La Hongrie est-elle l'étincelle qui fera exploser l'Italie ?

Georges Ugeux
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Qui a dit que le salut se trouvait en dehors de la zone euro ? L’exemple hongrois prouve le contraire selon Georges Ugeux, observateur attentif de la crise de l’endettement. Mais si la Hongrie plonge, l’euro et l’Europe s’en ressentiront.

Décidément, Viktor Orban, le Premier ministre de Hongrie est un personnage peu reluisant et ne fait pas honneur à l’Europe.

Il n’y a pas que la réforme constitutionnelle

Une attention toute spéciale a été récemment accordée aux réformes constitutionnelles qui font se diriger la Hongrie vers une forme de dirigisme profondément inquiétant pour un pays qui, en principe, adhère aux principes démocratiques de l’Europe.

Derrière ce débat important se profile une autre menace, celle de la dette hongroise (privée et publique). Elle a dépassé 140 milliards d’euros, dont 120 milliards d’euros sont détenus par les banques européennes. Parmi elles, les banques autrichiennes en détiennent 40 et les banques italiennes 25. C’est la moitié. De surcroit, une partie importante de la dette détenue par les banques autrichiennes est entre les mains de la Bank Austria, une filiale d’Unicredit, la plus grande banque italienne. Celle-ci se débat pour lever 7,5 milliards d’euros d’actions nouvelles avec une décote de 43% par rapport a son cours de bourse qui a chuté de 65% en cinq jours. Les agences de notation viennent de diminuer la note hongroise au niveau qui ne garantit pas son remboursement.

Il se pourrait donc que nous nous trouvions devant une situation qui, en cas de défaut de la Hongrie, provoquerait une perte substantielle dont les banques autrichiennes, italiennes et européennes n’ont certainement pas besoin.

La caractéristique de la Hongrie est d’être le troisième plus mauvais risque européen après la Grèce et le Portugal. Mais elle a sa propre devise. Le forint, ne cesse de perdre de la valeur et il faut 320 HUF pour acheter un Euro contre 260 il y a six mois, soit une dévaluation de plus de 20%.

Pour ceux qui croient que tout va bien dans le meilleur des mondes en dehors de l’Eurozone, l’évolution des taux d’intérêt que paient les emprunteurs hongrois en euro est inquiétante. Le refinancement des emprunts en euro se fera aux environs de 10%, une hausse d'un tiers en trois mois.

Orban ment

Qui plus est, Monsieur Orban ment : il a tenté de nous faire croire que les pourparlers entre la Commission Européenne, le Fonds Monétaire International et la Hongrie étaient en bonne voie. La réalité, comme le rappelle le Financial Times, est que les pourparlers ne commenceront que cette semaine. De surcroit les affirmations selon lesquelles la Hongrie est capable de " tenir sur ses deux pieds " ne tiennent pas la route.

Le fait que la Hongrie a sa dette en euros et ses revenus en forint et que la dette atteint un taux d'intérêt de 10% crée en effet une explosion à double détente : augmentation de la dette et du cout de la dette.

Une intervention possible de l’Europe et du FMI se heurte à une loi que la Hongrie a passée fin 2011 et qui fait de la National Bank of Hungary le prêteur à fonds perdu du gouvernement hongrois. Dans ces conditions, à moins de rouvrir ce débat qui fait de la Hongrie un Etat virtuellement sans discipline, budgétaire et monétaire, il est peu probable que les interventions soient octroyées. Cette partie de bras de fer serait sans importance si la Hongrie ne tenait pas les banques européennes créancières de l’Etat magyar en otage.

Un défaut de la Hongrie aurait des répercussions qui pourraient mettre le feu aux poudres italiennes, par l’intermédiaire de l’ancien empire austro-hongrois. "La crise hongroise est un avertissement du risque de transformation de la crise de l’Eurozone en une crise mondiale de l’endettement. La Hongrie n’est pas un membre de l’Eurozone, mais les problèmes économiques qu’elle s’est créés sont exacerbés par la faiblesse des banques de l’Eurozone et l’anxiété des investisseurs " écrivait en début de semaine Robert Peston, le business editor de la BBC.

Georges Ugeux, banquier d’affaires

Economiste formé à l’UCL, Georges Ugeux a d’abord fait carrière dans la banque avant d’être l’un des patrons de la bourse de New-York. Il travaille toujours à New York, comme PDG de ce qu’il qualifie lui-même de mini-banque d’affaires internationale : Galileo Global Advisors, n’agissant que dans le conseil. Il est l'auteur d'un livre sur " La Trahison de la finance: douze mesures pour rétablir la confiance"  (Odile Jacob 2010).

Ce texte a été publié en premier sur le blog de Georges Ugeux : démystifier la finance.

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