Burundi: les femmes, actrices d'une transition pacifique et d'un développement durable

Burundi: les femmes, actrices d'une transition pacifique et d’un développement durable.
Burundi: les femmes, actrices d'une transition pacifique et d’un développement durable. - © Tous droits réservés

Entre le moment où l'idée de cette carte blanche est née et le moment où elle a été écrite, une tentative de coup d’État a eu lieu, dont le résultat ne fait que confirmer l’urgence de la situation sécuritaire du Burundi. Les signataires, comprenant des femmes issues de la société civile burundaise, tirent la sonnette d'alarme.

Le Burundi, petit pays d’Afrique Centrale, a connu des décennies de guerre civile. La dernière en date (1993 à 2000) s’est soldée par les accords d’Arusha, qui ont mis le Burundi sur la voie de la démocratie. C’est ainsi que le président Pierre Nkurunziza, du parti CNDD – FDD a accédé au pouvoir en 2005.

De ces mêmes accords est née la Constitution Burundaise qui consacre la souveraineté du pays. Tant dans les accords d’Arusha signés en 2000 que dans la Constitution Burundaise, il est interdit à tout président Burundais de briguer un troisième mandat. Pierre Nkurunziza vient de terminer ses deux mandats (2005-2015) et il s’est fait élire, non sans tension, comme candidat aux élections de juin 2015 par le Congrès de son parti. Ignorant ses compatriotes qui crient au scandale, il a déposé sa candidature à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) avec la validation de la Cour Constitutionnelle. Précisons que celle-ci a agi sous intimidations qui, du reste, ont été dénoncées par le Vice-président qui a préféré partir en exil.

Graves entorses aux droits humains

La population burundaise a décidé de manifester son mécontentement en descendant dans les rues. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : la police intimide les manifestants et tire à balles réelles. Les radios indépendantes qui informaient la population burundaise et internationale sur l'évolution de la situation et sur le sort des manifestants, ont été fermées et ensuite incendiées sur ordre du gouvernement, les étudiants de l’Université du Burundi (fermée au début des manifestations) se retrouvent dans les rues sans aucun soutien.

Les nouvelles des manifestants, emprisonnés par centaines, sont très alarmantes puisqu’elles font état de graves entorses aux droits humains. Les médias internationaux diffusent tout azimut des informations non vérifiées faute de source sûre, avec tout le risque que cela comporte. La seule radio qui émet est la Radio Télévision Nationale du Burundi (RTNB) sous influence du gouvernement Nkurunziza.

Appel au gouvernement belge

Face à toutes ces dérives du gouvernement Nkurunziza, la société civile burundaise salue la réaction ferme du gouvernement belge. Néanmoins, elle lui demande de rester vigilant et d’être son porte-parole auprès des instances internationales, vu les liens historiques unissant nos deux pays.

Au sein de cette société civile, les femmes en particulier jouent un rôle important et entendent être partie prenante du processus de démocratisation du pays. Comme souvent en cas de conflit, les femmes et mères burundaises subissent de plein fouet les conséquences de cette dérive autoritaire. La résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU (2000) qui dénonce les conséquences des conflits sur les femmes, a souligné l’importance du rôle des femmes dans la prévention et le règlement des conflits et dans la consolidation de la paix. Elle donne ainsi une légitimité à l'expression par les femmes de leur choix de la démocratie représentative.

Le dimanche 10 mai dernier, à Bujumbura, les femmes ont montré leur détermination et leur force. Un collectif de femmes de la Diaspora Burundaise vivant en Belgique en union avec celles d’ici et d’ailleurs, vient de se mettre en place. Il a pour objectif de soutenir les femmes au Burundi en interpellant le gouvernement belge pour qu’il agisse afin ne pas se rendre coupable, par omission ou indifférence, de non-intervention dans une situation dramatique et urgente.

Le collectif se fixe l’objectif d’accompagner et de soutenir les femmes burundaises pendant le processus électoral. Nombreuses au Parlement, elles ont certainement la capacité et la légitimité de contribuer à une solution de transition la plus pacifique possible.

La recherche d'une transition

Mais... comment faire en sorte qu'une transition démocratique se réalise pacifiquement au Burundi ?

Comment garantir la présence de femmes dans les institutions de transition et dans les instances qui seront issues d'élections organisées dans le calme et la transparence?

Pour répondre en partie à ces questions, la Belgique devrait inciter au retrait sans conditions de la candidature de Pierre Nkurunziza, plaider au sein de l'UE et de la communauté internationale pour le report des élections à une date qui sera déterminée par les Burundais et ce afin de les préparer dans un climat apaisé, de soutenir la mise en place d’un gouvernement de transition qui intègre des femmes en son sein pour préparer les futures élections. La Belgique peut d'ores et déjà appuyer les femmes dans leurs différentes organisations, et surtout dans leurs manifestations pacifiques sans oublier la préparation et l’appui des futures candidatures électorales féminines.

Liste des signataires :

Des femmes d'origine burundaise vivant en Belgique ainsi que d'autres femmes d'origine diverses issues du monde associatif, politique et culturel, se sont rassemblées afin de contester le troisième mandat du président burundais, Pierre Nkurunziza candidat à sa propre succession:

Juliette Nijimbere, Chantal Kamatari, Hélène Ryckmans, Claire Lammerant, Hélène Goessaert, Iris Dewaelhyns, Charline Muco, Rebecca Ntunguka, Marie-Hélène Rutagamirwa, Lidia Rodriguez-Prieto, Louise Ngandu, Marie Nzigamye, Magda De Meyer,Beague Elisabeth, Christine Steinbach, Laurence Delperdange, Modi Ntambwe, Elena Matundu, Annette Ntignoi,Maddy Tiembe, Raissa Bakinahe, Claire Godding, Claude Lambrechts, Viviane Teitelbaum, Anésie Nkanira, Immaculée Rukamba, Khadja Nin, Gatogato Annick, Florence Ngirabacu, Monika Ciechanowska, Soraya Hakuziyaremye, Pélagie Gbaguidi, Cécile Moupiga, Hélène Mavar, Thérèse Ekanga, Pascale Wauters, Fatoumata Sidibe, Veronique Waroux, Isabelle Durant.

 

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