Internet et les réseaux : l'indispensable éducation

Christophe Butstraen
Christophe Butstraen - © Tous droits réservés

Nous ne sommes pas prêts à affronter la révolution actuelle. Et surtout trop peu de personnes sont là pour montrer la voie aux enfants et aux adolescents qui usent et abusent d’internet et des réseaux sociaux. Tel est le message de Christophe Butstraen, ancien professeur spécialisé en ces matières.

En un peu plus d’une décennie, Internet et les réseaux sociaux se sont d’abord invités, ensuite imposés, dans la plupart des foyers. Cette extraordinaire et magnifique révolution technologique, sociale, culturelle et pédagogique a apporté avec elle son lot de questions, de doutes, et de fantasmes de tous ordres.

En somme, les mêmes questions, les mêmes doutes et les mêmes fantasmes que lors de l’apparition de l’imprimerie, de la radio ou encore de la télévision. Rappelons-nous qu’avec l’aide du temps, les générations qui nous ont précédés ont intégré ces technologies et qu’aujourd’hui, nous y prêtons à peine attention tant elles font partie intégrante de nos vies.

L’heure de gloire

Si le rapport des jeunes avec Internet et les nouvelles pratiques qu’il induit sont à l’origine de tant de questionnements, c’est parce que pour la première fois dans l’histoire des moyens de communication de masse, on a mis à leur disposition un média interactif. En effet, l’internaute n’est plus seulement un “consommateur” de contenus imaginés et produits par d’autres. Il peut lui aussi poster un contenu dont il est l’auteur et le rendre accessible au monde entier. C’est ainsi que chaque être humain, pour peu qu’il soit équipé d’un Smartphone et d’un accès internet (c’est le cas de 77% des 12-15 ans en Wallonie) dispose d’une “force de frappe” quasi-identique à celle que possédaient les grands patrons de presse il y seulement vingt ans.

En effet, une photo prise avec un téléphone portable, un tweet écrit sur le coup de l’émotion ou une vidéo " volée " peuvent se retrouver en quelques clics sur Facebook ou n’importe quel autre réseau social. Pour peu que les images ou les propos ainsi publiés soient dignes d’un intérêt même minime, il ne leur faudra que quelques heures pour parcourir le monde, faire le “buzz” et offrir à son auteur son “quart d’heure de gloire” comme le prédisait Andy Warhol. Tous paparazzi, tous rédacteurs en chef, avec pour seul matériel un téléphone portable de 150 grammes !

Le nécessaire code de la route

Personne ne nous avait préparés à un tel bouleversement. Nos enfants encore moins.

Si le rôle de l’école est de former des citoyens responsables et de les préparer à la société de demain, force est de constater que dans le domaine d’Internet et des technologies de l’information et de la communication, personne n’a vu venir l’ampleur de la révolution qui nous interpelle aujourd’hui. Pas question de jeter la pierre à quiconque… Qui aurait pu prévoir une évolution aussi rapide, une mutation aussi profonde ?

En quelques années, les industriels ont offert au monde des ordinateurs et autres Smartphones, véritables Formule 1 de la communication. Les opérateurs de réseaux, eux, nous ont fourni les routes, chemins d’accès et autoroutes de l’information… Mais qui a pensé au permis de conduire ? Qui a pensé à accompagner nos enfants lors de leurs premiers pas sur la toile ? Qui leur a appris à traverser “dans les clous” ? Qui leur a appris le prix de la liberté d’expression ? Qui leur a parlé du droit d’auteur, du respect de la vie privée… ?

Les parents ? Pas toujours ! Souvent dépassés par la maîtrise dont fait preuve leur enfant, parfois admiratifs devant des compétences qu’eux-mêmes ne possèdent pas, ou tout simplement indifférents à cet outil et aux possibilités qu’il offre, ils n’imaginent pas que la vie “virtuelle” peut avoir des conséquences dans la vie “réelle”.

L’école, savoir-faire et savoir-être

L’école ? Pas assez ! Ou en tous cas pas suffisamment dans le bon créneau. Le seul domaine dans lequel, jusqu’ici, l’école a investi massivement est celui du savoir-faire. Quand ils font partie des cours généraux, les cours d’informatique s’appliquent à enseigner les bases de logiciels que les adolescents utilisent peu ou pas : Word, Excel, PowerPoint… Mais quoi d’autre ?

  • Quid des cours de “savoir-être” ?
  • Comment trier l’information ?
  • Comment déceler “le bon grain de l’ivraie” dans les milliers de références proposées par les moteurs de recherche ?
  • Comment respecter les droits d’auteurs et, de manière plus générale, la législation en vigueur ? (les jeunes savent-ils qu’une législation existe en la matière ?)
  • Comment gérer sa cyber-réputation ?
  • Comment adopter les bons comportements et la pudeur nécessaire sur cet espace qui cherche, avec notre complicité tacite, à en savoir de plus en plus sur nous et nos comportements ?

Autant de défis pour l’école… d’aujourd’hui !

S’adapter vite

Internet est là et les réseaux sociaux grignotent chaque jour un peu plus notre vie privée. Tout retour en arrière est illusoire. Tous les établissements scolaires sont désormais quasi-quotidiennement confrontés à des problématiques inédites liées à l’utilisation des nouvelles technologies, à la fois dans les classes, mais également dans les cours de récréation. Du directeur d’établissement aux professeurs, en passant par les préfets et les éducateurs, toutes les équipes éducatives cherchent, souvent décontenancées et isolées, des réponses adaptées à apporter aux nouveaux comportements de leurs élèves. Disposent-ils de solutions adéquates ? Sont-elles suffisantes ? Quelle est leur réactivité face à l’inventivité de jeunes qui, en raison de leur âge, cherchent sans cesse à repousser les limites imposées par les adultes ?

Nous sommes aujourd’hui à un tournant de société. Confrontée à cette nouvelle réalité, l’école, qui dispense savoir, savoir-faire et savoir-être, n’a d’autre choix que de s’ajuster. Il devient fondamental que l’enseignement et les enseignants s’adaptent aux nouvelles pratiques que leurs cyber-élèves apportent jusque dans les établissements scolaires. Et vite ! C’est aujourd’hui pour l’école une question de crédibilité et, peut-être, à plus long terme, une question de survie.

Christophe Butstraen, auteur d’ " Internet, mes parents, mes profs et moi – apprendre à surfer responsable " (De Boeck 2012)

Ancien professeur dans le secondaire, Christophe Butstraen est depuis 2005 médiateur scolaire. Il s’est spécialisé ces dernières années dans les problématiques liées à la mauvaise utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication en milieu scolaire.

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK