Kosovo : la reconnaissance internationale après six années d'indépendance

Liridon Lika
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Six ans après la déclaration d’indépendance du Kosovo, où en est ce pays sur le plan international ? Plus de la moitié des pays membres de l’ONU l’ont reconnu ce qui, selon Liridon Lika, chercheur à l’ULG, montre que l’indépendance est un fait irréversible.

Le 17 février 2008, le Premier ministre Hashim Thaçi devant les députés du Parlement kosovar, réunis en session extraordinaire, proclamait l’indépendance du Kosovo et invitait tous les pays membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) à reconnaître ce nouvel État. Quelques heures après, le Kosovo est reconnu par les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Turquie, l’Albanie, l’Afghanistan et le Costa Rica. Une semaine plus tard, tout comme plusieurs autres États membres de l’Union européenne (UE), la Belgique décide également de reconnaître officiellement l’indépendance du Kosovo. Mais quel est le bilan de la reconnaissance internationale du Kosovo après six années d’indépendance ?

Reconnaissance légale, reconnaissance de fait

En six années d’indépendance, l’État kosovar a été reconnu officiellement par 106 sur les 193 États membres de l’ONU, à savoir par des pays issus de tous les continents de la planète. Les pays limitrophes à l’instar de l’Albanie, de la Macédoine et du Monténégro, à l’exception de la Serbie, l’ont déjà reconnu officiellement et entretiennent des bonnes relations avec le nouvel État. L’indépendance est également reconnue à l’heure actuelle par 23 des 28 États membres de l’UE. Des nouvelles reconnaissances ont constamment lieu, la dernière en date étant celle du Royaume du Lesotho.

Par ailleurs, le nombre de pays à travers le monde qui considère le Kosovo dans la pratique comme un État indépendant est beaucoup plus grand. Par exemple, près de 150 pays comme le Vietnam et l’Iraq, qui n’ont pas encore reconnu officiellement l’indépendance, reconnaissent de manière formelle ou informelle les passeports délivrés par les autorités kosovares. Il est donc important de souligner que plusieurs États du globe ne voient pas d’inconvénients à l’indépendance du Kosovo, bien qu’ils n’aient pas encore pris de décision officielle en faveur de celle-ci. Un tel constat a d’ailleurs pu être tiré lors de l’adhésion du Kosovo au sein du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) en 2009. De plus, suite à l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIJ) du 22 juillet 2010, confirmant la légalité de l’indépendance en rapport avec le droit international, le Kosovo a sans doute renforcé sa position sur la scène internationale. Il s’agit là d’un argument de plus en faveur de l’indépendance étant donné qu’il découle de l’organe judiciaire principal de l’ONU.

Une souveraineté limitée

Cependant, six ans après la déclaration d’indépendance, le Kosovo est toujours en quête de sa pleine souveraineté externe. Malgré le fait que le nouvel État a accumulé un nombre important de reconnaissance internationale, son adhésion à l’ONU reste encore remplie d’obstacles puisqu’elle dépendra essentiellement des positions de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité. Ces deux grandes puissances mondiales, qui disposent d’un droit de veto, s’opposent à son adhésion. Mais à l’heure actuelle c’est l’éventuelle reconnaissance officielle par les cinq États membres de l’UE à savoir Chypre, la Grèce, l’Espagne, la Roumanie et la Slovaquie qui suscite l’intérêt des autorités kosovares. La reconnaissance du Kosovo par l’ensemble des États membres de l’UE éliminera les obstacles dans le chemin de l’intégration européenne et déclenchera certainement une nouvelle vague de reconnaissance à travers la planète.

Certains pays européens, comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont clairement conditionné dernièrement l’avancement de Belgrade vers l’adhésion à l’UE par la normalisation des relations avec Prishtina. C’est notamment suite aux pressions européennes qu’un accord historique a été signé le 19 avril 2013 entre la République du Kosovo et la République de Serbie, constituant un grand pas en avant vers l’amélioration des rapports entre les deux États. Celui-ci garanti qu’aucun des deux pays ne pourra entraver le chemin de l’autre vers l’intégration européenne et a également permis l’ouverture des bureaux de liaisons respectifs à Belgrade et à Prishtina. Dans ce contexte, les décideurs politiques serbes préparent progressivement l’opinion publique afin de faciliter l’acceptation de la reconnaissance officielle du Kosovo par celle-ci au moment où la Serbie serait prête à adhérer à l’UE.

Les États qui, jusqu’à présent, ont reconnu officiellement le Kosovo continuent de soutenir celui-ci à adhérer dans les institutions et les organisations internationales. Ceux-ci sont optimistes et estiment que le Kosovo trouvera progressivement sa place en tant qu’acteur étatique souverain sur le plan international. D’ailleurs, même les habitants de la Serbie sont désormais conscients de la nouvelle réalité créée principalement depuis le 17 février 2008. Les résultats de différents instituts de sondages serbes durant l’année 2013 montraient que plus de 65 % des Serbes pensent que le Kosovo est un État indépendant. En se basant sur l’avis favorable de la CIJ et les reconnaissances officielles de plus en plus nombreuses qu’engrange le Kosovo il est évident que son indépendance est irréversible, c’est-à-dire qu’il n’y aura plus de retour en arrière.

Liridon Lika, assistant à ULG

Doctorant en Sciences politiques à l'ULG, Liridon Lika prépare une thèse sur " L’Union européenne face à la projection turque dans les Balkans occidentaux : défi ou opportunité ? ". Originaire du Kosovo, il s'intéresse tout naturellement à la région de l'Europe centrale et orientale.

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