Glyphosate: redonnons la parole aux agriculteurs

Charles De Smet est "Senior consultant en management et conduite du changement" et proche du milieu agricole.
Charles De Smet est "Senior consultant en management et conduite du changement" et proche du milieu agricole. - © Tous droits réservés

La polémique autour du glyphosate n’a pas fini de faire couler de l’encre. Une action en justice a été intentée par des groupes agricoles et Monsanto. L’objectif est d’enlever la mention dans la "Proposition 65" du glyphosate. La Chambre de commerce et plusieurs procureurs généraux d’Etat soutiennent cette action car seul un organisme, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a déclaré la substance "cancérogène probable".

Le point de vue des travailleurs et agriculteurs est facilement compréhensible. Gordon Stoner, le président de la National Association of Wheat Growers (Association Nationale des cultivateurs de blé, NAWG) estime que "les exigences de la proposition 65 californienne causeront un préjudice irréparable à l’économie agricole, ce qui aura un impact sur les agriculteurs américains et les consommateurs du monde entier".

Les agriculteurs risquent en effet, un à un, de mettre la clé sous la porte. Il n’existe pas d’alternative aussi efficace et peu coûteuse à l’heure actuelle. Depuis des années, les agriculteurs sont sous pression : difficile pour eux de joindre les deux bouts. Cette filière est déjà soumise aux aléas naturels mais aussi aux contraintes légales et réglementaires changeantes. L'interdiction de ce produit, très utile pour le labour des champs, entraînerait d’importantes pertes. De nombreuses mobilisations ont eu lieu en France dont la filière est en peine.

Des arguments "scientifiques" à l’appui ?

L’action des agriculteurs américains de s’opposer à la "Prop 65" est soutenue par la Chambre de Commerce et des procureurs généraux. L’inscription sur la "Prop 65" n’est pas anodine. Dès lors qu’une substance figure sur cette liste, elle doit être clairement identifiable. Il faut un "avertissement clair et raisonnable" que la substance figure dans ce produit, donc ce sont des contraintes supplémentaires.

Tout ceci est lié à un argument. Il aura fallu une étude pour qu’un emballement médiatique surgisse. Pourtant, seul le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé la substance comme "cancérogène probable" pour l’homme. Mais Reuters avait révélé que l’étude du CIRC avait été falsifiée afin que la conclusion du rapport conduise à la classification "cancérogène probable" quand bien même les scientifiques concluaient en sens inverse.

Ainsi, les organismes californiens, et même européens, si on extrapole à la situation actuelle en Europe, se fondent sur une étude erronée ? Qui plus est, le CIRC avait à une époque classé le thé et le chocolat comme "cancérogène probable".

Des agences ont déjà estimé que cette substance n’était pas susceptible d’être cancérogène. C’est le cas de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ou encore l’Institut fédéral (allemand) d’évaluation des risques (BfR).

En novembre, les Etats membres de l’UE ont voté en faveur d’une nouvelle autorisation pour cinq ans du glyphosate. Emmanuel Macron, avec un excès de zèle et d’assurance a aussitôt annoncé que la France pourrait interdire la molécule dans trois ans. Ce qui raccourcit encore le délai du point de vue des agriculteurs.

Quelles alternatives pour les agriculteurs ? Quid de son remplacement ? Comment maintenir et assurer la production agricole de l’UE ?

Pour l’heure l’acide pélargonique, heureux élu, ne remplit pas les critères pour remplacer le produit : plus cher et dont l'innocuité n’est pas avérée. Le glyphosate n’a pas finit de faire couler de l’encre.

Charles De Smet est "Senior consultant en management et conduite du changement" et proche du milieu agricole.

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