L'Union Européenne doit-elle vraiment se punir elle-même ?

Guido Ravoet
Guido Ravoet - © Tous droits réservés

Il y a quelques jours, Attac décrivait ses interrogations vis-à-vis de la taxe sur les transactions financières proposée par la Commission. Aujourd’hui le Directeur général de la Fédération bancaire européenne, Guido Ravoet qui nous dit tout le mal que lui et les membres de son organisation pensent de ce projet.

La Fédération bancaire européenne considère que le projet de taxe sur les transactions financières, proposé par la Commission européenne, n’est certainement pas la solution à la crise que nous traversons. C’est même jeter de l’huile sur le feu dans les circonstances actuelles !

Pas le bon instrument

L’introduction d’une telle taxe ne peut se faire qu’au détriment de l’économie, alors qu’elle a avant tout besoin de relance. Tout d’abord, les entreprises seraient pénalisées en ayant recours à des actions et obligations pour leur financement  et les familles devraient payer pour pouvoir investir leurs économies dans des fonds d’investissements ou des fonds de pension. La Commission européenne elle-même estime l’impact à 2% sur le PIB, alors que la croissance plafonnera déjà à moins de 2% cette année et l’an prochain.

Le FMI lui-même a estimé dès 2010 que la mise en place d’une taxe sur les transactions financières se ferait non seulement au détriment des activités des marchés financiers, mais aussi des consommateurs, concluant que ce n’était donc pas le bon instrument pour amener le secteur financier à contribuer de façon « juste et substantielle » au retour à l’équilibre.

Ensuite, la taxe créerait une distorsion de concurrence entre secteurs et centres financiers entre l’Europe et le reste du monde : l’étude d’impact de la Commission estime que 90% des transactions en produits dérivés vont se délocaliser hors d’Europe. Et pire encore, si la taxe devait s’appliquer à la zone euro uniquement, dans un souci de protection de la place financière londonienne, la distorsion de concurrence s’appliquerait entre pays membres de l’Union Européenne. A cela s’ajoute le fait que les Etats membres ont le loisir de transposer la taxe avec des adaptations nationales, ouvrant ainsi la porte à des disparités et des distorsions au sein des marchés financiers européens eux-mêmes.

Tsunami réglementaire

Enfin, les institutions financières vont devoir mettre en place des infrastructures de mise en conformité pour pouvoir collecter cette taxe, infrastructures coûteuses et nombreuses, s’ajoutant à celles qu’elles doivent déjà mettre en place pour faire face au tsunami réglementaire de ces trois dernières années. Les coûts supplémentaires générés ne peuvent que rendre le secteur moins profitable et par conséquent détourner les investisseurs vers d’autres secteurs, à un moment où les banques font déjà face à des difficultés de financement.

On ne peut nier que le secteur financier est déjà fortement sollicité par les temps qui courent. Recapitalisation, liquidités, taxes déjà existantes, coûts d’adaptation et de mise en adéquation réglementaire, etc. Tous ces éléments mettent une pression indiscutable sur un secteur qui se remettait tout juste de la crise financière et qui doit faire face à une nouvelle crise, de la dette souveraine cette fois, face à des gouvernements qui n’arrivent pas à prendre leurs responsabilités en matière de gestion budgétaire. On n’aurait pu rêver pire conjoncture pour la création d’une nouvelle mesure fiscale, dont les avantages sont loin d’être prouvés et qui risque en fin de compte de générer plus d’inconvénients que d’avantages.

Clairement, les banques vont avoir de plus en plus de mal à remplir leur rôle de financier de l’économie européenne – dont elles financent 75% des ménages et des entreprises, contre 25% seulement aux Etats unis, par exemple  – face à une conjoncture devenue simplement répressive et une politique qui ne vise que le court terme.

Guido Ravoet, directeur général de la Fédération bancaire européenne

Juriste et économiste Guido Ravoet a commencé sa carrière dans secteur bancaire. Il s’est ensuite vers les organisations professionnelles comme l’Association belge de banques (aujourd’hui Febelfin), à la tête de laquelle il a œuvré pendant 10 ans. La Fédération bancaire européenne est en quelques sorte la porte-parole des banques installées en Europe. Ses membres sont les différentes fédérations bancaires nationales.


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