Je ferai grève et pourtant je ne travaille pas: je suis étudiant

Pouvons-nous accepter que de plus en plus d’entre nous soient ainsi exclus du système social que nous avons si durement gagné ? Pouvons-nous comprendre que pour le profit de quelques-uns l’on choisisse de plonger de plus en plus d’entre nous dans la précarité ? De quelle civilisation parlons-nous quand on conditionne et qu’on limite l’accès aux soins pour ceux qui en ont besoin : comme tant de mes amis qui préfèrent se soigner que se ruiner, quand apprendre devient un luxe pour nantis, quand on doit regarder nos parents rejoindre ces pensionnés précaires, un sur cinq, quand se loger ou se nourrir devient une lutte de tous les jours ?

Le droit à une vie décente, le droit à la vie tout court : voilà ce qui aujourd’hui est menacé, conditionné par nos gouvernement au fédéral comme au régional. Augmentation du prix du minerval, du tarif des médecins spécialistes, du prix des transports, gel de l’index, coupes dans les budgets d’aides sociales pour l’enseignement, durcissement des règles d’accès au chômage et à la pension… Autant de mesures qui traduisent une seule et même politique : la marche vers une société plus inégalitaire, plus injuste et plus sécuritaire.

Plus sécuritaire également car il s’agit bien de nous l’imposer : fichage de la population à travers la biométrisation de nos cartes d’identité, surveillance des leaders de contestations, imposition d’un service minimum pour briser les mouvements de grève, autorisation pour l’armée d’intervenir dans les manifestations civiles, plus grande protection de la police contre les plaintes faites à son encontre : quelle démocratie a-t-elle donc si peur de sa population qu’elle la considère comme un ennemi potentiel ?

Est-ce vivre dans un monde moderne que d’avoir à subir de telles pressions, de telles humiliations ? Pour ma part je pense que non. J’estime qu’une société où le droit privé supplante le bien de tous ne me permet pas de vivre ma condition d’Homme. Ni moi, ni tous ceux : hommes et femmes qui feront grève dans les prochains jours.

C’est pourquoi je serai en tant qu’étudiant sur les piquets. Pour témoigner de ma solidarité d’une part, car aucun d’entre nous ne devrait se sentir seul dans sa résistance ; pour défendre une société différente d’autre part, peut-être pas la société idéale mais un monde qui au moins reconnaît la vie décente, la liberté et l’égalité comme ses valeurs centrales. Un monde où la charte des droits de l’Homme n’est pas un simple bout de papier, où le droit à la richesse d’une poignée ne commande pas la vie de tous les autres : notre vie.

Il existe une alternative, un projet où nous avons tous un rôle à jouer, une place à prendre. Hommes, femmes, jeunes, sans-papiers, pensionnés, travailleurs, artistes, étudiants : nous avons aujourd’hui dans cette grève l’occasion de tous nous unir pour construire la société dans laquelle nous et les générations futures auront à vivre. Pas la leur, pas celle où j’ai à consoler un ami parce qu’il doit choisir entre étudier et aider à nourrir sa famille.

Je considère que c’est ma responsabilité en tant qu’étudiant de participer à cette résistance sociale. Nous étudiants, avons toujours eu un rôle clé dans les combats qui ont précédés : que ce soit en 1960, en 1968, en 1990, chaque victoire que nous avons arrachée, de la fin du travail des enfants à la création de la sécurité sociale, l’a été par la grève et l’aide du monde étudiant y a toujours été essentielle: c’est dans cette optique que je soutiendrai et me joindrai au mouvement de grève syndical des prochaines semaines ; et que j’invite chacun d’entre nous, étudiants, à en faire de même.

Jerry Systermans, délégué étudiant et responsable à Comac

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