Musées : Les "premiers dimanches gratuits" ont le vent en poupe

Bernard Hennebert
Bernard Hennebert - © Photo Benoit Goossens

La gratuité des musées : une pratique à contre courant au vu du nombre de musées thématiques et chers qui s'ouvrent un peu partout. D'un autre côté, les résultats des dimanches gratuits méritent réflexion. Comme l'explique Bernard Hennebert, ils permettent de reconquérir un public perdu, à condition de médiatiser l'événement. De quoi alimenter le débat sur la démocratisation de l'accès à la culture.

En 2002, à La Louvière, le Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée reprend à son compte la gratuité du premier dimanche du mois qui était déjà pratiquée par plusieurs musées dans le Nord de la France.

Le 10ème anniversaire de cette "importation culturelle" sera célébré, le 4 mars 2012, dans le berceau de cette gratuité mais aussi au Musée Ianchelevici et au Daily-Bul & Cie, dans le cadre de La Louvière, Métropole Culture 2012 .

En moins de dix ans, on passe de une à quarante-cinq institutions belges qui pratiquent cette gratuité. C’est déjà un exploit car il faut bien se rendre compte que les finances des musées sont précaires et que les dimanches sont les jours qui rapportent le plus en terme d’entrées payantes.

Hausser la fréquentation, médiatiser les collections

Deux raisons motivent le développement de cette gratuité dite " rare ", mais régulière (une journée par mois, à l’inverse des " événements " gratuits annuels).

Une enquête publiée fin 2009 et intitulée Pratiques et consommation culturelles en Communauté française montre que la fréquentation des expositions de peinture ou de sculpture ne concerne plus que 28% de la population, soit une baisse de 9% par rapport aux résultats de la recherche précédente (de 1985).

Il est donc urgent de (re)conquérir des visiteurs perdus et de nouveaux publics. Mais " faire du chiffre " ne doit pas être l’unique préoccupation. Il est tout aussi essentiel de donner envie au public de se déplacer plus fréquemment, et pourquoi pas de revenir dans les mêmes musées, pour mieux les connaître, et, pourquoi pas, évoluer d’une visite " consommation " (tout voir au cours d’une visite payante) vers une découverte plus contemplative.

Bien entendu, il faut tenir compte du fait que la Fédération Wallonie-Bruxelles est un territoire restreint disposant d’une compétence fiscale réduite. Il convient donc d’imaginer des projets peu onéreux qui permettront à un vaste public de retrouver le chemin trop souvent abandonné des musées.

L’autre constat qui pose question est le développement du succès des expositions temporaires qui font événement et dont l’annonce et la relation couvre presque tout le champ médiatique. Il devient bien rare de voir les télévisions, les radios ou la presse écrite consacrer un espace appréciable pour présenter les collections elles-mêmes. À la recherche d’une présence médiatique, certains conservateurs favorisent de plus en plus la création d’un ou deux grands événements annuels dans leurs établissements, quitte à ranger davantage d’œuvres du fond permanent dans leurs réserves.

Il convient donc de retrouver un juste équilibre entre ces deux approches afin qu’elles demeurent complémentaires.

Si la gratuité doit conquérir un public plus vaste, il est indispensable qu’elle soit largement médiatisée chaque fois qu’elle se déroule. De plus, lorsque de nouveaux visiteurs se déplacent, il faut très bien les accueillir, sinon ils risquent de ne pas revenir. Il convient donc de prévoir des visites guidées gratuites ou d’autres types d’animations… et pourquoi pas, justement, en profiter pour remettre à l’honneur la découverte des trésors du fond permanent ? Ainsi, tout se tient. Et les médias seront sans doute sensibles à cette " gratuité " rare, si elle est festive, car, ainsi, à sa manière, elle fera, elle aussi, événement.

En 2015 : 100 musées ?

La déclaration de la politique gouvernementale pour 2009-2014 de la Fédération Wallonie-Bruxelles a fait de l’accessibilité à la culture une priorité.

Ce 29 septembre 2011, le gouvernement a décidé que la gratuité d’accès du premier dimanche du mois deviendra une condition de reconnaissance supplémentaire pour les musées et institutions muséales reconnus ou subventionnés. Ce qui veut dire qu’une trentaine de musées vont progressivement rejoindre les quarante-cinq actuel, au fur et à mesure qu’ils signeront leurs nouvelles conventions.

Il y a bien d’autres musées. Ils dépendent des villes, des provinces, des universités ou du fédéral, ainsi que les musées privés. On peut donc ambitionner qu’en 2015, sera franchi le cap des cent institutions quand Mons deviendra Capitale européenne de la culture. Alors, l’événement mensuel deviendra incontournable et la visite au musée, au moins une fois par mois, pourra sans doute s’affirmer comme une pratique familiale régulière.

De 20% à 70%… et bien plus

Des résultats ? Une enquête récente menée par le Service du patrimoine culturel du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles " indique une hausse de la fréquentation de 70%, en cas de gratuité d’accès le premier dimanche du mois ". Il s’agit d’une évolution fort sensible car le chiffre officiel précédent était de 20%.

Glanons quelques chiffres de fréquentation sur le terrain. Au Grand Curtius, le plus grand (et récent) musée de la Cité ardente, le " premier dimanche" attire 456 visiteurs. Pour les trois autres dimanches " payants " du même mois (novembre 2010), la moyenne des entrées est de 165 entrées (soit 190, 202 et 103). Dans ce cas-là, il ne s’agit donc pas d’une augmentation de 60% mais bien de près de 250%. Ce musée est géré par la ville de Liège. Proche géographiquement, le Musée de la Vie Wallonne (récemment restauré) dépend, lui, de la Province de Liège. Cette institution double sa fréquentation lors du premier dimanche gratuit. Ce résultat (environ 200 visiteurs) est équivalent à celui de l’événement annuel Le Printemps des Musées. Cette dernière opération disposant d’un confortable budget de promotion pour se faire connaître, ce qui n’est pas le cas pour la gratuité du premier dimanche.

Quand un musée " fait la fête " à sa gratuité

Mais qu’arrivera-t-il lorsque le Ministère promotionnera chaque mois avec quelques moyens trébuchants cette gratuité ?

Depuis janvier dernier, tous les mois, un musée différent parmi les 45 " fait la fête " à son premier dimanche, sans subside, ni sponsoring particulier. Avec de l’imagination et du bénévolat. Et les médias en parlent. Les résultats, en terme de fréquentation, semblent prometteurs.

Par exemple, le dimanche 1er mai 2011, la fête du Musée Royal de Mariemont attira 462 visiteurs. Beau succès par rapport aux 165 visiteurs pour un " premier dimanche gratuit " normal, et aux 87 visiteurs, en moyenne, pour les " dimanches payants ". (Photos).

Ce 8 novembre 2011, la ministre de la culture Fadila Laanan (PS), lors d’une réponse à la parlementaire Veronica Cremasco (ECOLO), a confirmé son intention de susciter une campagne d’information en faveur de la " gratuité du premier dimanche " dès 2012. En vue : un redéploiement du public muséal au Fédération Wallonie-Bruxelles ?

À télécharger gratuitement et imprimer en A4 ou A3, recto verso : le Guide des 45 musées gratuits.Ce guide est réactualisé chaque trimestre.

Bernard Hennebert,

Bernard Hennebert est bien connu de tous ceux qui s'intéressent à la culture en Belgique francophone. Il est le coordinateur de Consoloisirs.  Auteur du livre " Les Musées aiment-ils le public ? " (2011 Editions Couleur Livres). Il est aussi membre du Conseil des Musées de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir