Erasmus : un test pour l'année européenne du citoyen

Luca Copetti
Luca Copetti - © Tous droits réservés

Le programme Erasmus est sauvé pour 2013. Insuffisant nous dit Luca Copetti, un militant de la mobilité des citoyens en Europe.

En ce début 2013, la Commission européenne a lancé l’année européenne des citoyens. Après l’année européenne du bénévolat 2011 et l’année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle 2012 (ouf !). Ce sont donc les citoyens européens que l’UE désire mettre à l’honneur pendant toute une année. Le hasard fait bien les choses puisque c’est précisément à ces citoyens que le prix Nobel de la Paix a été dédié quelques semaines plus tôt. Il faut s’en réjouir, certainement après quelques décennies de communication " top-down " pendant lesquelles l’avis de l’européen moyen n’a pas été pris en compte par les autorités de l’Union qui l’ont relégué au second plan des décisions qu’elles prenaient pour son bien.

Heureusement, toutefois, le citoyen européen a été réceptif à ce que l’Europe a eu de mieux à proposer. Je ne vous parle pas ici de directives techniques ou de jurisprudence de la Cour. Ce dont il s’agit ici, c’est du programme européen le plus connu : Erasmus.

Lors du dernier Sommet européen du mois de novembre, la presse a fait grand cas du fait que les étudiants déjà sélectionnés pour partir à l’étranger au second semestre de l’année académique 2012-2013 pourraient ne pas recevoir leur bourse faute d’argent pour clôturer le budget 2013.

Un bel emballage

Le problème doit être considéré de façon plus large : en effet, même si les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont eu la largesse de permettre aux étudiants présélectionnés de ne pas être déçus, la question du financement des programmes d’échange reste posée pour la période budgétaire suivante : 2014-2020.

La Commission a proposé de remplacer sept programmes actuels par ce qu’elle a nommé " Erasmus pour tous ", qui réunirait " l’actuel programme d’action dans le domaine de l’éducation et de la formation tout au long de la vie (Erasmus, Leonardo da Vinci, Comenius et Grundtvig), le programme "Jeunesse en action" et cinq programmes de coopération internationale (Erasmus Mundus, Tempus, Alfa, Edulink et le programme de coopération avec les pays industrialisés) " . En première lecture, le Parlement européen lui a embrayé le pas en changeant le nom en " YES Europe " . Tout ceci n’est que de l’emballage pour faire joli mais manque cruellement d’ambition. En effet, la question du choix politique d’accorder plus d’argent à ce poste dans le budget reste posée. La proposition de la Commission soumise à codécision équivaut à 1.6 % du budget total.

Une initiative citoyenne européenne comme Fraternité 2020 vise précisément à faire augmenter la part du budget européen consacrée à ces programmes de mobilité.

Trop peu

Car enfin, 1.6 % ! Soyons sérieux. Soit l’UE veut se donner les moyens de ses ambitions et veut permettre à un plus grand nombre de ses citoyens de voyager, de se connaitre et de nouer des liens humains qu’ils pourront valoriser des années plus tard, l’Europe se faisant par les réseaux informels. Soit elle continuera à donner des cacahuètes à ses citoyens. Le danger est alors réel de voir ces derniers ne plus considérer l’Union comme un idéal et de s’en éloigner.

Ce que Fraternité 2020 demande, c’est d’arriver dans un premier temps à 3 % du budget. Est-ce trop ? Tout est question d’ambition : c’est trop si on ne veut pas investir dans le sentiment européen, ce n’est pas assez si on imagine le retour sur investissement pour un territoire comme le nôtre avec 500 millions d’habitants dans 20 ans.

Posez la question aux étudiants de 2013 qui ont grandi avec l’Euro, qui ont eu des cours de géo consacrés à l’histoire de l’UE, pour qui l’Europe est une évidence. Si l’Union perd ces citoyens-là, qui lui restera-t-il ?

L’UE se trouve devant l'opportunité unique d’écouter ses citoyens au moment même où elle les met à l’honneur. A ce jour, l’initiative citoyenne européenne Fraternité 2020 qui est portée exclusivement par des citoyens qui prennent sur leur temps libre pour la faire vivre a recueilli près de 60.000 signatures d’européens demandant plus d’argent pour les programmes de mobilité. Des centaines d’autres rajoutent leur signature tous les jours.

L’UE voudra-t-elle les entendre ou bien prépare-t-elle déjà l’année européenne de la surdité 2014 ?

Luca Copetti

Luca Copetti est professeur de langues à la Haute école Galilée-IHECS et membre du comité des citoyens de l'initiative citoyenne européenne Fraternité 2020 qui demande plus d'argent pour les programmes de mobilité de l'UE dans le budget 2014-2020.