Je ne suis pas catalane et pourtant je suis indignée

Je ne suis pas catalane et pourtant je suis indignée
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Je ne suis pas catalane et pourtant je suis indignée. Indignée par la politique d'oppression organisée par l'État espagnol, indignée par le traitement infligé à tout un peuple au travers des médias, indignée par l'absence de réaction des instances européennes.

Après une parodie de procès de plus de quatre mois, la Cour Suprême espagnole a condamné de la façon la plus dure six politiciens indépendantistes démocratiquement élus, deux militants, leaders des deux plus grandes associations culturelles catalanes ainsi que la Présidente du Parlement catalan. Ils ont tous passé deux ans en prison préventive pour des délits qui relèvent, selon l'État espagnol, de rébellion. Tous ces acteurs ont été jugés au cours d'un seul et même procès pour des crimes qui, s'ils en sont, n'ont pour ainsi dire rien en commun.

Tandis que les élus indépendantistes sont reconnus coupables de sédition pour la tenue d'un référendum ainsi que l'autoproclamation de la République de Catalogne les premier et 27 octobre 2017, la Présidente du Parlement catalan est aujourd'hui condamnée pour avoir, dans l'exercice de sa fonction, mené les débats au Parlement. Quant à Jordi Sànchez et Jordi Cuixart, respectivement Présidents d’Assemblea Nacional de Catalunya et d'Omnium Cultural, les voici condamnés à neuf ans de prison pour... Pour quoi? Pour avoir assumé leur rôle de médiateur entre la foule et les représentants de l'ordre lors de la manifestation du 20 septembre 2017. Pour être montés sur le toit d'une voiture de la Guardia Civil afin de demander aux manifestants de mener la contestation pacifiquement. Les preuves sont faibles et l'animosité est grande.

Ce procès et cette sentence sont une honte, ces preuves glanées au petit bonheur ne peuvent être soutenues devant un tribunal démocratique. S'il s'agissait d'arrestations en pleine légalité, les différents Tribunaux européens interpellés pour rapatrier les exilés auraient sans doute agit de concert avec leurs homologues espagnols.

Je suis indignée lorsque je vois dans la presse européenne le traitement des événements qui secouent la Catalogne depuis près d'une semaine

Je suis également très inquiète quand j'observe que les arrestations continuent. Les forces de l'ordre ont interpellé et incarcéré, il y a trois semaines, neuf membres du Comité de Défense de la République (CDR). Ces militants ont été arrêtés chez eux, la nuit et transféré à Madrid dans la foulée. Sept d’entre eux sont aujourd'hui enfermés en détention préventive pour faits de terrorisme, comme neuf autres avant eux.

Je suis indignée lorsque je vois dans la presse européenne le traitement des événements qui secouent la Catalogne depuis près d'une semaine. Depuis presqu'une décennie, les indépendantistes catalans défilent dans les rues du pays par centaines de milliers pour revendiquer leur droit à l'autodétermination. Ils additionnent les chaines humaines, les défilés pacifistes, brandissent des pancartes et entonnent des chants. Aujourd'hui, ce même peuple est exaspéré, blessé, en colère. Aujourd'hui, ils ont vécu l'humiliation ultime au travers de la sentence de ce 14 octobre. Alors que plus d'un demi million de personnes s'est rendu à Barcelone dans le calme pour démontrer son écoeurement face à la dureté des peines de prison, la presse européenne fait passer en boucle des images de la "guerilla urbaine" qui met la capitale catalane à feu et à sang. 

Le violence ne vient peut-être pas d’où on l’imagine

Vendredi soir, je me suis rendue dans les vastes rues de l'Eixample à la nuit tombée. La violence ne vient peut-être pas d’où on l’imagine. Oui, des groupes encagoulés montent des barricades, oui, ils incendient des containers. La jeunesse catalane en a par-dessus la tête d'être ignorée. Quand les rues sont en feu, enfin on daigne parler dans les médias de la foi qui les anime. Une foi en une République plus juste, une République qui tiendrait compte de leurs ambitions d’égalité et de dignité. Pendant que le plastique brûle, les forces de police, tant les Mossos d'Esquadra que la Guardia Civil venue en renfort, se défoulent furieusement. Ils tirent dans la foule des balles de caoutchouc, font en fourgonnette des carrousels à pleine vitesse, lance des gaz lacrymogènes et matraquent avec passion tous ceux et celles qu'ils trouvent en travers de leur route. Manifestants, journalistes ou simples passants. Sous le couvert de la nuit, ce sont eux qui se déchaînent avec violence.

Enfin, l'Europe. Que faut-il dire de cette dernière lorsque nos élus préfèrent regarder ailleurs? La vérité est qu'il est plus facile de ne pas intervenir que de s'opposer à un de ses premiers membres. Et surtout, le droit à l'autodétermination inquiète. Il vaut probablement mieux fermer les yeux.

Je ne suis pas catalane, je suis belge et je vis à Barcelone depuis quelques mois seulement. Je ne suis ni journaliste, ni juriste, ni politologue mais je veux exprimer mon exaspération et mon dégoût face au traitement injuste de ce que les médias appellent la crise catalane. On assiste aujourd'hui non pas à une crise catalane mais bien à la faillite de l'État espagnol en tant qu'État démocratique européen.


Laure Michel est professeure de français et travaillait jusqu'en juin dernier à Bruxelles. Elle s'est installée à Barcelone pour suivre son compagnon et est en recherche d'emploi. Elle parle couramment le catalan et illustre l'actualité sur son compte Instagram.

 

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