Les dépenses directes en soins de santé à charge du patient : élevées et en croissance

Pieter Van Herck
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Les patients assument une part relativement élevée des soins de santé en Belgique. C'est le constat fait par un rapport d'Itinera dont Pieter Van Herck est membre. Un constat qui interpelle dans un pays dont les dirigeants proclament haut et fort qu'il possède l'un des meilleurs systèmes de santé.

Le mercredi 18/04 l’Itinera Institute a publié un rapport sur les dépenses privées en soins de santé en Belgique, qui présentait la situation actuelle sur la base de données chiffrées. Itinera constate ce qui suit :

Un constat chiffré

Un quart de toutes les dépenses de soins, soit 10 milliards d’euros, n’est pas couvert par l’assurance publique (INAMI). Les Belges paient en moyenne 20% de toutes les dépenses de soins de leur propre poche, sans intervention des assurances, ni publiques ni privées. Ce chiffre est quatre fois plus élevé qu’aux Pays-Bas (5%) et presque trois fois plus élevé qu’en France (7%). La Belgique fait dès lors partie du peloton de tête de l’Europe de l’Ouest. Ces 20%, un pourcentage qui augmente au fil des années, sont même plus élevés que les dépenses out-of-pocket aux Etats-Unis (12,3%).

Le rapport souligne que ce sont les groupes vulnérables de notre société qui sont les victimes potentielles. Itinera constate que la population ressent une augmentation systématique de la charge financière des dépenses de soins directes. Ceci entraîne pour certains un risque élevé d’endettement voire un risque de basculement dans la pauvreté. Il est dommage que de nouveaux concepts tel " la pauvreté du cancer " devienne une réalité en Belgique.

De plus, une charge financière accrue des soins entraîne un risque plus élevé de renoncement aux soins de santé nécessaires, ce qui peut provoquer des problèmes de santé plus graves. Ceux qui ont le plus besoin de soins, sont les plus touchés par un ticket modérateur élevé et en augmentation.

Le rapport d’Itinera décrit de manière extensive les différentes parties des dépenses de soins privées en Belgique, et constate des chiffres plus élevés que supposés jusqu’à aujourd’hui pour les soins en dehors d’un environnement hospitalier, (par exemple, 1.7 milliards d’euros pour les soins prodigués en maison de repos et 1.8 milliards d’euros pour les médicaments). Cela ne veut pas dire que les dépenses directes en soins hospitaliers soient basses. Les patients y contribuent aussi pour un milliard d’euros. Néanmoins, il faut éviter que le déplacement des soins en hôpital vers la médecine de première ligne n'aboutisse pas involontairement en une augmentation continue du ticket modérateur pour le patient.

Des solutions à apporter

Toute le monde peut consulter le rapport, et les chiffres qui l’accompagnent, sur le site web de l’Itinera Institute, et ainsi s'assurer de ce que les sources de ces données sont équilibrées, larges et diverses : des institutions gouvernementales (SPF de la Santé Publique, INAMI, etc.), des institutions scientifiques (OCDE, HIVA, ISP, etc.), des assurances publiques (Mutualités Chrétiennes, Office de contrôle des mutualités, etc.). Des assurances privées font également partie de cette liste, afin de connaître leur répartition par pays et type de soins.

L’intention du rapport est de faire parler les chiffres, et de laisser aux acteurs en soins de santé et à l’opinion publique le soin de décider s’il y a ou non un problème. La population belge a le droit d’être informée du montant de la contribution directe aux soins, sans aucune compensation. Et ce rapport ne tient pas compte des contributions privées via les taxes, la sécurité sociale et les primes d’assurances. Le rapport constitue une première étape, et fait un constat. En été, un second rapport sera publié. Il abordera les possibles solutions. Des réformes fondamentales sont probablement nécessaires quant à la façon dont les soins de santé sont couverts. Il y a des nouvelles positives : nous avons mis en lumière les aspects des soins sur lesquels il faudra concentrer davantage la protection financière dans le futur, et pas uniquement sur l’environnement hospitalier. En outre le rapport montre que nous avons beaucoup à apprendre d'autres pays.

Comparaison n'est pas raison

Les faits ont rencontré dans les média un intérêt légitime. Vu l’importance sociétale de cette matière, il est déplorable que quelques-uns se sentent obligés d’émettre des remarques hors propos et qui attribuent au rapport des conclusions qui n’y sont pas. C’est surtout la constatation que le patient belge supporte plus de frais directs de soins de santé que l’américain qui apparemment mène certains à émettre des conclusions générales sur les différences entre les soins de santé en Belgique et aux Etats-Unis. Il y a beaucoup d’autres critères qui rendent une comparaison directe difficile. Par exemple, 15% des américains n’ont aucune forme d’assurance de maladie, alors qu’en Belgique une protection de base, quasi universelle, est assurée. De telles déclarations n’ont donc pas lieu d’être et personne ne veut présenter les Etats-Unis comme un modèle pour les soins de santé. De plus, elles sont contre-productives, car elles éloignent d’un problème manifeste et de grande importance dans le domaine de la politique sociale et de santé publique dans notre pays. Ce n’est pas en mettant la tête dans le sable que l’on résoudra ce problème en Belgique.

 

Pieter Van Herck, Senior Fellow Itinera Institute

 

Chercheur à la KU Leuven, Pieter Van Herck prépare un doctorat en santé publique. Ses principaux intérêts vont aux relations entre la qualité et le financement des soins de santé ainsi qu'aux différentes stratégies financières ou non visant à responsabiliser les acteurs de la santé sur la qualité et le coût des soins prodigués.

 

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