ne jetons pas nos droits et libertés avec la peau des terroristes - © Tous droits réservés

C’est avec surprise et incompréhension qu’AVOCATS.BE (Ordre des Barreaux francophone et germanophone), qui représente les quelques 7.800 avocats francophones et germanophones de Belgique, a pris connaissance des incidents qui sont survenus ce samedi 2 avril 2016 sur la place de la Bourse.

Une trentaine de manifestants, dont Maître Alexis Deswaef, président de la Ligue belge des droits de l’Homme, y avaient été interpellés brutalement. Ils avaient été privés de leur liberté, menottés et arrêtés administrativement.

Parmi les personnes arrêtées, outre Maître Alexis Deswaef, on comptait d’autres membres de la Ligue des droits de l’homme, des sympathisants, mais aussi de simples passants.

Arrêté "pour l'exemple"

Si nous pouvons comprendre qu’à la suite des évènements qui avaient émaillés le week-end précédent, des mesures énergiques aient été prises pour éviter la réitération de ce type d’incident, nous ne pouvons admettre que des personnes qui avaient pour simple but de manifester, par une présence pacifique et silencieuse, leur attachement à la protection des droits et des libertés, même dans les temps troublés que nous connaissons et, d’ailleurs, surtout dans ces temps troublés, aient ainsi été interpellées.

Nous ne pourrions admettre l’usage disproportionné de la force par les services de police

Les images diffusées par la télévision semblent d’ailleurs montrer que Maitre Deswaef a été arrêté spécifiquement en sa qualité de président de la Ligue des droits de l’homme, "pour l’exemple", alors qu’il était parfaitement calme et qu’il ne manifestait d’ailleurs nullement, se contentant, comme tant d’autres belges de témoigner par sa présence sa solidarité avec les victimes des attentats.

Au-delà, à supposer même que la volonté de la Ville de Bruxelles ait été d’interdire toute présence sur la place de la Bourse, même pacifique, même silencieuse, ce qui nous paraitrait difficile à comprendre même dans le contexte actuel, nous ne pourrions admettre l’usage disproportionné de la force par les services de police, dont les images télévisées témoignent.

Dans ces conditions, AVOCATS.BE souhaite que toute la lumière soit faite sur les évènements qui se sont produits ce samedi 2 avril 2016 place de la Bourse et que, si l’enquête confirme les débordements que nous sommes ainsi contraints de dénoncer, des poursuites soient engagées contre les personnes qui en sont responsables. Il vient d’adresser une lettre ouverte au Bourgmestre Yvan Mayeur en ce sens.

AVOCATS.BE ne conteste nullement que des mesures adéquates doivent être adoptées pour permettre de lutter efficacement contre la menace terroriste mais il ne peut accepter qu’au nom de ces mesures de précaution, ce soit à l’ensemble de nos droits et libertés que l’on porte atteinte.

Patrick Henry est avocat à Elegis, rédacteur en chef de la revue juridique "Jurisprudence de Liège, Mons et Bruxelles", bâtonnier du Barreau de Liège jusqu'en 2009. Il est aujourd'hui président de l'Ordre des Barreaux francophone et germanophone (Avocats.be).

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK