"Gaza: une vision dangereuse et réductrice du conflit"

"Gaza: une vision dangereuse et réductrice du conflit"
"Gaza: une vision dangereuse et réductrice du conflit" - © Tous droits réservés

Les signataires réagissent aux appels au boycott d'Israël. Ils font remarquer que cette mesure n'est demandée pour aucun autre conflit. Et mettent en garde.

Deux pétitions récentes de médecins, flamands d’une part, francophones d’autre part, appellent au boycott d’Israël. Faut-il rappeler que cette mesure exceptionnelle n'est actuellement appliquée dans aucun autre conflit en cours? Est-il nécessaire, aussi, de faire remarquer que cette mesure hautement stigmatisante ne manquera pas de ramener tous les Européens à de très sinistres souvenirs? D'autant plus que pendant ce temps on a entendu crier "mort aux Juifs" à Bruxelles et à Paris. Sous couvert de solidarité avec les Palestiniens, la parole antisémite s'est aussi libérée dans nos rues.

L’extrême complexité de la situation moyen-orientale s’accommode hélas trop facilement des idées les plus simplistes. Cette vision manichéenne n'est pas seulement fausse, elle est aussi dangereuse. Elle prête en effet trop aisément à toutes les complaisances et à la justification, souvent implicite parfois explicite, des plus graves dérapages.

Tout dans l’histoire du conflit constitue pourtant un démenti flagrant de ce simplisme réducteur. Il ne s’agit pas d’une lutte entre le Bien et le Mal, mais d’une confrontation permanente entre deux aspirations à la paix et à la justice, celle des Israéliens et celle des Palestiniens, représentés par l’Autorité palestinienne à Ramallah et non par le Hamas. Il est urgent, plutôt que de jeter des anathèmes, de tout faire pour aider les deux parties à retrouver la voie du dialogue afin d'éviter le pire.

Car, soyons sérieux, on ne peut sérieusement se présenter comme des défenseurs de la paix et de la justice si, dans un texte qui appelle à mettre fin à la violence à Gaza, on omet de mentionner la responsabilité évidente du Hamas dans cette violence. Comme l'affirmait récemment Mosab Hassan Yussef, fils "repenti" de l'un des fondateurs du Hamas, Le combat contre le Hamas est un combat pour l'humanité. Le Hamas n'a pas d'agenda national: il se nourrit de la situation de Gaza. Son idéologie est purement destructrice.

Récemment (dans Libération, 21-7-2014), Dominique Sopo, président de SOS Racisme en France, écrivait fort justement que " les Palestiniens, victimes de la géopolitique des pays arabes pendant plusieurs décennies, le sont aujourd’hui tout autant de ceux chez lesquels ils n’existent qu’en tant que catégories sémantiques dont la seule utilité semble résider dans la légitimation de la détestation de la catégorie du juif ".

Il y a dans le monde quelque 60 conflits et guerres en tous genres, parmi lesquels plusieurs font infiniment plus de victimes civiles que celle de Gaza (voir les 160 000 morts en Syrie), mais celle qui se joue entre Israël et le Hamas est rigoureusement la seule où les médias montrent quotidiennement des enfants en train de mourir et des parents en pleurs, la seule où l’on donne à voir la mort comme quelque chose de concret.

Il ne s'agit en aucun cas de prétendre, comme on l'entend parfois, que les souffrances subies par les uns dans un assourdissant silence médiatique devraient justifier que l'on ne parle pas des souffrances des autres. Mais comment ne pas songer aussi aux conséquences graves d'une telle médiatisation sélective chez nous. Comme le cas récent de cette femme juive nonagénaire, qu’un médecin anversois a refusé de voir en urgence chez elle, disant à son fils de la faire aller à Gaza, ou encore celui de cette infirmière licenciée par un hôpital flamand pour avoir clamé haut et fort qu’Hitler avait raison et qu’il fallait tuer tous les Juifs.

Pour le Collectif Dialogue & Partage

Sara Brajbart-Zajtman et Maurice Einhorn, co-présidents. Avec Hubert Benkoski, Benboit Bourgine, André Brombart, Marcelo Casteleyn, Yves Caelen, Ouzia Chait, Roger De Lathouwer, Régine Finkelsztein, Francis Grunchard, Alain Jesuran, Louis Kanarek, Anne Kornreich, Sylvie Lausberg, Serge Pahaut, Patrick Poty, Yvette Rauwers, Mary Robers, Elie Vulfs, Marc Weisser, Guy Wolf, Jacky Zajtman

Les signataires de ce texte font partie du Collectif Dialogue & Partage, un groupe de citoyens, tant juifs que non-juifs, oeuvrant pour une paix entre Palestiniens et Israéliens, avec la restitution de tous les territoires occupés notamment. Cette position pacifiste ne les empêche pas de ressentir comme intolérable le déchainement de haine antijuive qui s'exprime aujourd’hui au nom de la solidarité avec la Palestine.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK