Astérix chez les Belges

La Belgique ne cesse de surprendre et d'interpeller, même après 15 ans passés dans le plat pays. Lorsque l'on part de France pour s'installer à Bruxelles, on ne s'attend pas à être dépaysé. À priori, nos deux pays partagent la même langue. Il y a même, paraît-il une ville qui fête le 14 juillet. Ce pays limitrophe, mal connu certes, ne peut pas être si différent.

Rapidement on s'aperçoit que ce n'est pas du tout ce à quoi l'on s'attend.

Un pays en soi

Contrairement à ce que pensent de nombreux Français, la Belgique n'est pas une annexe de leur pays. J'ai dû préciser à un de mes compatriotes venant me rendre visite, que non, les timbres ne sont pas les mêmes.

La Belgique est un autre pays avec ses propres particularismes parfois étonnants. Qu’est-ce qui revient le plus souvent dans les discussions lorsque des non-Belges parlent des habitants de leur pays de résidence ?

Où commencer ? Il y a tant à dire.

La Belgique ne se réduit pas aux moules frites, à la bière et à Bruges. Le pays est bien plus intéressant et complexe que ces clichés.

Non, on ne parle pas non plus que le français en Belgique mais il y a trois langues officielles et le français n'est pas la langue la plus parlée.

Venant d'un pays où tout est centralisé, où il est clair que la religion est strictement séparée de l’État, les repères s'affolent un peu lorsque l'on est face aux systèmes scolaire et universitaire, pour certains catholiques ou libres et pour d'autres officiels ou laïcs. Ici, lorsqu'on est laïc, il faut le dire. Les mutuelles de santé, les syndicats sont catholiques, socialistes, libéraux. C'est assez déroutant pour une personne n'ayant pas de préférences particulières par cette offre a priori partisane. Par contre, c'est plus facile pour d'autres.

En plus, il y a un roi et deux reines ! Drôle de pays...

Les scouts, les barbecues et Batibouw

Ce qui peut être mal vu chez soi, sauf dans certains milieux, est ici complètement banal. J'en veux pour preuve les scouts.

En Belgique, les scouts sont très répandus. La plupart des Belges ont été scouts et ont construit des cabanes dans les forêts par tous les temps. On est souvent scout de la maternelle à l'âge adulte. Les Français regardent étonnés tous ces scouts qui déambulent dans les gares les fins de semaine, avec sacs à dos et foulards. Ce qui est connoté en France, est ici très naturel. Les scouts peuvent être laïcs. Les familles athées peuvent avoir mis leurs enfants chez les scouts sans que cela ne pose aucun problème ou ne soit perçu comme incohérent.

En dehors des scouts, une autre institution est très importante en Belgique: le barbecue. Dès les premiers rayons de soleil, on sort le barbecue et on décapote la voiture. On est très étonné d'entendre le mot barbecue si souvent prononcé à l'approche de la belle saison. Et puis on s'habitue jusqu'à attendre soi-même la saison des barbecues.

La brique dans le ventre n'est pas non plus un mythe mais une réalité. Le Belge est propriétaire dès qu'il peut. Chaque année, au mois de mars, les Belges vont à Batibouw. Au début, les non-Belges se moquent gentiment de cette habitude et puis on finit par aller avec eux parce que c'est très pratique quand on finit, soi-même, par acheter des briques dans le royaume.

Comment parler de la Belgique sans parler de la pluie et surtout de la redoutable " drache ", une pluie qui vous trempe jusqu'aux os en moins de temps qu'il ne faut pour le dire ? Combien de parapluies achetés, perdus, pliés par le vent ? Et ce spectacle récurrent des poubelles emplis de parapluies cassés après une pluie particulièrement ventée.

Surréalisme, nationalisme et politique

La Belgique, c'est aussi des problèmes communautaires qui peuvent s'exacerber dans un nationalisme inquiétant. On ne peut évoquer cet attachant pays sans en parler. Les prochaines élections communales seront à cet égard un enjeu. Si l'on se place de la perspective d'un étranger vivant en Belgique, la vie politique relève du mystère total. Même après de longues années passées ici, on ne comprend pas les accords pré-électoraux qui engendrent des alliances qui nous semblent, a priori, contre nature. Sans parler du mille-feuille des structures étatiques. Le surréalisme n'est pas seulement dans la peinture. La vie politique belge désoriente et rebute malheureusement les non Belges qui ont du mal à la décrypter. Ce qui explique, en partie, que les étrangers se sont peu inscrits pour voter aux communales. Le vote obligatoire a également découragé les potentiels électeurs.

Il est également peu commun de vivre dans un pays qui a pu se passer de gouvernement pendant plus d'un an. Peu commun également pour un Français, cette pratique du compromis à la belge qui est une des composantes de la vie politique.

Enfin, la défiance qu’ont de nombreux Belges à l'égard de l'Etat et de l'impôt agace le Français légaliste.

Pourtant il faut saluer la possibilité qu'ont les électeurs non-européens de pouvoir voter aux communales. Il serait indiqué à certains pays, dont le mien, de suivre cet exemple.

Apprécions également le côté accessible des Politiques belges. Il n'est pas rare de croiser un ministre dans le supermarché du coin ou dans une salle de sport, loin des fastes de l'exercice du pouvoir en vigueur dans d'autres pays.

Un pays rafraîchissant et accueillant

Être installée en Belgique permet de constater à quel point son pays d'origine est retardé sur bien des sujets sociétaux comme le mariage homosexuel ou l'euthanasie. La Belgique offre bien légitimement ces possibilités dans un pays où le poids de la religion n'est pourtant pas négligeable. On ne comprend plus pourquoi d'autres pays rechignent encore à suivre cet exemple.

La Belgique est un pays rafraîchissant. Un petit pays qui sait se moquer de lui-même. L'auto-dérision se retrouve partout même dans la publicité. À la différence d'un grand pays qui " est ", la Belgique doit être et elle choisit, entre autres, l'humour. On ne se prend pas au sérieux et ça fait du bien.

Enfin gardons le meilleur pour la fin: les Belges. Même si les commerçants ferment les magasins à la seconde près sans aucune flexibilité, même si l’on se gare en double-file, on est séduit par la gentillesse, la chaleur de ce peuple. C’est une caractéristique unanimement reconnue que l’on entend même de la part des touristes. Il ne s’agit pas d’idéaliser mais il faut reconnaître que les Belges vous mettent à l’aise lorsque vous arrivez ici. Ce n’est pas le cas de tous les pays. Il y aura toujours des personnes qui seront condescendantes à l’égard des Belges, on en entend souvent, mais ce n’est heureusement pas la majorité.

Beaucoup viennent ici pour un an et y vivent toujours des décennies plus tard.

Patricia Grillo, Présidente de Français de Belgique – Association démocratique des Français de l’étranger (ADFE)

Patricia Grillo est originaire de Grenoble et s'est installée en Belgique il y a 15 ans. Elle travaille dans le domaine de la communication. Elle est également membre élue à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE)

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