Les élites politiques américaines se renouvellent régulièrement

Charles Voisin
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Pour de nombreux observateurs, Jeb Bush, le frère de W, pourrait se lancer dans la course à la présidence. La magistrature suprême aux États-Unis pourrait donc apparaître comme l’affaire de quelques familles patriciennes. Ce n’est pas l’avis de Charles Voisin, analyste passionné de ce pays, comme le prouve la récente promotion de Julian Castro.

La nouvelle est tombée il y a quelque temps, Julian Castro, 39 ans, actuel maire de San Antonio, va être nommé “secrétaire du logement et du développement urbain”. Une fonction peu prestigieuse mais qui est regardée par beaucoup comme un marchepied vers de plus hautes fonctions à Washington.

Un ticket démocrate Clinton – Castro ?

Et pour cause, beaucoup de rumeurs circulent autour d’un ticket démocrate Hillary Clinton / Julian Castro. Julian serait donc le colistier de l’ex secrétaire d’état. Ce serait un très bon choix en somme pour un parti qui veut certainement garder la faveur de l’électorat latino. Une minorité sur laquelle les démocrates peuvent traditionnellement compter puisqu’en 2012 Obama a récolté 71% des voix auprès de la population d’origine hispanique.

Jeune, dynamique, talentueux, Julian Castro jouit d’une grande popularité. Depuis qu’il a délivré le Keynote Speech, le discours d’honneur, à la convention du Parti démocrate en 2012, il attire particulièrement l’attention des médias américains. Et on le sait, cette apparition a vocation de tremplin politique. Barack Obama lui-même s’est fait connaître du grand public de la même façon en 2004.

Quand le Texas votera démocrate

En plus, comme colistier, outre le vote latino Julian Castro pourrait aussi apporter à Hillary Clinton son état natal sur un plateau d’argent. Or l’état qui l’a vu naître n’est rien de moins que le Texas! Un état qui pourrait bien virer au bleu - entendez devenir une terre démocrate - un jour, ou du moins, devenir un état indécis. Et ce n’est pas rien car le Texas c’est le deuxième état le plus peuplé des Etats-Unis et donc ça fait un sacré paquet de grands électeurs à la clé.

Julian Castro est donc le “probable “ colistier d’Hillary Clinton et de ce fait il est, potentiellement, en lice pour être élu vice-président en 2016. Une élection qui semble jouée d'avance. Les républicains le reconnaissent eux-mêmes : ce sera très dur de battre Hillary... si elle se présente.

Mais surtout le maire de San Antonio est encore jeune – il n’a pas quarante ans - il représente l’avenir du Parti démocrate et, qui sait, grâce au poids démographique et politique considérable pris par les immigrants, il n'est pas exclu qu'il devienne un jour le premier président latino des États-Unis !

Dynastique l’Amérique ? Pas si vite ...

La possibilité d’un nouveau duel Clinton-Bush en 2016 exaspère beaucoup de monde. Cette vieille affiche en dirait long sur le non renouvellement des élites politiques aux Etats-Unis. C’est aller un peu vite. Certes la démocratie américaine possède bien une tendance oligarchique. Les Roosevelt ont gouverné l’Amérique pendant vingt ans. Les Bush pourraient éventuellement les égaler si Jeb, le frère de “W”, remportait les deux prochaines présidentielles. La popularité d’un nom, le pouvoir de l’argent, les réseaux d’influence, sont autant de facteurs favorables à l’établissement d’une aristocratie.

Mais les Roosevelt, les Kennedy et les Bush, s'ils ne constituent pas une exception, ne sont pas la règle non plus. Pour s’en apercevoir il n’y qu’à voir d’où viennent les autres présidents. Bill Clinton est né orphelin, enfant il a dû protéger sa mère contre les coups de son père adoptif qui était alcoolique. Richard Nixon est né dans une famille très pauvre. Les Carter, eux, ont vécu quelques temps dans un logement social. De manière générale, la plupart des autres présidents (Johnson, Reagan, etc.) doivent leur ascension à leur propre volontarisme plutôt qu’à l’appartenance à une grande famille ou à un milieu aisé.

Plus récemment, qui aurait parié sur l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, sénateur de l’Illinois, né à Honolulu d'un père kényan et d'une mère blanche, inconnu au bataillon avant son fameux discours à la convention démocrate de Boston en 2004 ? Pas grand monde.

Ainsi donc, de manière régulière, l’Amérique nous surprend par sa capacité à changer, souvent plus vite qu'on ne le pense. Julian Castro est peut-être l’un de ces changements inattendus, précipités, que nous réservent les États-Unis dans les années à venir. L’histoire de la famille Castro en Amérique ne s’étale que sur deux générations. Ce qui en dit long sur la capacité d’intégration des nouveaux immigrants et beaucoup plus encore sur l’aptitude de la république américaine à renouveler ses élites politiques.

Charles Voisin, chroniqueur

Charles Voisin, 28 ans, autodidacte polyglotte, est passionné par les États-Unis. Il a d’ailleurs un blog consacré à ce pays et avait été invité à commenter les élections de 2012 sur La Première. Il prépare deux livres l’un sur les libertariens, l’autre sur Kennedy et les droits civiques.

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