Inscriptions en secondaire et redoublement massif: un appel au bon sens

Inscriptions en secondaire et redoublement massif: un appel au bon sens
Inscriptions en secondaire et redoublement massif: un appel au bon sens - © Tous droits réservés

Les inscriptions massives en secondaire sont probablement provoquées (au moins en partie) par le taux gigantesque d’enfants qui ont redoublé en 2017 leur 6e année primaire.

L’année passée, le taux d’échecs à cette épreuve était de 15%, un taux cinq fois supérieur à celui de la meilleure année du CEB, où il n’était que de 3%. 

Sur une cohorte d’environ 44.000 élèves, cela se traduit en milliers d’enfants qui restent sur le carreau, soit 1320 les années où le CEB est plus facile, contre 6600 l’année dernière !

Rappelons que notre enseignement doit être un enseignement "inclusif" de toutes les différences, puisque nous avons ratifié des conventions internationales et que, agir ainsi, c'est dévoyer l’enseignement inclusif.

L’année passée, il n’a pas été possible de mettre tous ces enfants en "section différenciée", les écoles ne souhaitant d’ailleurs pas ouvrir cette section où sont concentrés des élèves "en difficulté". Heureusement d’ailleurs, car il s’agit quasi toujours d’une "antichambre pour le professionnel". 

Un nombre d’élèves gigantesque (environ 6000) ont bissé leur 6e primaire et arriveront cette année en secondaire où la ministre Marie-Martine Schyns (cdH, ndlr) n’a rien prévu comme places scolaires pour les accueillir, le nombre de places n’ayant pas augmenté en secondaire et aucune école supplémentaire n’ayant été créée (Imaginez maintenant un instant ce qui arriverait si un "CEB Vérité" avec une moitié d’élèves "qui n’ont pas le niveau" (oui, mais lequel ?) en échec, proposé par Françoise Bertieaux (MR, ndlr), voyait le jour !).

Le CEB, un test hasardeux, une épreuve très injuste

Ce ne sont évidemment pas nos enfants qui sont devenus moins performants en seulement quelques années (avec des résultats qui présentent chaque année une grande variabilité par rapport aux autres années – parfois meilleurs, parfois moins bons), ni les enseignants qui seraient moins à la hauteur, mais bien le test du CEB qui pose évidemment problème.

Il s’agit d’un test hasardeux qui conditionne le passage en secondaire en l’ouvrant plus certaines années que d’autres, sans que l’on puisse savoir pourquoi et donc une épreuve très injuste.

Le Pacte d’Excellence envisage par ailleurs de supprimer le CEB (mais ne dit évidemment pas quand).   

Notre association – l'association de parents contre l’échec et l’abandon scolaires – avait, en juillet 2017, proposé au nouvel inspecteur Gérard Legrand, deux techniques de transformation des notes. À notre surprise, celui-ci nous a dit ne pas voir de problème à réaliser une épreuve où il y a tant d’échecs.

Au Québec et en France, pour que les épreuves certificatives ne soient pas plus discriminantes d’une année à l’autre, les notes sont modulées les années où les questions sont plus difficiles.

Mais pour l'inspecteur, le politique lui demande de rédiger des questions d’une épreuve ; personne ne lui demande d’ajuster les notes pour ne pas avoir de trop grandes disparités, il n’a pas été formé en statistiques et ce qu’on lui a montré à propos du fonctionnement des autres pays concernant l’ajustement des notes suppose beaucoup trop de travail pour envisager de le réaliser...

Vers un véritable tronc commun jusque 16 ans ?

Quand nous poserons-nous enfin les bonnes questions concernant ces évaluations externes qui mettent massivement en échec pour trier nos enfants et écarter les plus faibles ? 

À quoi servent ces évaluations (l’enseignement différencié est très violent et ne sert pas les élèves qui, massivement, iront en professionnel comme le décrit le livre blanc du SEGEC) ? 

Espérons que, cette année, le taux d’échecs de cette épreuve externe, élaborée par l’inspection et supervisée par la commission de pilotage, soit un taux minimal pour que l’année prochaine nous ne soyons plus confrontés à cette arrivée massive d’élèves qui désirent simplement se retrouver en secondaire. 

Espérons que l’année prochaine, cette épreuve qui n’a aucun sens n’existera plus et que nous pourrons enfin espérer aller vers un véritable tronc commun jusque 16 ans.   

Espérons que le bon sens revienne à nos décideurs et que le futur CTC (certificat du tronc commun) à l’issue du tronc commun ne soit pas du même acabit que le CE1D, dont on parle beaucoup moins, mais qui a pourtant un taux d’échecs hallucinant et totalement indécent (environ 50% en math, 50% en sciences, 50 % en 2e langue, environ 65% en français – alors qu'il faut réussir toutes les épreuves pour rester en général !). 

Espérons enfin que, nous parents, puissions poser les questions essentielles pour interpeller le politique concernant l’avenir de nos enfants et leur intégration dans la société. 

En espérant que vous poserez les bonnes questions, pour que, correctement informé des enjeux, les parents puissent débattre des questions de l’enseignement prodigué à leurs enfants.

Enfin, nous souhaitons que comme stipulé dans la charte des citoyens européens : "Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale".

 

Corinne De Cuyper est présidente de l’association de parents contre l’échec scolaire et l’abandon scolaire

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