Et l'Europe dans tout ça ?

Europe et faiblesse de la reprise

L’Europe ou plus exactement la zone Euro se trouve au cœur de la campagne présidentielle américaine. En effet, la crise européenne qui voit un pays du sud après l’autre faire face à un niveau d’endettement intenable, une contraction de leur économie, des taux d’intérêts croissants et un taux de chômage dramatique préoccupe fortement l’occupant actuel de la Maison Blanche. Dès sa prise de fonction en janvier 2009, Obama, confronté à la gravité de la crise économique, enclenche une politique keynésienne de relance par l’investissement public avec l'American Recovery and Reinvestment Act qui a injecté près de 800 milliards de dollars d’argent public dans l’économie américaine. Malgré ses demandes répétées auprès de ses collègues européens pour qu’ils fassent de même, les gouvernements européens sont restés campés sur une politique d’austérité dont les effets dévastateurs se ressentent de plus en plus durement en Grèce et en Espagne notamment. La crise languissante de la zone euro, perçue par l’administration américaine comme une véritable crise existentielle pour la monnaie unique, affaibli la puissance économique de l’Europe et a un impact négatif important sur la fragile reprise américaine. Ainsi, malgré les efforts de l’administration Obama dont le plan de relance a créé directement et indirectement près de 2,5 millions d’emplois, le taux de chômage aux États-Unis reste supérieur à 8%. Certes, la situation économique s’améliore mais la lenteur de la reprise complique la réélection d’Obama. Si le président sortant est aujourd’hui le favori des sondages, c’est parce que malgré la situation économique difficile les électeurs ne sont pas convaincus par la candidature du républicain Mitt Romney et considèrent qu’Obama a hérité des conséquences désastreuses des politiques économiques de son prédécesseur.

Deux analyses opposées

Lors d’un discours au G20 en juin de cette année, Obama a souligné l’interdépendance économique entre les deux continents déclarant que la prospérité européenne était essentielle pour la croissance américaine. Mais l’incapacité des Européens à prendre les mesures nécessaires pour endiguer la crise, leurs tâtonnements dans la recherche d’une solution durable et leur théologie de la rigueur exaspèrent une administration dont l’avenir dépend en grande partie d’une reprise économique handicapée par l’absence de leadership en Europe. L’adversaire d’Obama est lui ouvertement critique tant des décisions européennes de soutenir les économies fragiles de la zone Euro que du modèle social qui creuse les dettes des états européens. Romney, plutôt francophile à titre personnel, n’a pas hésité à faire appel au fond anti-Européen d’une partie de la base républicaine au cours du printemps, associant les politiques d’Obama à la situation grecque. Les deux candidats sont donc frustrés par la situation européenne l’un, post keynésien, par le choix de l’austérité plutôt que la croissance, l’autre, ultra libéral, par l’intervention des gouvernements dans les affaires économiques.

Un silence révélateur

Mais depuis la fin du mois de juin, les deux candidats ne se sont guère exprimés sur le sujet, Obama craignant de paraître impuissant à convaincre ses homologues européens d’agir et Romney ne souhaitant pas offrir à son adversaire l’excuse de la crise de la zone euro pour expliquer la lenteur de la reprise américaine. Alors que la dimension mondiale de la crise aurait été l’occasion d’ouvrir un débat sur les réponses globales à y apporter, Romney et Obama ont fait le choix stratégique de garder la discussion économique à l’intérieur des frontières des États-Unis.

Ainsi, après les années de tensions avec la France et l’Allemagne au sujet de la politique étrangère américaine et alors que les États-Unis et l’Europe travaillent de concert sur les sujets brulants de l’actualité internationale comme la Syrie ou l’Iran, l’Union Européenne est devenu un objet de campagne, non pas comme un partenaire face à un défit global mais brandi par les deux camps comme l’exemple à ne pas suivre.

Katya Long, chargée de recherche au FNRS

Spécialiste du système politique américain, Katya Long a consacré sa thèse au dilemme républicain dans les premières décennies de l'histoire des Etats-Unis. Elle est aujourd'hui attachée au Centre de recherche sur la vie politique de l'ULB (CEVIPOL) et s'intéresse particulièrement à la présidence américaine.

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