L'élargissement vers la Croatie : un succès de la diplomatie européenne

Liridon Lika
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A la veille de l'adhésion de la Croatie dans l'Union européenne, le politologue Liridon Lika, explique l'intérêt de l'Europe pour les Balkans occidentaux et des ces états pour l'Union.

Ce 1er juillet 2013, après six années de négociations avec l’Union européenne (UE) et de réformes laborieuses, la Croatie deviendra le 28ème État membre à part entière de la famille européenne. Après la Slovénie, membre depuis 2004, il s’agit du deuxième pays sortant de la dissolution violente de l’ex-Yougoslavie à rejoindre l’UE. Contrairement à son voisin slovène où les hostilités n’ont duré que quelques jours, la Croatie a connu plusieurs années de guerre et de destruction. Raison pour laquelle elle a été confrontée à une longue période de transition. Depuis son indépendance en 1991, tous les gouvernements croates ont engagé, un processus de consolidation de leur État. Ensuite ils ont consacré leur force à l’adhésion de leur pays à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), concrétisée en 2009, enfin ils ont travaillé à leur entrée dans l’UE. Mais quel intérêt l’Union a-t-elle à voir ces pays la rejoindre ?  

La politique d’élargissement de l’UE vers les Balkans occidentaux

Durant les années 1990, l’UE essaye de maintenir sous contrôle la situation en ex-Yougoslavie mais, suite aux divergences entre les États membres, elle ne parvient pas à stopper la guerre. Il a fallu l’implication des États-Unis sur ce territoire européen pour mettre fin aux hostilités en imposant les accords de Dayton en 1995 et en utilisant les forces de l’OTAN contre la Serbie en 1999. Cette incapacité d’action et de stabilisation de l’UE préoccupa les décideurs européens. C’est dans ce contexte que l’UE décide de promouvoir sa politique d’élargissement vers cette partie instable du continent européen. La perspective d’adhésion des pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédoine, Monténégro et Serbie) s’ouvre à partir du Conseil européen de Feira (2000) et sera confirmée par le Conseil européen de Thessalonique (2003). Dans le but d’européaniser et de transmettre l’acquis communautaire aux futurs adhérents balkaniques, l’UE encourage les citoyens et les élites politiques de ces pays à travailler pour la démocratie, l’État de droit, l’économie de marché viable, la lutte contre la corruption et notamment pour la stabilité ainsi que la réconciliation entre les ennemis de la région. Cette stratégie vise à préparer donc les États balkaniques à intégrer la famille européenne selon un processus méritocratique, c’est-à-dire au cas par cas à l’instar de la Croatie.

Le parcours laborieux de la Croatie vers l’UE

La Croatie, pays à majorité catholique, a une proximité historique avec l’Occident et les Croates ont le sentiment d’appartenir à la famille européenne. À la fin des années 1990, au sortir de la guerre Zagreb tente de renouer les liens qui l’unissent à l’Europe occidentale, considérée comme porteuse de prospérité et de paix. Le 21 février 2003 la Croatie dépose donc officiellement sa candidature d’adhésion et entame, deux ans plus tard, la phase de négociations avec l’UE. Toutefois, le chemin vers l’intégration européenne a été difficile et rempli d’obstacles majeurs. Outre les critères politique, économique et celui de l’acquis communautaire, connu sous le nom de critères de Copenhague, Zagreb a dû remplir des conditions exceptionnelles comme la pleine coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) qui demande la livraison des personnes suspectes de crimes de guerre. Cette condition est perçue par la majorité des Croates comme une humiliation étant donné que ces individus sont considérés comme des héros de guerre ; il faut par exemple attendre décembre 2005 pour que le général Ante Gotovina soit livré.

Un autre obstacle fût celui du contentieux des frontières terrestres et maritimes avec la Slovénie. Mais, un accord visant à mettre fin pacifiquement à ce différend via un arbitrage international, dont la décision sera contraignante, a été conclu entre les deux États. En juin 2011 se clôture avec succès le dernier des 35 chapitres de négociation avec l’UE et le 22 janvier 2012, le referendum d’adhésion recueille 66 % de votes positifs. La participation cependant est faible 43 % : l’adhésion a lieu dans un moment de crise économique tant pour l’UE que pour la Croatie. Contrairement aux deux derniers élargissements (2004 et 2007), l’adhésion de la Croatie n’a pas un impacte considérable pour l’UE : c’est un petit pays d’un peu plus de quatre millions d’habitants.

En devenant membre de la famille européenne, la Croatie laisse derrière elle un passé difficile et montre que l’UE constitue un acteur influent et stabilisateur, porteur de démocratie ainsi que de réconciliation régionale. L’élargissement vers la Croatie reconfirme la perspective européenne pour le reste des pays des Balkans occidentaux et dans cette optique Zagreb pourra probablement jouer un rôle de pont.

Quel avenir pour le reste des pays des Balkans occidentaux ?

Cet élargissement de l’UE vers la Croatie ne sera certainement pas le dernier puisque d’autres pays des Balkans occidentaux se préparent également à joindre la famille européenne dans les prochaines années. Bien qu’un nombre signifiant de citoyens européens soit sceptique à l’égard de l’élargissement de l’UE vers les autres pays de la région, l’exemple de la Croatie montre que les instances européennes sont prêtes à accueillir ces États balkaniques pour autant que ceux-ci remplissent les critères d’adhésion et les principes de conditionnalité. Dès lors, afin de préparer ces pays pour une future adhésion, malgré la crise économique actuelle, les autorités européennes investissent des sommes conséquentes via l'instrument d'aide de préadhésion (IAP). De plus, ces quatre dernières années, à travers le Cadre pour l’investissement dans les Balkans occidentaux (CIBO), les États balkaniques, y compris la Croatie, ont reçu un soutien financier de plus de 13 milliards d’euros pour la réalisation de différents projets visant à les rapprocher des standards européens.

Dans ce contexte, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie ont déjà obtenu le statut de pays candidat et espèrent ouvrir les négociations d’adhésion le plus rapidement possible. L’Albanie et la Bosnie-Herzégovine ont signé l’accord de stabilisation et d’association (ASA). Après l’accord du 19 avril 2013 entre les autorités kosovares et serbes sur la normalisation des relations entre les deux États, le Kosovo très prochainement commencera aussi le processus de l’intégration européenne. Pourtant certaines questions ne sont toujours pas définitivement résolues, c’est pourquoi il est important de mentionner que cet espace balkanique ne pourra certainement pas rester une enclave isolée menaçant la paix en Europe. L’intégration européenne de ces pays semble constituer la seule alternative plausible contre l’insécurité, les conflits territoriaux, le respect des droits des minorités et la lutte contre la pauvreté. C’est uniquement dans le cadre de l’intégration européenne que les frontières deviennent insignifiantes et que les peuples balkaniques peuvent se sentir très proches les uns des autres. Dès lors, non seulement l’adhésion de tous les États balkaniques complétera l’unité territoriale de l’UE mais renforcera également son rôle d’acteur international et constituera incontestablement un succès de sa politique étrangère.

Liridon Lika, assistant à ULG

Doctorant en Sciences politiques à l'ULG, Liridon Lika prépare une thèse sur " L’Union européenne face à la projection turque dans les Balkans occidentaux : défi ou opportunité ? ". Originaire du Kosovo, il s'intéresse à l'Europe centrale et orientale

 

 

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