Les garçons, la nouvelle minorité !

Magali Barthès
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En ces temps de crise, la phallocratie serait-elle de retour? A la lecture de l'essai "Sauvons les garçons" de Jean-Louis Auduc (Editions Descartes & Cie), une jeune journaliste française Magali Barthès n'est pas loin de le penser. Et critique l'auteur en se basant sur d'autres études.

Qu'elles soient liées au niveau social, aux origines ethniques, au handicap, au sexe, ou à la religion, les discriminations sont une des plaies de notre société. Mais voilà que les hommes bien-pensants, visiblement meurtris par l’insolente réussite scolaire des filles, volent au secours du sexe fort !

C'est la faute aux bons résultats des filles

Dans son essai, J-L Auduc, directeur de l’IUFM de Créteil[1], révèle les disparités du système éducatif. On apprend ainsi que l’échec scolaire frappe en majorité les garçons. Les bons résultats des filles seraient la source des écueils des garçons, engendrant frustrations et violences ! Certes, l’auteur de l’essai ne cache pas que ceux-ci ont longtemps été les privilégiés du savoir, mais il ferait presque de la gent féminine le bouc émissaire des difficultés masculines. A ceci près que les filles n’empiètent nullement sur la réussite des garçons ! On peut penser que leurs bons résultats favorisent au contraire l’émulation.

S’il est de bon ton de présenter la femme comme forte sur le plan moral, elle est en parallèle fragilisée par la place que lui donne la société. Ce constat ne peut donc justifier pour autant les envolées tourmentées de l’auteur de l’essai. Pourquoi invoquer ces disparités pour expliquer les comportements violents des garçons ? D’autres problématiques plus urgentes ne méritent-elles pas le même temps de réflexion ?

Le contenu de l’essai soulève par ailleurs des interrogations plus profondes. Cette remise en cause perpétuelle du succès des filles dans le domaine scolaire est peut-être la traduction d’une société phallocrate, dont le principal tort est de ne pas avoir su mettre en valeur les qualités intellectuelles des filles. L’objectif de toute jeune fille n’est-il pas d’acquérir, au même titre que les garçons, des savoirs, savoir-faire et savoir-être ? Si les filles sont en moyenne meilleures élèves que les garçons, la courbe s’inverse au niveau des études d’excellence.

Les inégalités de fait

L’intérêt de l’instruction divergerait-il selon le sexe ? Au cours de ses études, la future femme doit pouvoir prendre conscience que tout lui est accessible ; ce n’est malheureusement pas toujours le cas ! In fine, elles sont moins nombreuses à briguer des postes à haute responsabilité. Pourtant, elles n’ont pas vocation à s’effacer dans la société. Quel est l’intérêt d’être bonne élève si l’on n’a pas la promesse de pouvoir se réaliser dans une profession gratifiante ? Le rôle de la femme est-il de distraire son époux après sa journée de travail ? Le plafond de verre exerce une influence considérable dans la vie d’une femme, dès les premières étapes de son instruction. Malgré la féminisation de nombreux secteurs professionnels, l’accès à certains postes semble verrouillé. Les hommes croiraient-ils leur virilité menacée ? (Les femmes sont très peu représentées dans les conseils d’administration des multinationales).

Différences de sexe ou différences sociales

Pour Sophie Devineau, Maître de conférences en Sociologie de l'Education à l’Université de Rouen (Groupe de Recherche Innovations et Sociétés), il est préférable de se référer aux rapports sociaux de sexe, on ne peut pas raisonner uniquement en termes de genre : " L’essai de J-L Auduc sert d’aiguillon à la réflexion nécessaire que doit mener l’école pour la réussite de tous. Rappelons toutefois qu’il ne s’agit que d’un aspect des parcours scolaires dont le déroulement du collège à l’université montre que les verrous sexués sont encore nombreux. Une vision plus nuancée du système scolaire montre que l’égalité des chances n’est une réalité ni pour les garçons, ni pour les filles. En effet, il ne faut pas perdre de vue que ce sont les enfants des deux sexes et d’origine sociale favorisée qui sont les plus réussissants du système. A l’inverse, ce sont bien les garçons d’origine populaire qui sont les plus sanctionnés ".

Il serait contreproductif d’invoquer systématiquement le facteur misogyne pour expliquer les obstacles qui perturbent la progression des femmes dans la société, mais sans doute tout aussi néfaste de nier l’évidence. Trop de domaines restent encore, malheureusement, la chasse gardée des hommes. Et pourtant, beaucoup interprètent encore dans ces légitimes revendications l’influence de tel ou tel lobby féministe. Quel dommage de se priver de l’œil féminin !

Magali Barthès

 

Magali Barthès est une jeune journaliste française diplômée en 2006 de l'Ecole de journalisme et de communication de Marseille. Elle a travaillé pour un média d'expatriés français (Le petit Journal.com de Londres), et le magazine le Foot Marseille. Elle a en outre collaboré à "La presse" (Tunisie), El Watan (Algérie),et "Libération" (Maroc).


[1] L’institut Universitaire de Formation des Maîtres en France est l’équivalent de l’Institut d'Enseignement Supérieur Pédagogique (IESP) en Belgique

 

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