Marc Goblet… au finish !

Lettre ouverte à Benoit Lutgen
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On se souvient de la grande grève de l’hiver 60-61 menée contre la " loi unique " du gouvernement de Gaston Eyskens (social-chrétien/libéral).

Cette grève, qui eut des conséquences désastreuses pour la Wallonie, ne servit en fait à rien, comme le constata lui-même André Renard, le leader charismatique du Mouvement Populaire Wallon, au retour du Parti Socialiste Belge au pouvoir :

"Les gens commencent à se demander si cela valait bien la peine de consentir tant de sacrifices pour démanteler la loi unique. A quoi, assistent-ils, en effet, aujourd’hui ? A une application à la sauvette de cette même loi unique."

La déception d’André Renard était d’autant plus grande qu’il n’était pas parvenu à rallier les pontes du PSB à son projet axé sur le fédéralisme et les réformes de structures.

François Perin, qui fut très proche d’André Renard, nous en a dressé le portait suivant :

"André Renard était un homme extrêmement séduisant. (…) C’était un leader syndical qui, bien que profondément ancré dans la classe ouvrière dont il est issu, n’en avait pas le complexe d’infériorité. Il était en quelque sorte un prince de la classe ouvrière. André Renard c’est l’opposé de nos gauchistes intellectuels qui n’ont aucun sens de l’humour, sont contractés, tendus, agressifs, complexés et intolérants. (…) Il avait toujours et en tout cette formule : 'Voilà. Je lance ce projet. Si l’on me prouve qu’un système différent peut aboutir au même résultat, étant un pragmatique conscient, je l’accepte.'

L’actuel patron de la FGTB, n’est manifestement pas du même acabit. Son imperméabilité aux réformes que nécessite l’évolution de la société contemporaine le rend perpétuellement hargneux. Comme l’a écrit André Gide dans son "Journal" : "Bien peu de gens aiment vraiment la vie ; l’horreur du changement en est preuve". De fait, Marc Goblet n’affiche jamais un visage rayonnant. Il éructe plus qu’il ne parle, avec l’intention avouée de "foutre par terre ce gouvernement de gamins de merde". Action purement politique, donc.

Bien entendu, il ne peut être question pour Marc Goblet de doter les syndicats de la personnalité juridique, ni de rendre leur comptabilité transparente. La transparence, la responsabilité, c’est pour les autres ! Et rien de plus normal que d’imposer, par l’intimidation ou par la force, le geste solidaire à celles et ceux qui entendent exercer pleinement leur droit au travail. Quant à ces étudiants, que les arrêts du rail et des TEC viennent perturber en période d’examens, Marc Goblet "n’arrive pas à imaginer qu’ils ne sachent jamais trouver une alternative…" Plus cynique, tu meurs !

Tel le serpent qui se mord la queue, Marc Goblet revendique dans le vide. Attitude d’autant plus irresponsable qu’elle vient compromettre les premiers résultats positifs engrangés par le gouvernement. Le même scénario se déroule d’ailleurs en France, avec une CGT intransigeante et négativiste. Et là, le pouvoir est aux mains du parti socialiste, preuve qu’il n’y a pas trente-six solutions à la crise actuelle.

Alors que le gouvernement flamand vient d’adopter un plan ambitieux et novateur en matière d’allocations familiales, d’enseignement et de gestion provinciale et que la mouvance syndicale se montre davantage pragmatique au Nord, Marc Goblet a-t-il seulement conscience du poids qu’il fait peser sur une Wallonie qui n’est toujours pas parvenue à décoller ? 

Pour retrouver pleinement la prospérité, ce n’est pas d’actions sauvages dont la Région wallonne a besoin, mais d’investisseurs étrangers et d’oxygène pour mieux faire respirer les PME innovantes. 

Parce qu’il ne veut pas comprendre que la lutte des classes est devenue une notion obsolète,  Marc Goblet nuit à celles et ceux dont il dit défendre les intérêts. Car une grève n’a jamais créé le moindre emploi et la facture finale du gâchis causé est toujours réglée par la collectivité.

Il est une forme insupportable d’exploitation dont Marc Goblet ne parle jamais : celle qui consiste à se servir de la crédulité des plus fragiles pour aboutir à ses fins.

En France, la CFDT a compris l’utilité de la "Loi Travail" du gouvernement Valls. Elle montre ainsi qu’une autre forme de syndicalisme, plus ouverte et plus responsable, est possible, que la faculté d’adaptation est aussi l’une des clés du progrès.

L’électeur doit rester, en tout état de cause, le juge suprême. S’il estime, au terme d’une législature, qu’un gouvernement n’a pas fait les bons choix ou ne s’est pas montré à la hauteur de sa tâche, c’est à lui, et à lui seul, qu’il revient de réagir dans l’urne.

Chacun a sa place et la démocratie sera préservée !

Et si, au lieu de battre le pavé, Marc Goblet s’engageait politiquement et devenait ministre ? Il aurait ainsi l’occasion de se frotter à la dure réalité du pouvoir et de nous révéler ses talents de gestionnaire. Mais cela, c’est une autre paire de manches. Il est toujours plus facile de critiquer que d’agir…

(1) Dernier livre paru : " François Perin – Biographie ", Editions Le Cri, 2015.

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