Delphine vs. Albert II, une quête de soi qui n'est pas coton

Tanguy Verraes
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Tandis que Philippe et Mathilde poursuivent leurs « Joyeuses entrées », un autre dossier suit son difficile cours : celui de la fille présumée d’Albert II. Et ici il s’agit moins de cérémonies protocolaires que de construction de la personnalité. C’est en tous cas l’avis de Tanguy Verraes qui se définit lui-même comme « Coréen de sang mais Belge de cœur ».

Le temps d'état de grâce ‘royale’ passé, nous revoilà plongé dans les difficiles méandres des relations humaines et de la parentalité.

Du (Long)champs des possibles au chant du cygne, Delphine Boël fait face à ce que de centaines de milliers d'enfants bâtards de par le monde, devenus adultes, ont traversés, traversent ou traverseront.

Sans préjuger de l’affaire en cours et noblesse oblige, il aurait été plus simple qu’Albert II reste le 'Roi des Belges'. Après tout, d’aucuns n’hésitent pas à attribuer au ‘Roi des Belges’ la qualité de ‘père de tous les Belges’ et, par là-même, de Delphine. Mais on le concèdera volontiers, se partager un ‘papa’ avec 11 millions de frères et sœurs, ce n’est pas ‘le grand’ jojo. La parentalité a ses limites que le cœur ne connaît pas.

Dans cette saga médiatico-juridique de rentrée, et au-delà de ses éventuels aspects financiers ou de titres nobiliaires, il s’agit aussi, et surtout, d’une quête d’identité que poursuit Delphine Boël.

En quête de soi, une enquête qui n’est pas coton.

On a beau être né avec une cuillère d’argent dans la bouche, on n’en reste pas moins homme - ou femme - seul-e face à sa construction, parfois fragile, de l’ego. Une quête de soi qui n’est pas toujours coton.

Parfois oublié, souvent minimisé, connaître ses origines biologiques est une des composantes importante, parmi de nombreuses autres, dans la construction identitaire de l’adolescent adopté/bâtard. Tel un échafaudage, la connaissance de ses origines est une pièce maîtresse, voire la clé de voûte, de l’ego.

Si le droit à connaître ses origines est généralement reconnu, son application concrète semble toutefois difficile tant les enjeux des différentes parties impliquées peuvent être complexes. Entre le droit des adoptés à connaître leurs origines et les droits des parents à l’anonymat, au respect de la vie privée ou encore à l’oubli, on imagine la difficulté de contenter chacune des parties.

Les adultes adoptés en quête de leurs origines biologiques sont nombreux à faire face à une forme d’omerta, voire de censure. Sous divers prétextes, cette ‘rétention d’information’ est trop souvent exercée de manière inappropriée par les institutions du pays d’origine (p.ex. la Corée du Sud, l’Inde, la Chine, …) et, plus rarement, par les parents adoptifs eux-mêmes.

Du questionnement de l’autre au questionnement de soi, quand l'alter-ego altère l'ego

Le cas Delphine vs. Albert II est assez symptomatique de la mentalité qui peut régner dans certaines sphères de la société, qu’elle soit Belge ou ailleurs dans le monde. Où le regard des autres pèse au point de ne plus exister pour soi-même mais uniquement pour sauver les apparences. Le « Qu’en dira-t-on » imposant insidieusement et cruellement sa loi du silence.

Nombreux sont ces mères et pères coréens qui n’ont jamais osé avouer à leur entourage cette ‘blessure’ d’avoir abandonné son enfant. Cela par peur d’être jugé par les autres.

Arthur Rimbaud, dans une lettre adressée à son ancien instituteur, Georges Izambard, écrivait « C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. - Pardon du jeu de mots. - Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait ! »

 « Ô alter-ego, mon bel alter-ego, dis-moi qui ... est Je ? » Voilà ce que pourraient soupirer Delphine et Albert II tous les soirs devant leur miroir.

Très chère ‘sœur’ Delphine.

Ne te désespère pas, un jour viendra où tu seras reconnue comme telle loin de ce tumulte médiatique. Parfois, de simples paroles entre deux paires d’yeux, et loin du regard des autres, suffisent pour s’en trouver apaisé. C’est ce que l’on peut te souhaiter.

Et de replonger dans le célèbre texte de Rudyard Kipling « Si … Tu seras un homme, mon fils » en écoutant "Papaoutai" de Stromae.

Tanguy Verraes, Coréen de sang, Belge de cœur

Belge d'origine coréenne, Tanguy Verraes a présidé de 1998 à 2002 une association qui réunissait de nombreux adoptés belges d'origine coréenne. Il siège depuis 2007 comme 'Représentant des adoptés' au sein du CoSA (Conseil Supérieur de l'Adoption) de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

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