La Belgique a (très) mal à son économie

Bruno Colmant
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Quel avenir pour la Belgique en 2013? Sombre, nous dit l'économiste Bruno Colmant, mais pas désespérant car il y a des moyens pour s'en sortir. Entre autres en continuant à attirer les investissements étrangers.

L'économiste Paul de Grauwe (qui est sans conteste, avec les académiciens André Sapir et Peter Praet, le seul économiste belge avec un rayonnement international crédible) l'a répété dimanche : le pire de la crise est à venir. Il a aussi répété l'incongruité de mettre en œuvre des politiques d'austérité en pleine période de récession.

S'adapter à la mondialisation

La première décennie du nouveau millénaire restera amère : le Royaume a commencé son aggiornamento par un effondrement économique intérieur.

Près de 5 ans après l’éclatement de la crise des subprimes, il reste sidéré devant la tourmente mondiale qui l’a affecté.

En quelques trimestres, tout a basculé.

Dès juillet 2007, les premiers craquements financiers et immobiliers américains étaient audibles. Pourtant, un an plus tard, la déconfiture des banques prendra le pays par surprise.

Et puis l’orage économique mondial a éclaté. Il révèle les faiblesses inhérentes au pays, à savoir un contexte rigide qui a empêché des reconversions industrielles.

Mais ce n’est pas une surprise : année après année, l’indice de compétitivité de la Belgique s’affaisse, loin derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Angleterre et le Luxembourg.

Même la dette publique, qu’on croyait sous contrôle parce qu’amoindrie en proportion de la richesse nationale, excède à nouveau une année de PIB.

Le niveau de cette dette publique relève de la même pathologie que la fragilité de nos banques avant la crise : trop importante pour la taille du Royaume. En quelques mois, la Belgique a dû adopter la métrique que la mondialisation lui impose : celle d’un petit pays dont les ambitions doivent être remesurées à l’aune de sa taille.

La crise a modifié la géographie de la richesse

L’Euro nous protégera contre une dévaluation de la devise, mais pourrait nous empêcher d’utiliser l’inflation. Or sans les armes de la dévaluation ou de l’inflation, seul l’impôt pourra être utilisé pour le remboursement de la dette. Cet impôt sera prélevé au prix d’une dislocation générationnelle puisque la vague du coût du vieillissement va bientôt submerger les finances publiques.

Les systèmes sociaux belges ont été construits, couche par couche, au cours d’années de prospérité. Les trente dernières années n’ont pas entamé cette recherche du confort collectif dont nous aurions dû comprendre la finitude.

Car pendant des décennies, le pays s’est acheté des années d’immobilisme au crédit des générations suivantes. Or c’est malsain, parce qu’aucun plan de prospérité ne leur a été préparé et que la démographie est déclinante.

En réalité, c’est l’inverse de ce qui est espéré qui se passera : les nouvelles générations ne voudront pas servir de variable d’ajustement aux pensions de celles qui les ont précédées.

L’intensification de la mondialisation forcera les systèmes sociaux à converger vers des normes de compétitivité internationale.

Bien évidemment, la crise ne durera qu’un temps. Si l’économie chancelle sur des fondements ébranlés, l’équilibre cyclique des choses générera de nouvelles disciplines.

Mais, dans l’entretemps, le danger serait de banaliser l’attentisme.

La troisième voie

Or, en termes sociologiques, la Belgique manque, à tort, de confiance en elle car ses qualités sont robustes.

Elle a mal à son économie. Elle oscille entre l’attachement à des traditions industrielles disparues et des besoins de transformations radicales. Elle espère une alchimie providentielle et miraculeuse, mais cela ne correspond à aucun projet.

Pourtant, il faudrait peu de choses pour replacer le pays dans une posture économique offensive car ses atouts sont innombrables. A commencer par un message politique combattif destiné à affronter les réalités concurrentielles, tel que celui qui est donné par le Premier Ministre.

Entre le déni et l’accablement, il y a une troisième voie : celle de l’action disciplinée qui donnera confiance en un avenir pris en mains. Car si le pays n’a plus la masse critique, il dispose de grandes compétences.

Repenser notre modèle économique

Et s’il y a une démarche à envisager, c’est de procéder à l‘analyse des forces et faiblesses stratégiques de la Belgique, comme on le ferait pour une entreprise commerciale. Cela conduira immanquablement à poursuivre l’idée de transformer la Belgique en une zone d’attrait pour les investissements étrangers.

Mais on ne peut en même temps rembourser une dette publique gigantesque et baisser tous les impôts. Il faut aussi investir massivement dans l’éducation et dans la formation professionnelle. Cela s’inscrirait dans la typologie d’une économie de transit, tant géographique que logistique.

Car, finalement, la question sera de savoir si nous serons à la hauteur de nos chances. Nous devons, progressivement repenser notre modèle économique dans la dépendance des capitaux et des centres de décisions étrangers.

Cette évolution n’est pas, en soi, étonnante pour un petit pays à la géographie ouverte. Mais cela exigera de définir soigneusement les atouts concurrentiels que nous pouvons déployer. Cela réclamera de l’unité, de la persévérance et un projet. Cela requerra surtout de reconnaitre la nécessité de la prise rémunérée de risque, plutôt que de faire suffoquer l’économie sous une chape dogmatique de culpabilisation de l’entreprenariat. Le Belgique se mélange dans l’économie de marché. Il faudra donc en définir clairement le projet.

Dr. Bruno Colmant, Professeur à Vlerick Management School et à l'UCL

Docteur en économie appliquée, Bruno Colmant est un analyste du système financier et un homme de terrain. Il a été le patron de la bourse de Bruxelles et membre de la direction d'Ageas. Il a aussi tâté de la politique comme chef de cabinet de Didier Reynders.

Ce texte a été publié une première fois sur le blog de Bruno Colmant

 

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