Depardieu, le géant blessé

Aurélien Veron
Aurélien Veron - © Tous droits réservés

Une défense de Depardieu. Par un libéral français, Aurélien Veron, avec d’autres arguments que les seuls arguments fiscaux.

Depuis que le Premier ministre français a traité Gérard Depardieu de " minable ", nous avons assisté à la fuite en avant d’un géant blessé. Dans un premier temps, Gérard Depardieu s’est ouvert dans une lettre magnifique adressée à Jean-Marc Ayrault, publiée par le Journal du Dimanche. Mais il s’est ensuite embarqué dans une folle escapade qui s’est terminée dans la datcha d’un tsar autocratique, puis en Mordovie, région des goulags soviétiques pas tous disparus puisqu’une chanteuse des Pussy Riots y est incarcérée en ce moment. Ce qui avait démarré en vaudeville avec porte qui claque et rires gras, a vite pris la tournure d’un drame russe, avec les emportements et les excès que nous avons vécus.

L’exception française

Les motifs réels du départ de Depardieu ne regardent que lui. Son choix a tourné le regard du monde entier sur les raisons qui poussent tant de fortunes, mais aussi de talents à quitter la France pour des cieux jugés plus cléments. Le sentiment de racket fiscal est assez partagé. Le taux effarant de 75 % introduit dans l’impôt sur le revenu n’est plus une tranche, à ce niveau, mais une guillotine. Ce n’est pas un hasard si le Conseil Constitutionnel a rejeté cette mesure, entre autres, même s’il a usé d’une argutie de forme pour éviter au gouvernement un revers trop cinglant.

Le gouvernement aurait pu tenter de " vendre " ce taux aux assujettis concernés en leur promettant des réformes structurelles dans le domaine des réglementations du travail, des professions protégées ou du statut de la fonction publique. Les hauts revenus auraient compris l’intérêt d’un tel effort transitoire. Non, " les riches doivent payer leur part " affirme le gouvernement. Comme s’il fallait punir ceux qui, restes en France, payent déjà tant d’impôts, d’ISF, de charges sociales de leurs employés, de TVA. En contrepartie de quoi les réformes ne sont toujours pas au programme. Et le monde entier se moque de cette " exception française " (fiscale).

Eloge de la différence

Mais ce n’est pas le seul argument mis en avant par Depardieu, même si c’est celui qui a été le plus repris. D’ailleurs, il serait parti bien avant sur ce seul critère. Comme il l’a révélé, il a déjà payé 85 % d’impôts sur ses revenus. Largement de quoi justifier l’exode. Dans sa tribune " Minable, vous avez dit minable ? Comme c’est minable ", il dévoile une blessure intime que l’insulte d’Ayrault a rouverte. Sans s‘étendre sur la tragédie de son fils, l’hygiénisme d’Etat est l’une de ses premières cibles. Il assume avec un sens touchant d’autodérision ses dérapages (et pas seulement en scooter) : " Je ne jette pas la pierre à tous ceux qui ont du cholestérol, de l’hypertension, du diabète ou trop d’alcool ou ceux qui s’endorment sur leur scooter : je suis un des leurs "

Est-on moins bon citoyen parce qu’on aime le vin, la bonne chère, la fête et ses excès ? Comme beaucoup de Français, Depardieu ne supporte plus ce formatage moral que l’Etat nounou cherche à imposer à tous (formatage dont ses décideurs s’exonèrent largement), ni l’exclusion brutale du système de ceux qui s’en éloignent. Illustrer la cruauté de ce système répressif et infantilisant en évoquant son fils a dû lui être particulièrement pénible. Et pourtant, il fallait qu’il vide son sac. " Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés. "

Depardieu l’audacieux

La plus grande audace de Depardieu, c’est d’affirmer qu’aucun citoyen n’est la propriété d’un pays dans un monde ouvert. La banalisation de l’expatriation le laissait présager. Les Français partis bénéficier de perspectives de carrière mais aussi de cadres de vie plus attrayants choisissent de plus en plus de ne pas revenir. Nombre d’entre eux acquièrent une autre nationalité avec le temps. Mais Depardieu va plus loin en introduisant le principe de sécession individuelle. Rendre son passeport devient une option respectable lorsque votre pays ne vous respecte plus, vous et vos droits : " Nous n’avons plus la même patrie, je suis un vrai Européen, un citoyen du monde, comme mon père me l’a toujours inculqué. "

L’estocade finale portée à Jean-Marc Ayrault par notre icône mondialisée est digne d’une réplique de Cyrano : " Malgré mes excès, mon appétit et mon amour de la vie, je suis un être libre, Monsieur, et je vais rester poli. "

Aurélien Veron

Libéral convaincu, Aurélien Véron a rejoint en 2003 l’association Liberté Chérie. Déçu par l’UMP, il a créé en 2008 le Parti libéral démocrate qu’il préside. Il a son propre blog.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK