La Chine et le congrès du Parti communiste : la lutte finale ne fait que commencer !

Olivier Dupuis
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Le 18e Congrès du parti en Chine mettra à la tête du pays de nouveaux dirigeants. Mais pour Olivier Dupuis, militant des droits de l'homme, ceux-ci ne modifieront pas fondamentalement la nature autoritaire et arbitraire du régime.

Une certaine impression de déjà-vu plane sur ce 18° Congrès du Parti Communiste Chinois. A en croire les mimiques d'éminents congressistes publiées sur le net, les discours sont toujours d'un convenu parfait et d'un ennui total. C'est d'ailleurs sans importance puisque - tous les commentateurs en conviennent- les jeux étaient faits avant même que les portes du Palais du Peuple ne s'ouvrent aux 2.270 délégués.

9 ou 7? Peu importe!

Comme les kremlinologues il y a quelques années encore, les experts du Zhongnanhai[1] en sont réduits aux supputations et aux paris sur base de bruits de couloirs, de fuites plus ou moins organisées ou de savants décryptages des discours officiels. Dans le contexte du présent congrès, la question la plus intéressante – c'est dire - est sans doute celle relative au nombre de membres du futur Comité permanent. Seront-ils toujours 9 ou ne seront-ils plus que 7 ? Certains – pessimistes - voient dans le passage de 9 à 7 membres, l'occasion d'empêcher la promotion de deux réformateurs dont Wang Yang, le gouverneur de la province de Guandong. D'autres – nettement plus optimistes – y voient la possibilité d'empêcher que le chef de la Commission des Affaires Publiques et Juridiques n'en fasse partie, réduisant du même coup l'emprise du parti sur le pouvoir judiciaire et permettant, par la même occasion, de faire un pas en direction de l'Etat de Droit.

Quoiqu'il en soit, on peut raisonnablement douter qu'une telle mesure ou même que l'entrée de deux réformateurs au Comité permanent puissent avoir un impact en mesure de modifier la nature totalitaire du pouvoir en place. Des événements récents semblent plus susceptibles de nous informer sur le cours à venir de l'Empire du Milieu. L'éviction du prince rouge Bo Xilai confirme la prédominance des tenants de la voie du milieu, la voie de la stabilité. Pas plus les dérives populistes telles que celles de l'ancien chef de Chongqing que les audaces réformatrices ne seront tolérées. Tout comme la " légalisation " récente des procédures d'arrestation et de détention extrajudiciaires, aux antipodes de la construction d'un Etat de Droit, nous rappelle que ce qui vaut pour l'élite vaut, a fortiori, pour les opposants et le " petit peuple ". Enfin, la publication retentissante dans les médias de la fortune - imposante - de la famille du futur président et chef du parti, Xi Jinping, donne une bonne idée de la marge de manœuvre qui sera la sienne à la tête du pays.

Continuité sonante et trébuchante

Au sein de la Chine officielle, les signaux ne manquent pas, qui laissent présager que le mode de gouvernement des dix prochaines années ne sera guère différent de celui des dix années qui s'achèvent. La nouvelle élite continuera l'œuvre de la précédente. Tant pour réduire la dépendance à l'égard de ses exportations que pour acheter la paix sociale, elle poursuivra la politique visant à destiner une partie croissante de la production à la demande intérieure.

La Chine apparemment triomphante n'est pas l'Union Soviétique déclinante des années 80. A la différence des privilégiés du régime brejnévien finissant, le manque à gagner de l'appareil communiste chinois en cas d'instauration de l'Etat de Droit et de la démocratie, ne serait pas d'ordre essentiellement symbolique. Le maintien des privilèges et la pérennité du capital économique accumulé par les membres du PCC (82 millions de personnes) sont directement liés à la permanence du système marxiste-léniniste dans la version génétiquement modifiée qui est la sienne aujourd'hui en Chine, en ce qu'il représente l'antithèse la plus aboutie de l'Etat de Droit.

Selon toute vraisemblance donc, la construction de l'Etat de Droit et de la démocratie en Chine ne pourra venir que de la société même, de combats innombrables de paysans défendant leurs terres, d'ouvriers s'insurgeant contre leurs conditions de travail, de mouvements nationaux (Tibétains, Ouïghours, Mongols) luttant pour se libérer de l'emprise impériale et dictatoriale, de mouvements de consommateurs, de défenseurs des droits fondamentaux, de l'environnement, ... Une lutte qui s'annonce aussi dure que de longue haleine et qui verra l'alternance de répressions ciblées et de moments de compromis d'où émergeront des conquêtes démocratiques partielles et fragiles que l'Etat et le parti s'ingénieront constamment à remettre en cause. La lutte finale a bel et bien commencé. Elle sera longue et difficile.

Olivier Dupuis

Né à Ath (Belgique) en 1958. Licencié en sciences politiques et sociales (Université de Louvain). Ancien secrétaire du Parti radical transnational (1995-2003). Député européen élu en Italie sur les listes des radicaux italiens (1996-2004). Actuellement journaliste indépendant et animateur du blog l'Européen.

[1] Parc du centre de Pékin où se trouvent le siège du gouvernement central et celui du Parti Communiste

 

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