Les conventions : Romney : 0 - Obama : 1

Katya Long
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Premier volet d'une série d'Opinions de Katya Long, une spécialiste de la politique américaine, sur la course à la présidence aux États-Unis. Chaque lundi jusqu'à la veille du scrutin, elle nous livrera son analyse de la campagne. Aujourd'hui, le bilan des conventions.

Au sortir des récentes conventions républicaine et démocrate, la course à la Maison-Blanche, si elle reste serrée, semble toutefois donner clairement l'avantage au président sortant.

Ryan : un choix trop peu porteur

Le choix de Paul Ryan, le représentant du Wisconsin n’a pas eu tout l’effet escompté sur la campagne de Mitt Romney. On dit du / de la candidat(e) à la vice-présidence qu’il ou elle " should first do no harm ", qu’il ou elle ne doit pas nuire à la campagne. Mais aussi qu'un choix judicieux peut avoir plusieurs avantages : combler une faiblesse du candidat principal (l’expérience en politique étrangère de Biden pour Obama en 2008 ou l’énergie conservatrice de Palin pour McCain la même année par exemple) et/ou aider à remporter son état ou sa région d’origine comme l’illustrent les couples Nord/Sud à l’instar de Kennedy et Johnson en 1960. Ryan devait motiver la base conservatrice du parti républicain par ses positions très orthodoxes sur les questions de société (avortement et droit des homosexuels) et une volonté sans faille de démanteler le système social perçu par les ultra-conservateurs comme une violation par le gouvernement de leur liberté ainsi qu’une politique d’assistanat et de clientélisme du parti démocrate à destination de leur base. Le jeune représentant du Wisconsin devait aussi aider Romney à gagner un des états-clés, lui permettant ainsi de combler son retard sur Obama. Les sondages réalisés dans les états lui attribuent aujourd’hui 237 grands électeurs contre 206 à Romney, seul 95 sont en balance. Rappelons qu’il faut obtenir 270 grands électeurs pour gagner l’élection présidentielle, quel que soit le nombre de voix obtenues. Le choix de Ryan laisse perplexe sur cet aspect. Si le Wisconsin a connu un très net virage à droite en 2010 avec l’élection d’un gouverneur très militant contre les syndicats de la fonction publique notamment, cet état a systématiquement voté pour le candidat démocrate aux élections présidentielles depuis 1984. Aujourd’hui, après le choix de Ryan, le Wisconsin est devenu un " battleground state " qui pourra basculer dans un camp ou dans l’autre. Mais Obama y conserve une légère avance et y reste le favori. Si Romney avait choisi un candidat d’un état où les sondages étaient plus serrés comme la Floride, cela lui aurait peut être permis de s’assurer une victoire dans cet état et de remporter ses 29 grands électeurs plutôt que d’ouvrir un nouveau front avec pour issue incertaine les 10 grands électeurs du Wisconsin.

En ce qui concerne l’énergie de la base républicaine, toujours un peu tiède à l’égard de Romney, le choix de Ryan s’avère plus concluant mais pas nécessairement suffisant. Tout d’abord, parce qu'il s'agit d'un candidat relativement novice sur la scène nationale et qui semble accumuler les gaffes. Ajoutées à  celles de son colistier, cela confirme l’impression d’amateurisme de la campagne républicaine.

Des bases électorales très différentes

Ensuite,  la convention démocrate a été bien mieux réussie que celle des républicains, notamment en ce qui concerne l’impression d’enthousiasme, d’énergie et d’optimisme qui s’en dégageait. Les électeurs conservateurs du parti républicain ont certes été rassurés par le choix de Ryan et seront donc au rendez-vous le 6 novembre. Mais le problème de Romney et des candidats républicains à venir, c'est que la base traditionnelle du parti (les hommes blancs de la classe moyenne et des catégories supérieures) n’est plus suffisante pour porter un candidat à la Maison-Blanche. En 2000, Bush avait su écorner l’avance des démocrates chez les latinos avec une position modérée sur la question de l’immigration et en 2004 il avait réussi à convaincre 48% des électrices pour lui permettre de gagner l’élection. En 2008, Obama avait eu le soutien massif des minorités ethniques et des femmes ainsi qu’un taux de participation élevée de ces catégories et des jeunes. Tout cela lui avait donné une large victoire. Cette année, malgré un bilan décevant pour certains, la convention, avec les discours très réussis de Michelle Obama et de Bill Clinton, un accent très marqué sur les droits des femmes ainsi que la mise en avant du maire d’origine mexicaine de San Antonio, Julian Castro, les démocrates semblent avoir réussi à recréer de l’enthousiasme au sein de leur base, qui, si elle se déplace, est plus large que celle des républicains. Romney, contraint par l’aile idéologique de son parti de maintenir le cap à droite, ne parvient pas à revêtir le costume de candidat modéré et rassurant qui lui permettrait de grignoter une partie de la coalition d’Obama.

Thèmes vagues d'un côté, retour sur les fondamentaux de l'autre

De manière générale, les conventions servent de nos jours à lancer la campagne au moment où la majorité de l’électorat commence à y prêter sérieusement attention. Sans enjeux immédiat, elles sont l’occasion de présenter un candidat ayant un déficit de notoriété ou de corriger les perceptions négatives de personnalités déjà connues (Michelle Obama et Bill Clinton ont tous deux fait allusion au calme d’Obama parfois perçu comme de l’indifférence, Ann Romney a défendu la compassion de son mari que les électeurs trouvent distant). Elles servent aussi à cadrer le débat, à mettre en avant le programme et les attributs du candidat. Et ici aussi, comme en ce qui concerne l’enthousiasme de leurs membres, les démocrates ont battu les républicains. Si on devait résumer le contenu de la convention de Charlotte à deux expressions elles seraient " nous sommes le parti des femmes " et, pour citer Joe Biden, " Ossama is dead and GM (General Motors, le plus grand constructeur automobile mondial basé à Detroit) is alive ". Droit des femmes, défense de la classe moyenne, protection des plus faibles, les démocrates ont collé aux fondamentaux.

A contrario, le tandem Romney/Ryan a laissé à Obama le sujet classiquement républicain de la politique étrangère en ne citant pas une seule fois les troupes américaines lors de leurs deux discours alors que les soldats américains tombent régulièrement en Afghanistan. Avec un programme économique et social vague axé surtout sur la privatisation de Medicare et la baisse des impôts, les républicains manquent de substance.

Ces impressions semblent être validées par les sondages : Romney n’a eu qu’un très faible sursaut après sa convention (moins de deux points) alors qu’Obama est en passe de recevoir un très sérieux coup de pouce (plus de 6 points). Evidemment, l’euphorie post-convention passera et les sondages se stabiliseront sans doute de nouveau autour d’un scrutin serré. Mais Romney a manqué une occasion de renverser la tendance et il ne lui reste que les trois débats du mois d’octobre ou un évènement économique ou international imprévu pour prendre la tête de la course.

Katya Long, chargée de recherche au FNRS

Spécialiste du système politique américain, Katya Long a consacré sa thèse au dilemme républicain dans les premières décennies de l'histoire des Etats-Unis. Elle est aujourd'hui attachée au Centre de recherche sur la vie politique de l'ULB (CEVIPOL) et s'intéresse particulièrement à la présidence américaine.