Europe-Amérique Unlimited

Pieter Timmermans
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Au moment où des chefs d'entreprises belges sont en mission économique aux Etats-Unis, Pieter Timmermans, l'administrateur délégué de la FEB, analyse les rapports entre l'Europe et singulièrement la Belgique et les USA. Il en profite pour redire les objectifs essentiels de son organisation en matière de marché et de coût du travail.

En route pour The Walt Disney Company à Burbank, Los Angeles, j’ai repensé à ce que me disait l’an dernier un entrepreneur flamand détenant une filiale américaine : “Le ‘100% made in America’ se vend toujours mieux que les connaissances ou la technologie importées d’Europe.” Ce n’est pas parce que les deux plus grandes puissances économiques mondiales cherchent à se rapprocher pour créer la principale zone de libre-échange du monde que les négociations couleront de source. Si la distance culturelle entre l’Europe et l’Amérique ne semble pas infranchissable, il est bien plus malaisé de rationaliser l’économie de marché. En effet, les intérêts de l’Union européenne et des Etats-Unis divergent encore beaucoup entre autres en matière d’agriculture, d’aéronautique, de transport maritime, d’OGM et d’approvisionnement énergétique.

Bénéfices pour tous

Nos économies auraient pourtant beaucoup à gagner d’une harmonisation et d’une reconnaissance mutuelle de leurs normes et procédures, d’une intensification du commerce des services et de l’ouverture de l’accès aux marchés publics. Ce serait en tout cas un sérieux coup de pouce pour l’économie européenne. Une sorte de ‘plan de relance’ à moindre coût pour les pays de l’Union européenne. Un ambitieux accord de libre-échange offrirait aux deux grandes puissances un moyen de sortir de la crise du système commercial multilatéral, tout en stimulant la croissance et la création d’emploi.

Ce serait également tout bénéfice pour la Belgique qui, à cause de ses problèmes de coûts salariaux, d’énergie et de matières premières trop onéreuses, a reculé d’une place dans le classement des économies les plus compétitives établi par le célèbre institut IMD (26ème place). J’espère logiquement que ces négociations entre les autorités européennes et américaines ouvriront de nouvelles perspectives de croissance à notre pays qui en a tellement besoin.

La mission commerciale aux USA vient au bon moment 

Dans cette perspective, la mission économique conduite par le Prince Philippe, qui parcourt en ce moment la Californie et la Silicon Valley, vient au bon moment. D’abord parce que les ambitieuses réformes budgétaires et structurelles pour plus de croissance et donc plus d’emploi remettent en marche la machine économique américaine. Les analystes tablent sur une croissance de 2,5%, voire 3% pour 2013. S’il est vrai qu’il faut être prudent quant à l’hypothèse que cette relance économique persiste, il appartient à nos entrepreneurs de tirer le meilleur parti de la confiance retrouvée du monde des affaires américain. Notre leitmotiv doit être 'be international’ car nos marchés étrangers sont bien plus vastes que notre marché national. Les marchés en croissance où nous pouvons nous aussi engranger l’un ou l’autre bénéfice se situent malheureusement hors d’Europe.

Les investissements américains sont en recul

Par ailleurs, la mission princière est l’occasion idéale de convaincre nos alliés économiques que notre pays met aussi tout en œuvre pour réanimer la croissance économique. Ce n’est pas sans importance pour rester attractif pour les entreprises américaines établies chez nous ou qui sont à la recherche d’opportunités d’investissement. En effet, nous avons perdu des plumes dans ce domaine ces dernières années (voir tableau).

 

Les derniers chiffres d’AmCham Belgium (la chambre de commerce américaine) révèlent que les 50 premières entreprises américaines établies en Belgique ont occupé 2,3% de gens en moins en 2011 qu’en 2010, mais qu’elles paient toujours 1,7 milliard d’euros de taxes et de cotisations de sécurité sociale à l’Etat belge. Ce montant est nettement plus élevé si l’on extrapole les chiffres aux  900 entreprises américaines établies en Belgique. Elles prennent ensemble à leur compte 3,5% de l’emploi privé et plus de 20% des investissements privés en R&D. Ils ont dès lors droit à la parole lorsqu’elles craignent que les autorités belges entreprennent trop peu pour attirer les investissements américains et que nous nous laissons damer le pion par des pays comme les Pays-Bas. Les causes citées par les investisseurs sont connues : nos coûts du travail trop élevés et le climat d’entreprise incertain, ainsi que d’autres classiques comme le dysfonctionnement du marché du travail. C’est précisément sur ces clous-là que la FEB ne cesse de frapper.

Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB

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