Les postes de garde en danger après les économies de la ministre De Block

Les postes de garde en danger après les économies de la ministre De Block
Les postes de garde en danger après les économies de la ministre De Block - © Tous droits réservés

La semaine passée la ministre de la santé Maggie De Block présentait le budget de la santé 2016. Celui-ci est de 23,8 milliard d'euros. Ce qui correspond à une augmentation d'à peine 0,63 %, donc moins que ce que le gouvernement avait mis dans l'accord gouvernemental (1,5%) et encore moins que les 3 % de normes de croissance nécessaires.

Outre le fait qu’il s’agit d’un budget d’austérité, les médecins généralistes ont eu la mauvaise surprise de voir que le gouvernement a décidé de suspendre le financement pour l’ouverture de postes de gardes de médecines générales. Normalement, il était prévu que les projets de Poste Médical de Garde rentrés avant fin 2016 reçoivent les financements pour permettre d'avoir des locaux, d'embaucher une personne chargée de la coordination, une personne chargée du secrétariat et le matériel médical nécessaire.

Cette information a provoqué l’inquiétude mais aussi la colère des médecins généralistes. Le conseil général de l’INAMI où siègent médecins et mutuelles a d’ailleurs rejeté, fait rare, cette proposition.

La décision du gouvernement fédéral va impacter de manière significative la région liégeoise où 3 nouveaux projets de fusion de zones et donc de création de postes de garde sont en réflexion : la Zone Liège-Ouest, la Zone Seraing-Flémalle-Condroz et la Zone Chaudfontaine-Chênée-Olne-Fléron. Ces 3 Zones de gardes couvrent plus de 360 000 habitants.

Attirer de jeunes médecins

Ces postes de garde sont l’avenir du système de garde de médecine générale (qui concerne les appels de soirée et nuit en semaine, le week-end et les jours fériés). Ils s’inscrivent dans une réflexion de réforme du système de garde nécessaire dans un contexte de pénurie de médecins généralistes. Le vieillissement des médecins généralistes, mais aussi la dévalorisation de la profession et le numérus clausus font qu’il y aura dans les prochaines années de moins en moins de médecins généralistes par habitants et donc un manque de médecins pour couvrir les zones de garde.

Les postes de gardes sont importants pour attirer plus de jeunes médecins vers la médecine générale et dans des zones en pénurie. D’une part, ils permettent de soulager la charge de travail des médecins généralistes en fusionnant des plus grands territoires (ce qui diminue le nombre de gardes par médecin) ; d’autre part, les postes de garde apportent plus de sécurité pour le médecin : chauffeur la nuit, garde doublée la journée, possibilité de consultation dans un lieu sécurisé..., ceci est non négligeable dans un contexte de féminisation de la profession.

Les postes de gardes sont aussi bénéfiques pour les patients. Ils garantissent l’accès aux soins de santé à toute la population. Géographiquement, ils permettent de maintenir l’accès à un médecin généraliste dans des zones rurales où il y a moins de médecins et où l’hôpital n’est pas toujours tout près. Ils sont aussi plus faciles d’accès dans les villes où le poste de garde est connu de la population qui sait qu’elle peut s’y rendre la nuit, le week-end ou les jours fériés à la place d’aller aux urgences. Ils sont aussi plus accessibles via la mise en place du système du tiers-payant. Or pas mal de patients vont aux urgences parce que la facture est différée contrairement à la garde actuelle de médecine générale où la visite coute entre 50 euros en journée et jusqu’à 85 euros la nuit.

Mesure incompréhensible

Les postes de garde sont indispensables pour l’optimalisation de l’organisation du système de soins. Des études montrent que beaucoup de cas des urgences relèvent de la médecine générale. Or quand le patient arrive aux urgences on lui fait des examens de façon systématique souvent non nécessaire (prise de sang, ECG, radio, scanner etc) et qui augmentent le coût pour la sécurité sociale.

Les postes de gardes améliorent aussi l’efficience des gardes avec la possibilité de faire des consultations s, limitant ainsi les visites à domicile aux situations où le patient ne peut absolument pas se déplacer (par ex. personne âgée en maison de repos, soins palliatifs.... Le médecin gagne ainsi du temps en évitant les déplacements au domicile et le patient paie moins cher. Par exemple, actuellement à Seraing si vous appelez le médecin de garde il n’y a que la possibilité de visite à domicile. Un poste de garde permet aussi d’avoir plus de matériel sur place comme un ECG, matériel de suture, prise de sang, etc et donc améliore la prise en charge.

Cette mesure est donc incompréhensible. Elle est contre toute réflexion à long terme de santé publique et va l'encontre de l'amélioration de la qualité médicale. Toutes les études montrent qu’une première ligne accessible et de qualité permet d’améliorer le système de santé de façon globale et de diminuer les coûts. Surtout qu’ici on parle d’une économie de 10 millions d’euros, ce qui représente à peine 0,04% du budget global de l’INAMI.

Pire, ce blocage des postes de garde est contre-productif. Il va drainer plus de patients vers les urgences qui sont déjà surchargées de travail pour des problèmes qui relèvent de la médecine générale et qui au final vont coûter plus cher à la sécurité sociale car plus d’examens inutiles seront prescrits. Le gouvernement envisage de plus de rendre les urgences plus chères. Nous ne pouvons pas accepter qu’il tente de faire des économies en essayant de limiter l’accès aux soins de santé.

Il ne faut pas sous-estimer cette nouvelle attaque du gouvernement sur les soins de santé et les patients, après des mesures telles que le retour précoce de la maternité après l'accouchement, décidé l’année passée et la remise au travail des malades longues durée. Ce gouvernement d’austérité n’a plus de limite, il s’attaque de plus en plus à des droits fondamentaux comme la santé.

Il est urgent d’arrêter les coupes budgétaires et au contraire réinvestir et revaloriser la première ligne pour améliorer la qualité de notre système de soins de santé. Patients, médecins généralistes mais aussi les services d’urgences, tout le monde en profitera.

Muriel Krammisch est médecin généraliste à Seraing, à la maison médicale de médecine pour le peuple. Elle est conseillère communale PTB à Seraing. Elle fait partie du CEGES qui travaille depuis quelques mois à la formation d'un poste de garde.

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